
Incendie : Pompiers volontaires face aux pyromanes infiltrés, défiance et fatalité.
Un sentiment de trahison s’est emparé de la communauté des sapeurs-pompiers après la révélation qu’un de leurs collègues aurait été impliqué dans des incendies criminels à Fontainebleau. Julien, pompier volontaire de 45 ans, a exprimé son indignation face à cette situation : « On lutte contre les feux et dans nos rangs, il y a des gens qui les allument. Comme si la situation n’était pas assez dure comme ça… » Paul-Edouard Laurain, porte-parole des pompiers de Seine-et-Marne, a également partagé ce malaise, évoquant un « sentiment de rejet et un peu de honte » face à cette trahison.
Ce cas n’est pas isolé. Au cours de l’année précédente, un pompier volontaire de 25 ans a été condamné pour avoir provoqué six incendies en Indre-et-Loire. Dans les Hautes-Alpes, un autre pompier a écopé de quatre ans de prison, dont un an ferme, pour avoir déclenché une trentaine de feux. Plus récemment, en 2023-2024, un pompier de Simandre, actif depuis deux décennies, a été condamné à sept ans de prison pour avoir incendié huit exploitations agricoles.
Bruno Menard, secrétaire général du Syndicat des Sapeurs-Pompiers Volontaires de France, a reconnu la réalité de cette infiltration : « Il y a des pyromanes infiltrés dans nos rangs. Dire le contraire, ce serait nier. » Il souligne que, tout comme le milieu périscolaire peut attirer des individus malveillants, certains incendiaires choisissent des professions en lien avec le feu, comme sapeur-pompier ou garde forestier. Toutefois, la surveillance constante de ces professionnels est irréaliste, selon Aurélie, pompier dans les Pyrénées-Orientales : « On ne peut pas veiller H24 sur chaque pompier volontaire, qui sont 200.000 en France. »
Face à cette impuissance, la méfiance s’installe. Une jeune femme de 33 ans témoigne : « J’essaie de mieux observer mes collègues, comment ils réagissent aux incendies… On repense à des souvenirs, des regards, des bouts de conversations. » Elle se remémore un collègue qui trouvait le feu « fascinant », un commentaire qui, bien qu’anodin, prend une autre dimension dans ce contexte.
Bruno Menard admet que ce phénomène est un fléau, mais il n’aperçoit pas de solution simple. Bien que des tests physiques et psychologiques soient réalisés pour chaque recrue, la psychologue Coralie Coste rappelle qu’il est impossible de prédire ces comportements. Les sociopathes, selon Menard, savent se fondre dans la masse, rendant toute détection préventive difficile.
Malgré ces cas isolés, il est important de ne pas généraliser. Laurent Fayet souligne que seulement 5 % des incendiaires sont des pyromanes, la majorité ayant d’autres motivations comme la vengeance ou l’espoir d’un remboursement d’assurance. En Australie, une enquête sur 1.500 incendies suspects a révélé que 11 pompiers figuraient parmi les 50 personnes arrêtées, ce qui, bien que révélateur, reste une minorité.
Julien, tout en reconnaissant cette réalité, ne peut s’empêcher de se demander : « Et si c’était l’un des gars à côté ? » D’autres, comme Bastien, pompier volontaire près de Bordeaux, préfèrent se concentrer sur le travail collectif : « Il est difficile de renier le bienfait de notre vocation, et on en fait largement plus de bien que de mal, malgré ceux qui ‘jouent’ contre notre camp. »
Les pompiers volontaires, représentant 78 % de la profession, demeurent essentiels. Bastien insiste sur l’importance de la confiance sur le terrain : « Quand vous affrontez d’immenses incendies, vous devez faire confiance au collègue à côté de vous et à l’équipe. Si tout le monde commence à se méfier de tout le monde, on ne va pas s’en sortir. »
