
France – Angleterre : « Je ne sais même plus où est ma médaille »… Pourquoi le match pour la 3e place ne perdure-t-il pas ?
La France vise un 7e podium en Coupe du monde lors de la finale de bronze qui se déroulera ce samedi à 23 heures à Miami. Kylian Mbappé pourrait devancer Lionel Messi dans la course au meilleur buteur de cette Coupe du monde.
La Fifa sait comment nous divertir, même lorsqu’il s’agit de présenter sur son site la finale pour la troisième place, contestée par une grande partie du milieu du football. « Malgré sa déception, la France peut encore faire gonfler son palmarès », indique son article. Il ajoute que les Bleus « viseront un 7e podium en Coupe du monde lors de la finale de bronze, ce qui les rapprocherait un peu plus du palmarès des géants du tournoi ».
En réalité, même le passionné le plus avide d’histoire du football aurait du mal à réaliser que c’est l’Allemagne (4 victoires), et non le Brésil (5 étoiles), qui se tient au sommet du football mondial, avec 12 podiums contre 9. Ce France-Angleterre, qui se déroulera ce samedi (23 heures) à Miami, revêt donc un « enjeu loin d’être anecdotique », selon la Fifa.
Mbappé pense aux vacances après l’élimination
Un constat qui tranche avec la froide position de Thomas Tuchel sur le sujet. « Personne n’a envie de jouer ce match, aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français », a confessé le sélectionneur de l’Angleterre, peu après la sortie douloureuse de son équipe contre l’Argentine en demi-finale (1-2). « On a tout donné pour disputer la finale. Mais c’est comme ça, on va se préparer pour cette rencontre de manière professionnelle. »
Bien que déçu, Didier Deschamps s’est projeté sur ce match, qui sera le dernier de ses 14 années à la tête des Bleus. « On va tout faire pour aller chercher la 3e place, assure-t-il. On a ce devoir-là, par rapport à nous-mêmes, par rapport à ce que représente ce maillot et par rapport à tous les gens qui sont derrière nous. OK ça ne va pas changer la vie des joueurs, mais ça n’est pas un match amical. »
« On errait comme des zombies »
Que se passe-t-il vraiment dans l’esprit de compétiteurs comme les Bleus, qui étaient tous « en mission » vers une troisième finale d’affilée lors de cette Coupe du monde 2026? Alain Giresse approuve les propos de Thomas Tuchel : « C’est la finale qu’aucun joueur ne veut disputer. Ce match a une signification aux JO mais pas du tout pour un Mondial. » Si « DD » a parlé de joueurs « anéantis » après la défaite contre l’Espagne, Alain Giresse a vécu une situation encore plus forte en 1982, après une demi-finale mémorable mais douloureuse face à la RFA d’Harald Schumacher (3-3, 4-5 aux tirs au but).
« Imaginez les dégâts sur le plan psychologique. Nous étions dévastés, avec une dynamique cassée. Michel Hidalgo voyait bien qu’on errait comme des zombies les jours d’après. C’était trop dur de se projeter sur cette petite finale. S’il m’avait demandé de jouer ce match, je ne l’aurais pas fait avec un état mental qui correspondait », déclare Giresse.
Le sélectionneur de l’époque avait bien compris cela, et l’ex-métronome des Girondins de Bordeaux, tout comme Michel Platini et la majorité des cadres tricolores, étaient sur le banc ou en tribunes lors du match pour la 3e place. « Nos amis étaient sur le terrain et on se sentait un peu déconnectés », reprend Alain Giresse. « D’ailleurs, cette défaite contre la Pologne (2-3) a été totalement zappée par tout le monde. On ne m’a jamais reparlé de ce match jusqu’à cette semaine. »
Luis Fernandez n’a aucun souvenir de sa médaille
Une situation similaire s’était produite quatre ans plus tard : une autre défaite en demi-finale lors de la Coupe du monde 1986 contre l’Allemagne de l’Ouest (0-2), sans « dimension émotionnelle extrême » cette fois-ci, et Platini et Giresse se retrouvaient encore en tribunes pour la petite finale France-Belgique. Héros du quart de finale contre le Brésil (1-1, 4-3 aux tirs au but), Luis Fernandez garde un bon souvenir de cette 3e place acquise 4-2, même s’il était personnellement suspendu ce jour-là : « Henri Michel avait fait tourner et je trouvais ça formidable de voir tous ces joueurs qui avaient eu une très bonne attitude durant la compétition être récompensés sur ce match. »
« On les avait soutenus, il y avait vraiment une bonne ambiance dans le groupe et cette troisième place avait compté dans le nouvel essor du foot français, après l’Euro 1984 remporté à domicile », énumère Luis Fernandez. Alors, quelle valeur a une médaille de bronze dans un Mondial ? « Je ne sais même plus si on avait reçu une médaille ce jour-là », admet l’ancien milieu de terrain du PSG. « Luis ne s’en souvient pas parce que ça n’est pas une médaille qu’on met en avant dans son salon. Je ne sais même pas où est la mienne », sourit Alain Giresse, qui mettait fin à sa carrière avec les Bleus le 28 juin 1986.
« Quand j’ai voulu descendre sur la pelouse pour assister à la remise des médailles en civil, on n’a pas voulu me laisser passer », raconte Giresse. « La police mexicaine m’a vraiment bloqué, et je n’ai récupéré ma médaille que dans le vestiaire ! » Un épisode surréaliste qui en dit long sur les atermoiements d’une petite finale que l’UEFA a abandonnée pour son Championnat d’Europe des nations depuis l’édition 1984, contrairement à la CAN et à la Copa America.
« Pas d’excitation » pour les supporteurs français
Pourquoi donc ne pas décider de la fin de cette « consolante » qui est apparue dès la seconde Coupe du monde, en 1934 en Italie ? Sans surprise, l’enjeu est surtout économique, entre des diffuseurs ravis d’avoir un match supplémentaire à proposer avant la grande finale, et des billets vendus entre 220 et 700 euros (hors revente). Soit une grille tarifaire comparable à celle des 8es de finale du tournoi. Dans un stade de 65.000 places comme le Hard Rock Stadium de Miami, le business est donc juteux, même si la moitié des 300 Irrésistibles Français ont renoncé à leur ticket pour cette rencontre.
Membre du groupe de supporters des Bleus, Valentin Vannelli (31 ans) n’a pas manqué un match des joueurs de « DD » lors de sa première Coupe du monde sur place, et il sera également présent à Miami ce samedi. « Mais la douche froide de l’Espagne n’est pas encore passée et je ne ressens pas du tout d’excitation », déclare le Parisien. « Il y aurait peut-être plus de hype si on affrontait l’Argentine. Pour moi, c’est un match pour du beurre et je trouve dommage que certains remplaçants n’aient droit à leur chance que sur une telle rencontre. Ça me permet de prolonger un peu les vacances mais dès que je sors ces jours-ci, c’est un cauchemar de voir autant d’Argentins fêter leur place en finale. »
Just Fontaine avait optimisé ce rendez-vous en 1958
C’est aussi une des conséquences de ce rendez-vous sportivement dispensable : les grands déçus des demi-finales côtoient jusqu’au bout les supporteurs en effervescence, tournés vers le sacre suprême. Reste que si l’on vous défie de vous souvenir du vainqueur de Croatie-Maroc en 2022, de Belgique-Angleterre en 2018 ou de Brésil-Pays-Bas en 2014, un événement majeur a eu lieu grâce à l’existence de cette petite finale.
Non, il ne s’agit pas du but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde (le Turc Hakan Sukur en 10,8 secondes en 2002), mais du mythique record de 13 buts de l’attaquant français Just Fontaine lors de l’édition 1958. Celui-ci avait en effet réalisé un quadruplé lors de l’ultime succès 6-3 des Bleus en bronze contre la RFA. De quoi donner des idées à Kylian Mbappé dans sa quête du titre de meilleur buteur du tournoi, alors qu’il est actuellement à égalité avec Lionel Messi (8 buts).
