Investir dans l’éolien citoyen : est-ce que c’est intéressant financièrement ?
À Béganne, le parc éolien citoyen de France fonctionne depuis douze ans et la société Bégawatts devrait reverser 250.000 euros à ses actionnaires cette année. Le parc éolien citoyen Féeole, situé près de Martigné-Ferchaud, alimentera l’équivalent de 17.000 foyers en électricité avec ses quatre mâts d’une puissance de 3 mégawatts-crête chacun.
Le premier parc éolien citoyen de France, situé à Béganne, près de Redon, produit de l’électricité depuis un peu plus de dix ans. Ce projet, initié par une poignée d’habitants d’un territoire rural à la croisée du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique, n’est pas le seul de ce type. Des éoliennes citoyennes se sont progressivement installées à travers la France. Bien qu’elles fonctionnent à la même vitesse que les éoliennes gérées par des promoteurs privés, elles se distinguent par leur modèle de redistribution. En effet, une grande partie, voire la totalité de leurs bénéfices, est reversée à des acteurs locaux tels que des communes, des associations ou des particuliers ayant choisi d’investir dans l’éolien plutôt que dans un produit d’assurance-vie ou en bourse. Est-ce rentable ? Oui, cela peut l’être, même si l’appât du gain n’est pas la principale motivation de ces citoyens.

Cette année, la société Bégawatts va reverser 250.000 euros à ses actionnaires. Créée pour gérer et exploiter le parc éolien citoyen de Béganne, cette petite entreprise prévoit également de mettre de côté 83.000 euros pour financer de futurs investissements. « Cela fait douze ans que le parc fonctionne. On commence à avoir quelques frais d’entretien », reconnaît François Hervieux. Président bénévole de la structure, le Breton est l’un des 800 habitants ayant investi dans ce projet de transition énergétique. « Cela reste plus intéressant qu’un livret A. Mais il y a un capital-risque important, il faut le savoir. C’est plutôt un choix porteur de sens qu’un choix financier. » Certains ont pris des risques plus importants, comme ceux qui avaient investi 300.000 euros avant même que le permis de construire ne soit validé. « Les règles sont claires. »
A Béganne, les quatre éoliennes sont opérationnelles, le projet n’ayant pas fait l’objet d’un recours. Les investisseurs d’origine se réjouissent, profitant d’un prix d’achat très avantageux signé pour quinze ans. « Plus le risque est grand, plus la rentabilité est bonne », explique François Hervieux. Le président de Bégawatts constate que les premiers investisseurs réalisent « trois fois plus de gains » que ceux qui ont rejoint le projet plus récemment. « Parfois cela a suscité des débats. Nous essayons d’expliquer que cela est lié au risque de tout perdre. Et le plus avantageux, c’est que cet argent reste sur le territoire. Il finance d’autres projets d’économie sociale et solidaire. » Les bénéfices ne vont pas dans les poches d’un fonds d’investissement étranger. La communauté de communes a même encaissé un million d’euros en douze ans.
« On était conscients que ce serait long »
A environ une centaine de kilomètres plus à l’est, un autre parc éolien citoyen célébrera bientôt sa première année d’exploitation. Baptisées la semaine dernière, les quatre mâts, chacun d’une puissance de 3 mégawatts-crête, fournissent l’électricité nécessaire à environ 17.000 foyers. En 2024, le parc Féeole devrait commencer à distribuer ses premiers euros à ses investisseurs, après dix-sept ans d’attente depuis les premiers échanges concernant le projet. « On était conscients que ce serait long, mais peut-être pas autant », admet Michel Lemonnier, un agriculteur à la retraite, souriant. Lui et sa femme résident près de Martigné-Ferchaud (Ille-et-Vilaine), lieu d’implantation du parc. Avec 130 autres personnes, ils ont investi « entre 500 et 10.000 euros » chacun, avant même l’obtention du permis de construire. « Tout le monde savait que c’était à nos risques et périls. Mais je pense que personne n’imaginait que ça ne se fasse pas. »

Pour mener à bien ce projet citoyen, il a fallu faire face à des recours, surmonter la pandémie de Covid-19 et débattre sérieusement lors des assemblées générales. « Certains voulaient vendre à un promoteur privé, sans doute attirés par la possibilité de récupérer leur argent rapidement. » Michel Lemonnier et d’autres ont préféré conserver leur projet, vendant une partie à des syndicats mixtes et des collectivités. « Cela reste un très bon placement à long terme. Tant que nous remboursons l’emprunt, nous devrions obtenir autour de 6 % bruts. Mais une fois le remboursement terminé, cela pourrait augmenter de manière significative », avance le retraité. Le rendement dépend du tarif de rachat obtenu par appel d’offres. Dans ce contexte, l’éolien est largement plus rentable que le solaire, dont les tarifs de rachat ont chuté, bien qu’il soit aussi plus risqué.
Des rendements entre 6 et 8 %
L’intérêt pour les citoyens investisseurs ne se limite pas à l’aspect financier. Dans la plupart des cas, les habitants souhaitent surtout voir la richesse générée demeurer dans leur territoire. « L’argent n’est pas la principale motivation, mais il faut en parler rapidement pour éviter les conflits. Les discussions peuvent être tendues, surtout pour ceux qui ont investi dès le début. Ils savent que si le projet échoue, ils ne récupèreront rien », explique David Clausse. Le directeur du Syndicat départemental d’énergie d’Ille-et-Vilaine, impliqué dans le projet Féeole, évoque « des niveaux de rentabilité entre 6 et 8 % » si le parc fonctionne correctement.
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Pour les collectivités, ces « petits » investisseurs permettent parfois de réduire le recours à l’emprunt. Mais surtout, ils représentent d’excellents financements pour leurs projets. « Que ce soit dans le solaire ou dans l’éolien, il s’agit d’initiatives positives, qui impliquent les habitants. Les gens s’approprient les projets, s’investissent et prennent conscience de leur consommation », affirme David Clausse. Il n’est donc pas surprenant de voir ces projets se multiplier.

