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« Gagner six mois de vie : un médicament contre le cancer du pancréas suscite l’espoir »

Le Daraxonrasib, présenté lors du congrès annuel de la société américaine d’oncologie à Chicago, est un nouveau traitement administré sous forme de comprimé une fois par jour, qui permet de doubler l’espérance de vie des malades du cancer du pancréas métastasique, atteignant 13,2 mois contre 6,7 mois pour ceux recevant une seconde chimiothérapie. Actuellement, l’anticancéreux n’est pas encore accessible en France, où son espérance de mise sur le marché est prévue pour 2027.


Un médicament prometteur pour l’avenir. Lors du congrès annuel de la société américaine d’oncologie à Chicago, un nouveau traitement contre le cancer du pancréas métastasique a montré des résultats encourageants. Administré sous forme de comprimé quotidien, le Daraxonrasib permet de doubler l’espérance de vie des patients déjà traités par chimiothérapie par rapport à ceux qui reçoivent une seconde chimiothérapie. La survie des premiers est de 13,2 mois, contre 6,7 mois pour les autres.

« Cela peut sembler peu, mais lorsque l’on se sait condamné, gagner six mois de vie, c’est précieux », déclare Julien Edeline, oncologue médical et professeur en cancérologie au Centre Eugène-Marquis de Rennes. En effet, le cancer du pancréas, qui est le quatrième le plus courant en France, figure parmi les plus mortels. Depuis des décennies, les chercheurs savaient que plus de 90 % des cancers du pancréas étaient liés à une mutation du gène KRAS, mais n’arrivaient pas à en bloquer l’action. Cette étape est désormais franchie. Et ce n’est probablement que le début.

Gagner du temps de vie

La chimiothérapie actuellement administrée aux malades de cancer du pancréas métastasé a ses limites. « Au bout d’environ six mois, le cancer s’adapte au traitement et le patient devient résistant à la chimiothérapie », explique Antoine Hollebecque, oncologue au département innovation thérapeutique de l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Jusqu’à l’émergence du Daraxonrasib, il n’existait pas de traitement de seconde ligne, ce qui explique le très faible taux de survie.

Le nouveau médicament entraîne moins d’effets secondaires graves que la chimiothérapie, même s’il peut provoquer de fortes éruptions cutanées, des nausées ou des diarrhées. Il aiderait également à retarder l’apparition de symptômes tels que la douleur. « Le traitement ne va pas permettre une guérison, rappelle toutefois Alice Boilève, oncologue digestive à l’Institut Gustave Roussy. Il ne fait que repousser la progression de la maladie et cherche à gagner le plus de temps possible, tout en préservant la meilleure qualité de vie. »

Augmenter à nouveau la durée de survie

« Même avec ce nouveau traitement, une résistance apparaît au bout de 7,3 mois en moyenne car une nouvelle mutation se produit », précise le professeur Hollebecque. Cependant, les chercheurs considèrent ces résultats comme « une première étape » et espèrent prolonger encore la survie dans les années futures.

Plusieurs pistes sont à l’étude. La première consiste à administrer le Daraxonrasib dès le diagnostic, plutôt qu’après la chimiothérapie. « Un essai en ce sens a débuté aux Etats-Unis et commencera en France en juillet », indique l’oncologue Alice Boilève. Les résultats, attendus dans deux à trois ans, permettront d’évaluer son efficacité en première ligne ou en association avec une chimiothérapie.

Cependant, en raison des procédures réglementaires, le traitement anticancéreux n’est pas encore accessible en France, contrairement aux Etats-Unis où il faudra débourser 30 000 dollars par mois. « Nous avons une excellente molécule, mais nous ne pouvons pas la prescrire malgré les nombreuses demandes », déplore la docteure Boilève, espérant une mise sur le marché en 2027.

Une avancée pour d’autres types de cancers

Une autre stratégie repose sur la combinaison du Daraxonrasib avec d’autres inhibiteurs de KRAS en développement. « Les essais visant ces combinaisons thérapeutiques devraient débuter en France fin 2026 », ajoute l’oncologue de l’Institut Gustave-Roussy. Parallèlement, des équipes cherchent à comprendre les mécanismes de résistance des cellules cancéreuses afin de développer de nouvelles stratégies.

De plus, le traitement pourrait également être utilisé pour d’autres types de cancers. « Les premiers essais ont été réalisés sur le cancer du pancréas car 90 % des cas sont liés à une mutation du gène KRAS et les traitements disponibles restaient insuffisants », explique le professeur Hollebecque. En outre, des mutations comparables sont observées dans environ 30 % des cancers du poumon et près de 40 % des cancers colorectaux.

L’équipe de Julien Edeline évalue déjà la molécule pour le traitement des cancers des voies biliaires, tandis qu’une autre étude est en cours chez des patients atteints d’un cancer du poumon. « Ce médicament est promis à un grand avenir », conclut le professeur Hollebecque. « De nombreux essais cliniques vont être menés un peu partout dans le monde au cours de la prochaine décennie. »