Le Diable s’habille en Prada 2 : réflexion sur la crise de la presse
Le film Le Diable s’habille en Prada 2 aborde principalement la crise de la presse, un sujet mis en avant par Anne Hathaway qui a déclaré : « Il y a tant de pans de notre société qui sont menacés en ce moment, et parmi ceux qui nous inquiètent le plus, il y a la manière dont le journalisme est menacé et comment la vérité est traitée ». Depuis 2022, plus de 8.000 journalistes ont perdu leur emploi aux Etats-Unis, où « de nombreuses régions sont désormais considérées comme des déserts de l’information », selon Reporters sans frontières.
Les créations des grandes maisons de couture, bien qu’elles enchérissent nos yeux avec le luxe, ne parviennent pas à dissimuler que l’un des thèmes centraux du *Diable s’habille en Prada 2* est… la crise de la presse. En effet, dit de cette manière, que ce soit sur papier glacé ou autrement, cela ne semble pas très attrayant. Pourtant, les actrices ont retrouvé leurs costumes pour cette suite, qui sort en salles ce mercredi, vingt ans après les avoir rangés, non pas seulement pour réaliser un film « nostalgique », comme l’a déclaré Anne Hathaway à USA Today.
« Il y a tant de pans de notre société qui sont menacés en ce moment, et parmi ceux qui nous inquiètent le plus, il y a la manière dont le journalisme est menacé et comment la vérité est traitée », a expliqué la comédienne de 43 ans. Dans le premier film, sorti en 2006, elle jouait Andrea Sachs, l’assistante de Miranda Priestly, rédactrice en chef au caractère bien trempé du très influent magazine de mode *Runway*.
Vingt ans plus tard, dans cette nouvelle version, elle est devenue une journaliste d’investigation respectée et primée… Mais ce succès n’est pas suffisant : elle reçoit un SMS l’informant que le média qui l’emploie ferme ses portes, plongeant toute la rédaction dans le chômage. Une situation qui fait écho à la réalité : depuis 2022, plus de 8.000 journalistes ont perdu leur emploi aux États-Unis, où « de nombreuses régions sont désormais considérées comme des déserts de l’information », selon les rapports de Reporters sans frontières.
Parallèlement, *Runway* traverse de graves turbulences. La publication d’un article élogieux sur une marque de *fast fashion* ayant dissimulé ses violations des droits humains ternit l’image du magazine. À tel point que les annonceurs hésitent à payer pour voir leurs produits de luxe dans ses pages. « Le numéro de septembre [référence au September issue de *Vogue*, le plus scruté chaque année] est fin comme du fil dentaire », lance Miranda Priestly.
Andrea Sachs arrive donc à un moment crucial pour diriger le service reportages et redonner de la légitimité et de la respectabilité à *Runway*, avec des sujets de fond. Cependant, la prose et le sérieux journalistiques ne suffisent pas, et il devient rapidement évident pour la journaliste que ses articles, bien qu’intéressants, ne sont pas (assez) lus.
« *Runway* n’existe pas. Enfin, il existe, mais personne ne l’achète. Maintenant, on est numériques, téléchargeables… » Cette réplique que lance Miranda Priestly avec une froideur à peine désabusée résonnera sûrement comme un coup de fouet dans de nombreuses rédactions à travers le monde.
*Le Diable s’habille en Prada 2* rappelle que dans ce paysage incertain, le pouvoir est entre les mains de ceux qui financent les médias. Ainsi, lorsque Miranda et Andrea retrouvent Emily Charlton, interprétée par Emily Blunt, qui se trouve désormais à la tête d’un poste à haute responsabilité chez Dior, celle-ci leur déclare : « No us, no you », autrement dit « sans nous, vous n’êtes rien ». Cela lui permet d’imposer ses conditions, dont un article sur le nouveau vaisseau amiral de la marque « avec Dior mentionné dans toutes les légendes ».
Ces éléments sont bien connus du réalisateur, fils d’un éditorialiste du New York Times, Max Frankel, et frère d’un journaliste exerçant à la télévision. « Je viens d’une famille de journalistes, alors la décroissance des médias m’interpelle directement », a confié David Frankel, cité par le site québécois La Presse. « Le premier film était un récit initiatique, celui-ci parle des valeurs et de la morale », a-t-il noté auprès du Guardian. « Je vois Miranda comme quelqu’un d’héroïque. Elle est à la barre d’un navire en pleine tempête, déterminée à atteindre la terre ferme. »
Il est important de ne pas attribuer au film un costume trop grand pour lui. *Le Diable s’habille en Prada 2* est avant tout une comédie et non un tract anticapitaliste (loin s’en faut !). Les milliardaires que rencontrent les héroïnes, qui peuvent influencer l’avenir de *Runway* avec leur fortune, ne sont pas des censeurs en puissance. Toutefois, même si tout finit bien (ce qui n’est pas un spoiler, il serait difficile de croire que le film puisse se terminer autrement), une réplique laisse un goût amer. « Nous sommes sur une planche à côté du *Titanic* en train de couler », lâche la rédactrice en chef, consciente que la mer n’a retrouvé son calme que temporairement.
Enfin, Meryl Streep a annoncé au journaliste Andy Cohen que les tenues du *Diable s’habille en Prada 2* seront mises aux enchères. Les fonds collectés seront reversés au Comité pour la protection des journalistes, « pour des raisons évidentes », a précisé l’actrice de 76 ans, qui a célébré le journalisme d’investigation à travers son rôle dans *Pentagon Papers* de Steven Spielberg en 2017.

