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Lille : La justice abandonne une affaire de stups avant le procès.

Mohamed S., âgé de 76 ans et condamné par défaut en 2013 à une peine de quatre ans de prison, affirme avoir appris sa condamnation lors de son interpellation en juin 2025. Lors de l’audience fixée au 5 mai 2026, le tribunal n’a pas pu juger l’affaire en raison de l’absence de tout document concernant le dossier, qui demeure introuvable depuis près d’un an.


Mardi après-midi, au tribunal judiciaire de Lille, pendant les audiences des maires de Tourcoing et de Villeneuve-d’Ascq, tous deux poursuivis pour diffamation, un dossier impliquant un homme accusé de trafic de stupéfiants a été présenté. Bien que l’affaire puisse sembler ordinaire à première vue, elle révèle des éléments surprenants concernant l’identité du prévenu, la date des faits et, surtout, un possible dysfonctionnement de l’institution judiciaire.

Appelé à la barre par la présidente du tribunal, Mohamed S. ne ressemble ni de près ni de loin à quelqu’un portant un lourd passé judiciaire. Âgé de 76 ans et originaire du Caire, en Égypte, il s’habille en jeans et veste claire, a des cheveux blancs, se tient un peu voûté et parle fort dans un français approximatif. Lors de l’énumération de ses anciennes condamnations pour des affaires de stupéfiants, on découvre que ce septuagénaire a passé 22 années en prison. Son nom est même lié à l’affaire du commissaire Yves Jobic, faussement accusé de corruption et de proxénétisme dans les années 1980.

Mohamed S. se décrit désormais comme « à la retraite » et précise qu’il souffre d’une maladie pulmonaire nécessitant un suivi régulier. Il se retrouve dans le box des prévenus car il a été rattrapé par son passé. En juin 2025, lors d’un contrôle de police à Courbevoie, il est découvert qu’il est sous le coup d’une OQTF.

Les agents, en creusant un peu, mettent à jour qu’il est également sous le coup d’un mandat d’arrêt émis le 23 janvier 2013. Ce dernier concerne une affaire d’importation, de transport, de détention, d’acquisition et de vente de stupéfiants, en récidive. Les faits, commis entre janvier 2009 et octobre 2010, avaient fait l’objet d’un procès à Lille en 2013, impliquant de nombreux prévenus, dont Mohamed S. Cependant, selon Me Soulifa Badaoui, son avocate actuelle, il n’avait pas été cité à la bonne adresse, ce qui l’a empêché de comparaître. Il a alors été condamné par défaut à une peine de quatre ans de prison.

Mohamed S. affirme avoir eu connaissance de sa condamnation de 2013 lors de son interpellation de juin 2025. Il décide immédiatement de faire opposition à ce jugement, ce qui lui permet d’être rejugé pour les faits qui lui étaient reprochés à l’époque. Malgré l’OQTF et le mandat d’arrêt, il est libéré après son audition. Cependant, en avril 2026, il est de nouveau interpellé et placé en détention provisoire en attendant son audience d’opposition, prévue pour le mardi 5 mai 2026.

Mais lors de l’audience, la présidente du tribunal, le procureur et l’avocate de la défense ne disposent d’aucun document concernant l’affaire. « Les services indiquent avoir reçu uniquement la cote audience et précisent que les tomes du dossier n’ont pas été retrouvés malgré les recherches effectuées dans les archives et les échanges d’emails concernant le dossier », explique à 20 Minutes Me Badaoui. En d’autres termes, toute la procédure a disparu et reste introuvable depuis près d’un an.

Dès lors, comment le tribunal peut-il juger Mohamed S. s’il ne sait même pas quels étaient précisément les chefs d’accusation ni quel degré d’implication il aurait eu dans ce trafic de stupéfiants ? C’est impossible. Espérant une découverte miraculeuse du dossier, la présidente renvoie l’affaire au 30 septembre et libère le prévenu sous contrôle judiciaire. « Si la procédure n’est pas retrouvée d’ici là, le tribunal n’aura pas d’autre choix que de relaxer mon client », a déclaré à 20 Minutes son avocate, Me Soulifa Badaoui. Contacté, le parquet n’a pas fourni de précisions supplémentaires.