France

Friperies face à la concurrence de Vinted : un modèle à revoir pour survivre

La fermeture imminente d’un pilier du commerce de seconde main à Rennes soulève des interrogations sur l’avenir des friperies. Kilo Shop, connu pour son concept unique de vente de vêtements au kilo, affichera bientôt son dernier jour d’ouverture sur la place de la mairie. Cette enseigne, qui avait déjà connu une fermeture en 2003 avant de renaître en franchise en 2021, a longtemps attiré les amateurs de mode vintage. Aujourd’hui, elle se voit contrainte de tirer le rideau.

Frédéric, un vendeur de la boutique, évoque une concurrence acharnée, citant Vinted comme principal coupable. « On ne peut pas rivaliser avec les prix proposés sur cette plateforme, donc la clientèle s’est évaporée », explique-t-il. Selon lui, la qualité des vêtements a également chuté, car de nombreux clients préfèrent vendre leurs pièces de valeur sur Vinted plutôt que de les donner, laissant les friperies submergées par des articles de fast-fashion.

Cette situation n’est pas isolée. De nombreuses boutiques indépendantes subissent le même sort face à l’essor de Vinted, qui a profondément modifié le paysage du marché de la seconde main. À Vannes, par exemple, plusieurs friperies ont fermé leurs portes ces derniers mois. Nouveau Genre, ouverte en 2018, a récemment cessé ses activités pour se concentrer sur d’autres projets culturels. Camille Blondel, responsable de la boutique, souligne que la concurrence des friperies associatives a également joué un rôle dans cette décision. « Les clients recherchent des prix très bas, et dans ce domaine, le secteur associatif est imbattable », précise-t-elle.

Pourtant, certaines friperies choisissent de se démarquer en misant sur la qualité. Marie Payet, qui a ouvert sa boutique Babetchka Vintage il y a un an à Rennes, s’efforce de proposer des pièces uniques. Elle consacre beaucoup de temps à dénicher des vêtements lors de vide-greniers et brocantes. « Je voulais créer un univers différent, et cela fonctionne », affirme-t-elle. Malgré les difficultés rencontrées par certaines enseignes, le marché de la seconde main continue d’évoluer.

En effet, le secteur de la friperie connaît une croissance annuelle de 10 %, atteignant actuellement plus de 100 milliards d’euros à l’échelle mondiale. Les prévisions indiquent qu’il pourrait dépasser les 300 milliards dans les années à venir. Toutefois, cette dynamique semble principalement bénéficier aux grands acteurs du marché, tels que Vinted, eBay et Vestiaire Collective. Maxime Delavallée, cofondateur de la marketplace vintage CrushON, observe que les petites boutiques indépendantes et les ressourceries ont plus de mal à s’imposer.

Pour survivre dans ce marché en pleine mutation, les friperies indépendantes devront repenser leur approche. « Elles ne peuvent plus se contenter d’être compétitives sur les prix », estime Delavallée. Il est essentiel qu’elles développent leur identité, améliorent l’expérience client et créent un récit autour de chaque pièce. Sans ces adaptations, certaines d’entre elles risquent de ne pas passer l’hiver dans un secteur désormais saturé et hautement concurrentiel.