France

Les centres LGBTI+ ne sont pas confiants face aux intimidations croissantes.

Une vague de dégradations a frappé des centres accueillant des personnes LGBTI+ à Lyon, Lille, Maubeuge et au Mans depuis six mois. Selon la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), les actes anti-LGBT+ enregistrés sont en augmentation de 129 % depuis 2016.


Drapeau aux couleurs de l’arc-en-ciel arraché, vitre brisée, tags de croix celtiques ou d’insultes homophobes… Depuis six mois, une vague de dégradations a touché des centres LGBTI+ à Lyon, Lille, Maubeuge et au Mans. À l’occasion de la journée de lutte contre les LGBTphobies, le 17 mai, plusieurs associations alertent sur ces actes de vandalisme, selon 20 Minutes.

Le centre LGBTI+ Homogène du Mans a été vandalisé trois fois depuis décembre. Des individus ont d’abord recouvert d’autocollants d’extrême droite nationaliste des affiches de prévention sur le suicide des jeunes, ainsi que des appels aux dons et le programme culturel du centre. Le 19 janvier, de nouvelles dégradations avec des tags de croix celtiques, symboles utilisés par des groupes d’ultradroite, ont eu lieu. Enfin, le 22 février, le centre a subi des tags homophobes, sans revendication politique identifiable. Des plaintes ont été déposées à chaque fois.

C’est la première fois en trente ans d’existence que le centre est autant ciblé. Rémi Rouzies, porte-parole de l’association, explique que cela est en partie dû à une plus grande visibilité du lieu, qui donne directement sur la rue depuis un déménagement en juillet. « Même si on a conscience qu’il peut y avoir des agressions, y compris physiques, on est prêt à prendre le risque, cela pousse à se mobiliser davantage », déclare-t-il.

Cependant, ces attaques semblent avoir freiné l’accès de publics plus vulnérables, comme les personnes trans ou les demandeurs d’asile. « Ils ont été plus choqués, notamment ceux qui ont fui des persécutions LGBTphobes et ne s’attendaient pas à en rencontrer en France », ajoute Rémi Rouzies. Selon la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), les actes anti-LGBT+ ont augmenté de 129 % depuis 2016, tandis que le nombre de dépôts de plaintes reste encore marginal.

Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie, affirme que « le message de ces dégradations, c’est en premier lieu d’intimider, en faisant peser une menace sur les individus, en cherchant à réduire les personnes LGBTI+ au silence et à l’invisibilité ». Dans son rapport 2026 sur les LGBTphobies, l’association note une dégradation du climat général et une libération des discours hostiles, légitimant les actes de haine basés sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

SOS Homophobie constate aussi une augmentation des LGBTphobies « générales », qui ne ciblent pas un individu en particulier, mais touchent les personnes LGBTI+ dans leur ensemble. « Cela se manifeste sur les réseaux sociaux par des expressions telles que « les LGBT sont intolérables » ou « les LGBT me font vomir », et par des actes de vandalisme visant des lieux communautaires, comme des centres LGBTI+, des bars ou des librairies », détaille Julia Torlet.

« On sent une libération de la parole lgbtphobe », témoigne Rémi Rouzies. « Sur les réseaux sociaux, des personnes applaudissent le vandalisme, la modération est insuffisante, et certains assument complètement leurs actions, arguant qu’avec les élections et l’arrivée de certains élus du Rassemblement national, ils peuvent désormais agir impunément. Cela nous inquiète. »

À Perpignan, où le RN est au pouvoir depuis 2020, le centre LGBT+ 66 a perdu sa subvention municipale, comme l’a rapporté L’Indépendant en 2022, la municipalité invoquant d’autres priorités. À Elme, le nouveau maire d’extrême droite a également décidé de repeindre en blanc un passage piéton aux couleurs de l’arc-en-ciel et de retirer le drapeau LGBTI+ du fronton de la mairie.

En 2023, à l’occasion d’une précédente vague de dégradations, une tribune signée par cinquante associations, publiée sur Têtu, appelait le gouvernement à réagir. Le 22 mai de cette même année, un engin explosif a été lancé dans le centre LGBTI+ de Tours en plein après-midi, marquant la sixième fois que cet établissement était ciblé en six mois.

« Ces attaques répétées portent atteinte au principe d’égalité et au droit de militer, souligne Sébastien Tuller, responsable LGBTI+ d’Amnesty International France. Ces centres, présents dans de nombreuses villes, jouent un rôle crucial en matière d’orientation, d’accueil et de soutien. » Le plan national 2023-2026 contre la haine et les discriminations LGBT+ de la Dilcrah visait à mieux protéger les personnes et les lieux ayant été attaqués.

Bien qu’une mesure importante du plan ait été mise en œuvre avec l’ouverture d’au moins dix nouveaux centres LGBTI+, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a formulé des conclusions sévères dans une évaluation publiée en mars. Le bilan de ce plan est jugé « décevant », avec seulement 20 % des mesures entièrement appliquées et un manque de volonté politique.

« Face à la montée des discours et des attaques lgbtphobes, la réponse du gouvernement est aujourd’hui largement insuffisante », conclut Sébastien Tuller, alors que le plan 2026-2029 est en cours d’élaboration et doit être présenté en juin.