
Incendies : Identification des pyromanes et de leurs motivations.
Depuis le début de l’été 2026, plusieurs départs de feu en France ont été déclenchés volontairement par des pyromanes. Selon l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), 10 % des 300.000 incendies qui surviennent chaque année résultent d’un acte volontaire.
EDIT du 15 juillet 2026 : Depuis le début de l’été, les départs de feu se multiplient en France. Plusieurs d’entre eux sont déclenchés volontairement par des pyromanes. Dernier exemple : ces suspects arrêtés en marge de l’incendie de la forêt de Fontainebleau. 20 Minutes vous propose la relecture de cet article détaillant leur profil.
Les incendies survenus dans les Monts d’Arrée (Finistère), à La Hague (Manche), à Landiras (Gironde) et à Sernhac (Gard) au début du mois ont en commun d’être tous des feux provoqués de manière intentionnelle.
Bien que neuf incendies sur dix soient d’origine humaine et généralement involontaires, 10 % des 300.000 incendies qui se produisent chaque année résultent d’un acte volontaire, d’après l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Dans certains cas, les responsables souffrent d’un trouble psychologique reconnu, connu sous le nom de pyromanie.
Des critères très précis
« Les pyromanes ne sont pas des malades mentaux, ils ont un trouble de la personnalité », affirme Mickaël Morlet-Rivelli, expert judiciaire en psychologie à la cour d’appel de Reims et doctorant en psychologie à l’université de Caen Normandie ainsi qu’au centre international de criminologie comparée de Montréal. Il précise qu’il est essentiel de distinguer les pyromanes des incendiaires. Ces derniers « sont ceux qui allument délibérément un feu pour des raisons de vandalisme, d’intimidation, de vengeance, de terrorisme, pour détruire des preuves ou encore pour des fraudes à l’assurance », ajoute le chercheur.
Comment identifie-t-on un pyromane ? Selon le manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM), « la caractéristique essentielle de la pyromanie est le fait de mettre plusieurs fois le feu de manière délibérée et réfléchie ». Le DSM a également énuméré d’autres critères : « Les pyromanes ressentent une tension ou une excitation émotionnelle avant de passer à l’acte, ils sont fascinés par le feu, ils ressentent de la gratification et du soulagement en l’allumant et en l’observant », précise le psychologue. De plus, les pyromanes n’allument pas de feux dans un but précis – commercial, idéologique, politique ou criminel – et leurs actes ne peuvent pas être attribués à un autre trouble, souligne Mickaël Morlet-Rivelli.
Déjà en 1840, lorsqu’on a introduit le concept, les psychiatres l’avaient défini comme un trouble du comportement. « Il y a eu un processus de pathologisation. À cette époque, les psychiatres s’étaient intéressés aux délires concernant des objets spécifiques, comme la pyromanie, mais également la cleptomanie. Ils avaient classé cela comme une folie partielle », explique Laurence Guignard, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC).
« Un acte cathartique »
Que recherchent réellement les pyromanes ? D’après Marjorie Sueur, psychologue clinicienne, experte auprès de la cour d’appel d’Aix-en-Provence et consultante en criminologie, il s’agit d’un moyen d’expression de leur tension nerveuse. « Ils éprouvent une tension émotionnelle qu’ils doivent exprimer. Le plaisir d’allumer un incendie et le soulagement qui en découle leur permettent de mettre fin à cette tension », explique-t-elle. « C’est une régulation psychique, presque un acte cathartique », ajoute Mickaël Morlet-Rivelli. Pour certains pyromanes, cette satisfaction peut également avoir une dimension ou une excitation sexuelle, précise Marjorie Sueur.
Une autre caractéristique du pyromane est sa tendance à retourner sur les lieux de l’incendie, souvent pour porter secours aux éventuelles victimes. « Il y a presque une double jouissance : le plaisir de voir son œuvre – l’incendie – et celui d’aider », analyse la psychologue clinicienne, qui mentionne aussi différents éléments déclencheurs : « Ils souhaitent attirer l’attention, se présenter comme des sauveurs, transgresser la loi, et cultivent un sentiment de toute-puissance ». Dans certains cas, les profils de pyromanes peuvent surprendre, comme ceux des rares pompiers pyromanes. « Ils créent l’incendie puis l’éteignent, maîtrisant complètement la situation », complète-t-elle.
Pas plus tard qu’hier, un homme, pompier volontaire de l’Hérault, a été interpellé, suspecté d’être à l’origine de plusieurs départs de feu dans le département depuis plusieurs semaines, selon le parquet de Montpellier, qui a ouvert une enquête sur les circonstances de l’incendie.
Une pathologie très rare
Malgré ces cas, la pyromanie demeure un trouble très rare, souligne Mickaël Morlet-Rivelli, qui cite l’une des rares études sur le sujet, menée par Carlos Blanco et publiée en 2010 dans The Journal of Clinical Psychiatry. La prévalence des pyromanes dans la population générale est estimée à 1 %. Bien que le risque de récidive soit élevé, la pyromanie peut être soignée, notamment grâce aux thérapies cognitivo-comportementales. « L’objectif est d’apprendre au pyromane à modifier son comportement déviant pour adopter un comportement conforme à la société », explique Marjorie Sueur.
À quelques exceptions près, malgré le caractère pathologique de leurs comportements, la grande majorité des pyromanes sont considérés pénalement responsables de leurs actes. Depuis 2004, les incendies volontaires de forêts ou de bois peuvent être punis par des peines allant jusqu’à quinze ans de prison – pouvant atteindre la perpétuité en cas de décès causés par l’incendie – et des amendes de 150 à 200.000 euros.
