« Les enfants de pédocriminels, victimes négligées des violences sexuelles »
Eliane, âgée de 33 ans, a perdu 27 kg après avoir découvert que son père, un pédocriminel, avait agressé sexuellement plusieurs enfants de la famille. En juillet 2017, Marie apprend que son père abuse d’elle depuis trois ans, la première fois alors qu’elle avait dix ans.
Eliane* aspire à ne plus être simplement « la fille de ». Elle est en effet la fille de ce pédocriminel ayant agressé sexuellement plusieurs enfants de la famille, y compris ses demi-frères. « J’arrive plus à me regarder », avoue en larmes cette mère de 33 ans. Il lui est difficile d’aller de l’avant et de « passer à autre chose » quand chaque trait de son visage lui rappelle celui qui a dévasté sa famille. Suite à la révélation de ce secret, Eliane a plongé dans l’anorexie, perdant 27 kg. Elle envisage également une chirurgie esthétique pour modifier son nez, hérité de son père.
Tout a débuté en novembre 2024, lors d’un déjeuner, quand Eliane a commencé à « avoir des flashs » des deux demi-frères victimes de son père. Bien qu’issus de la même mère, ces derniers, orphelins de père, ont été accueillis par le père d’Eliane lorsque leur mère a emménagé avec lui. Deux jours plus tard, Eliane contacte son frère aîné qui confirme ses intuitions. Malgré cela, elle a du mal à y croire. Elle interpelle alors le plus jeune, avec qui elle n’a pas échangé depuis dix ans. A-t-il été « abusé » durant son enfance ? Sa réponse ne laisse aucune place au doute : « Oui, par ton enculé de père ». Les deux garçons affirment avoir été violés entre 8 et 14 ans.
Eliane confronte son père, dont la réponse ressemble à un aveu. « Prends soin de ta mère, elle va en avoir besoin », lui dit-il avant de tenter de se suicider. Une fois ce lourd secret dévoilé, d’autres révélations éclatent. En conversant avec les enfants d’une de ses demi-sœurs, Eliane comprend que sa nièce et son neveu ont également été victimes de cet homme.
Eliane dénonce son père aux autorités et persuade les enfants de porter plainte. Cette initiative ne rencontre pas un consensus au sein de sa famille, où certains lui reprochent de « remuer la merde d’il y a 25 ans ». Sa mère et son frère (issu du même père) lui tournent le dos, alors qu’ils étaient très proches auparavant. Ses demi-frères restent également absents et elle n’a plus aucun contact avec son père.
De son côté, Marie a mis sept ans à se distancier de son père. En juillet 2017, l’une des filles de sa belle-mère révèle une vérité troublante : depuis trois ans, le père de Marie abuse d’elle, la première fois ayant eu lieu lorsqu’elle avait dix ans. Marie apprend cette réalité directement de son père, qui évoque les accusations portées contre lui sans en révéler les détails les plus choquants, cherchant même à se présenter comme la victime. « C’est un grand manipulateur, il sait jouer avec les sentiments, les émotions, la culpabilité », décrit la jeune femme aujourd’hui âgée de 25 ans.
Sous l’influence de son père, Marie le soutient. En 2024, elle est même appelée à témoigner en sa faveur. C’est en ce jour-là que la réalité des abus subis par sa petite sœur se révèle à elle avec une dureté nouvelle. « Je suis tombé de haut, ça m’a brisé le cœur. » Son père avait minimisé la fréquence et la gravité des agressions.
Marie prend également conscience, pendant le procès, que des photos volées d’elle, nue dans la salle de bains, ont été retrouvées sur le téléphone de son père, ce qui l’affecte profondément.
« Entendre que quelqu’un qu’on a aimé si fort, quelqu’un qui nous a élevés, qui fait partie de nous, a pu faire ce genre de choses, on se remet en question. Sur qui on est, comment on a été élevé, ce qu’on peut devenir, nos valeurs, ce qu’on nous a inculqué. Ça a été très dur à vivre », partage Marie.
Sa culpabilité est accentuée par le fait qu’elle était présente dans la maison, juste à côté de la chambre où sa petite sœur était abusée. « Je vivais là-bas et je n’avais rien vu. » Anaïs, son autre demi-sœur, ressent également ce sentiment. Lorsqu’elle découvre la vérité, elle tombe dans une profonde détresse et se pose des milliers de questions.
Pour Eliane et Marie, le lien de parenté est insoutenable. Ni l’une ni l’autre ne peuvent envisager de pardonner à leur père ou même de lui parler à nouveau. « Quand il sera mort, j’irai danser sur sa tombe », affirme Marie. Elle a changé de nom, ne supportant plus d’associer son identité à celle de son père. Elle a également déménagé.
Eliane « n’accepte pas d’avoir un père capable de tels actes ». Cependant, il lui est impossible de s’éloigner complètement de cette histoire familiale. « Toutes les victimes de mon père subissent encore aujourd’hui les répercussions : mon plus grand demi-frère est alcoolique, le second est tombé dans la drogue, mon neveu bégaye et ma nièce souffre de boulimie », énumère-t-elle.
Marie et Anaïs conviennent que malgré tout, leur relation s’est renforcée au sein de cette épreuve. En revanche, Eliane se retrouve seule dans son combat, un isolement accru par le manque d’informations concernant l’enquête, un an après son signalement. « Lui, il profite de sa vie, il part en vacances », s’indigne-t-elle, craignant en outre que son père puisse encore faire d’autres victimes, notamment un petit garçon que sa mère, assistante maternelle à la retraite, garde régulièrement chez eux.

