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France – Sénégal : Les Bleus peuvent-ils éviter un remake de 2002 ?

Didier Deschamps a déclaré lors de sa conférence de presse le 29 mai : « Il y a beaucoup trop d’attente de nous voir déjà le 19 juillet (date de la finale du Mondial), ça ne me plaît pas trop, même pas du tout. » Souleymane Camara a rappelé que l’équipe du Sénégal, pour son premier Mondial, avait créé la surprise en battant l’équipe de France (0-1) au premier match de poule.

De notre envoyé spécial à Boston,

Didier Deschamps ne manifeste pas sa colère de manière ostentatoire. Publicement, en tout cas. Ainsi, le 29 mai, lors de sa première conférence de presse avant la Coupe du monde, le sélectionneur a souhaité faire passer un message. « Il y a beaucoup trop d’attente de nous voir déjà le 19 juillet (date de la finale du Mondial), s’est exclamé DD. Ça ne me plaît pas trop, même pas du tout. »

Éviter les excès, ne pas se considérer comme le meilleur, telle est la philosophie qui guide Deschamps et ses joueurs depuis le début de leur préparation, jusqu’à leur premier match de la Coupe du monde ce mardi contre le Sénégal à New York. Ce discours prudent tranche avec celui exprimé en 2002, à la veille de la Coupe du monde au Japon et en Corée du Sud, alors qu’il était entraîneur de l’AS Monaco.

« Ils se disaient qu’ils étaient meilleurs que nous »

Souleymane Camara, ancien international sénégalais et attaquant à Montpellier et Monaco, raconte une anecdote : « Avant la fin de la saison, on a dîné ensemble au restaurant. À la fin du repas, je lui ai dit au revoir et il m’a répondu très tranquillement : « À très bientôt, tu crois quand même pas que vous allez rester longtemps au Mondial ? » Lors de mon retour quelques semaines plus tard, on a beaucoup rigolé. »

De rires éclatants, car Souleymane Camara et les Lions de la Teranga, pour leur première participation à la Coupe du monde, avaient atteint les quarts de finale en créant une énorme surprise dès leur match d’ouverture en battant l’équipe de France (0-1). Cette équipe, championne du monde et championne d’Europe en titre, se présentait avec un lourd statut. 

Dirigés par Roger Lemerre, les Bleus étaient en plus dotés de joueurs de haut niveau, avec le meilleur buteur d’Angleterre (Thierry Henry), le meilleur buteur d’Italie (David Trezeguet) et le meilleur buteur de D1 (Djibril Cissé). « Ils étaient champions du monde, ils avaient de grands joueurs et ils se disaient qu’ils étaient meilleurs que nous, se souvient Camara, désormais formateur au MHSC. Ils étaient effectivement meilleurs que nous. Néanmoins, nous étions convaincus de pouvoir réaliser un bon match. C’est un souvenir exceptionnel. »

« Il n’y aura pas de suffisance »

Pour le nouveau face-à-face entre les deux équipes, vingt-quatre ans plus tard, peut-on envisager un nouveau scénario désastreux pour des Bleus considérés comme de grands favoris, malgré les déclarations de Didier Deschamps, et possédant un impressionnant potentiel offensif ? « Non, ce n’est pas pareil, affirme Ludovic Giuly. Chaque année et chaque équipe sont différentes. Désormais, il faut marquer ce match de son empreinte et prouver notre présence. Je ne m’inquiète pas pour ce premier match, il n’y aura pas de suffisance. »

Souleymane Camara souligne l’évolution de la sélection sénégalaise, qui est revenue victorieuse de la dernière Coupe d’Afrique des nations, et qui compte des joueurs évoluant dans les meilleurs championnats du monde. « Nous avions de bons joueurs auparavant, mais aujourd’hui, nous avons davantage de qualités, assure Camara. Rien n’est impossible. Bien sûr, le Sénégal peut battre l’équipe de France, mais cela ne serait pas aussi grandiose qu’en 2002. »

Les deux hommes, qui ont été entraînés par Didier Deschamps, estiment que le sélectionneur a suffisamment averti ses joueurs durant la préparation pour éviter que les Bleus n’arrivent avec une confiance excessive au Metlife Stadium. « C’est sa dernière Coupe du monde avec les Bleus. Croyez-moi, il a assez d’expérience pour motiver ses troupes et ne pas tomber dans la facilité », soutient Ludovic Giuly.

Un Français averti en vaut deux

« L’ambition est essentielle, mais l’humilité l’est tout autant, a répété le sélectionneur. Il suffit d’un jour, de faire un peu moins pour qu’on en paie le prix fort. » Ou de subir un peu de malchance. En 2002, les Bleus avaient concédé un but malheureux après une intervention d’Emmanuel Petit qui avait propulsé le ballon sur Fabien Barthez, lequel avait rebondi dans les pieds du regretté Papa Bouba Diop. Les Tricolores avaient aussi frappé les montants à deux reprises, par David Trezeguet et Thierry Henry. Quand rien ne fonctionne…

Tout faire pour rester à Boston

Même Manu Koné, qui était encore un nourrisson lors de la victoire des Lions de la Teranga à Séoul, connaît l’importance de ce match historique et est convaincu que la situation ne se répétera pas à New York. « J’avais un an à l’époque, maintenant nous sommes concentrés sur le présent. Nous sommes une très bonne équipe, et nous avons confiance en nos qualités », a déclaré le milieu de l’AS Roma. « Nous devons mettre en place les choses pour être présents. Nous voulons gagner ce match et bien débuter la compétition. »

Gagner permettra aussi de se faciliter la vie pour la suite du tournoi. Une défaite contre le Sénégal compromettrait presque la première place du groupe, et avec elle, la possibilité de rester à Boston pour la suite de la compétition. « Les joueurs savent très bien ce qu’il y a en jeu, conclut Ludovic Giuly. Ils sont réellement professionnels et conscients de tout cela. Ce match, ils vont le prendre très au sérieux. » Il faudra donc trouver une autre explication en cas de défaite.