Hantavirus : le caracara de Darwin observé par le patient zéro à Ushuaia ?
Leo Schilperoord, un touriste néerlandais, est considéré comme le « patient zéro » probable du foyer d’hantavirus du MV Hondius après avoir contracté la maladie lors d’une étape de son voyage en Argentine. La décharge municipale d’Ushuaia, à 6-7 km de la ville, est un site où le caracara de Darwin, une espèce rare et endémique, peut être observé, mais elle attire également des rongeurs, principaux réservoirs de l’hantavirus.
Après la chauve-souris et le pangolin durant la pandémie de Covid, un oiseau est-il désormais associé à un virus préoccupant ? La passion d’un voyageur pour l’ornithologie a en effet tourné au cauchemar sanitaire. Leo Schilperoord, un touriste néerlandais, est considéré comme le « patient zéro » probable du foyer d’hantavirus du MV Hondius. Il aurait contracté la maladie, qui a fini par l’emporter, lors d’une étape de son voyage en Argentine avant d’embarquer sur le bateau. Avec sa compagne, également décédée, ce passionné d’oiseaux s’est rendu à la décharge d’Ushuaia, en Terre de Feu. L’objectif ? Observer le caracara à gorge blanche (Phalcoboenus albogularis), aussi connu sous le nom de caracara de Darwin. Mais qui est cet oiseau au centre de toute cette agitation ? 20 Minutes fait le point.

Bien qu’il puisse ressembler à un aigle, le caracara appartient techniquement à la famille des Falconidés. Cependant, il ne chasse pas de la même manière que ses cousins faucons. « Il incarne une forme d’intelligence et d’adaptation peu commune chez les rapaces », souligne le média Terra Cultura.
Un lieu de prédilection pour l’observer… dans une décharge
Au lieu de plonger sur ses proies à 300 km/h, ce rapace mesurant entre 50 et 65 cm préfère… marcher. Avec ses longues pattes robustes, il passe une grande partie de son temps au sol, courant et fouillant comme une corneille ou une pie. C’est surtout un opportuniste : insectes, œufs, reptiles et surtout, charognes… tout y passe.
Bien que le caracara de Darwin soit une espèce rare et endémique du sud du Chili et de l’Argentine, il n’est pas nécessairement difficile à repérer pour ceux qui savent où chercher. À Ushuaia, l’endroit privilégié se situe à 6-7 km de la ville : la décharge municipale que les habitants évitent soigneusement. Ce site semi-ordonné attire une multitude de charognards. Pour les passionnés, c’est l’assurance d’observer de près ce spécimen décrit pour la première fois en 1837 par John Gould, à partir d’un individu collecté par Charles Darwin lui-même en Patagonie.
Quel lien avec l’hantavirus ?
Le souci, c’est que là où il y a des déchets et des restes de nourriture, il y a des rongeurs. Or, les rongeurs sont les principaux réservoirs de l’hantavirus, selon l’Institut Pasteur. Le virus se transmet à l’homme par inhalation de poussières contaminées par les excréments, l’urine ou la salive de ces petits mammifères.
En s’approchant de la décharge pour photographier le rapace, les visiteurs s’exposent sans le savoir aux zones de vie de ces rongeurs. Une imprudence qui peut se révéler coûteuse : la souche des Andes est l’une des rares à permettre une transmission interhumaine, avec une période d’incubation pouvant aller jusqu’à six semaines.
Notre dossier sur l’hantavirus
Au-delà du risque sanitaire, le caracara de Darwin intrigue les chercheurs par ses capacités cognitives. Capable de soulever des couvercles ou de coopérer en couple pour dérober des proies, il est l’un des rares rapaces vivant en groupe social. Son cri rauque et guttural, similaire à celui d’un perroquet, résonne souvent dans les espaces ouverts de la Patagonie. Un spectacle naturel fascinant, à condition, peut-être, de garder ses distances avec les déchets.

