
Incendies : « C’était là qu’on pouvait gagner du terrain »… Pourquoi la nuit ne permet plus de repos aux pompiers
Plus de 42.000 hectares ont brûlé entre janvier et mi-juillet : tel est le bilan alarmant de ce début d’été, alors que des incendies successifs ont dévasté la France, de Fontainebleau à la Drôme, en passant par le Var et la Gironde. Ces feux répétés mettent à rude épreuve les pompiers, dont certains se disent « lessivés », selon plusieurs organisations de sapeurs-pompiers. Cette année, ils doivent également faire face à une nouvelle difficulté : les incendies ne faiblissent plus la nuit.
« Avant, les nuits étaient favorables pour l’évolution des phases d’extinction du sinistre, parce qu’on savait que c’était là qu’on pouvait gagner du terrain », explique Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF). Les nuits étaient plus humides et plus fraîches, ce qui n’est pas le cas cette année.
Un phénomène perceptible cette année
« Aujourd’hui, avec les effets de la canicule, les niveaux de température ont du mal à baisser et à retrouver des normales de saison ; on a des nuits relativement chaudes, avec des amplitudes hygrométriques extrêmement basses. » Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau, c’est cette année qu’il est particulièrement ressenti sur le terrain, selon le porte-parole de la FNSPF. « On pensait pouvoir combattre les feux la nuit, mais finalement non », ajoute-t-il. « Cela devient de plus en plus complexe, on parle moins de nuits favorables. »
Ce phénomène a été analysé par une équipe de chercheurs canadiens, qui a publié en 2024 un article dans la revue Nature. Ils y montrent que les « conditions de sécheresse favorisent » les incendies nocturnes, avec un réchauffement climatique qui « affaiblit la barrière climatologique contre les feux nocturnes ». Les chercheurs ont observé « des hausses des conditions météorologiques conduisant aux feux nocturnes ces dernières décennies, suggérant une perturbation accélérée du cycle diurne des feux ». Ce phénomène « remet en question la compréhension traditionnelle » de ce cycle, basé sur un modèle de « jour actif, nuit calme ».
« C’est la guerre »
Ces nouvelles conditions nocturnes compliquent le travail des pompiers, qui « s’adaptent difficilement », alerte Eric Brocardi. D’autant plus que la nuit est un moment particulièrement dangereux. « On y voit moins et il faut bien connaître le terrain », développe le porte-parole de la FNSPF. « Quand vous êtes la nuit avec une lance incendie, des tuyaux sur le dos et que vous partez dans la cambrousse au milieu des flammes, c’est la guerre. »
Privés de moyens aériens pour les soutenir, les pompiers utilisent des drones pour tenter d’observer le feu, mais la prudence est de mise. « On doit faire plus attention pour éviter les risques d’accident », ce qui « demande plus d’attention et de vigilance ». Ce mélange d’éléments rend la lutte contre les incendies « plus délicate, plus aventureuse, plus dangereuse, plus complexe ». Une difficulté supplémentaire, alors que les soldats du feu déplorent le manque de moyens.
