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Espace : Après l’explosion de la fusée New Glenn, conséquences pour Artemis et la NASA ?

La fusée New Glenn de Blue Origin a explosé lors d’un essai au sol à Cap Canaveral (Floride) le 28 mai, sans faire de blessés, mais causant d’importants dégâts matériels sur les infrastructures de lancement. Cet incident pourrait affecter le calendrier du programme Artémis et le départ de la mission Artemis 3, initialement prévu pour 2027.


Les images sont impressionnantes. Ce jeudi, la fusée New Glenn de Blue Origin a explosé lors d’un essai au sol à Cap Canaveral, en Floride. Bien que l’explosion n’ait causé aucun blessé, elle a provoqué des dommages matériels considérables aux infrastructures de lancement. Cet incident constitue une lourde déception pour l’entreprise spatiale fondée par Jeff Bezos et pour le programme lunaire Artémis, dont le calendrier des prochains vols pourrait être perturbé. Voici un point sur cet incident et ses répercussions.

Que s’est-il passé ?
Le 28 mai, l’entreprise de Jeff Bezos réalisait un « static fire », un test destiné à allumer les moteurs de sa fusée New Glenn tout en maintenant l’appareil fixé au sol. Ce type d’essai permet de simuler un compte à rebours réel et de valider plusieurs étapes clés, telles que le remplissage des réservoirs de carburant et l’allumage des moteurs. L’incident s’est produit vers 21 heures, heure locale (3 heures en France), lorsque la fusée a explosé au moment de l’allumage de ses moteurs BE-4.

Jeff Bezos a déclaré que « tout le personnel a été localisé et est sain et sauf. Il est encore trop tôt pour connaître la cause exacte » de cette explosion. D’après les premières analyses communiquées par les experts du Centre de l’espace de Toulouse, la défaillance semblerait avoir commencé « dans la section moteur du premier étage, qui utilise un mélange de méthane et d’oxygène liquide ».

Quel est le lien avec le programme Artémis ?
Le test mené ce jeudi visait à préparer la mission NG-4 prévue le 4 juin prochain, qui devait mettre en orbite 48 satellites de la constellation Amazon Leo, en concurrence avec la constellation Starlink d’Elon Musk. De plus, la New Glenn joue un rôle crucial dans la stratégie de la NASA pour son retour sur la Lune avec le programme Artémis. C’est elle qui doit notamment lancer l’alunisseur Blue Moon Mark 1.

« Après avoir été initialement devancé par le Starship de Space X pour les missions Artémis 3 et 4 (ayant hérité des missions Artémis 5 et 6), Blue Origin était repassé devant l’entreprise d’Elon Musk qui prenait trop de retard », précise Benjamin Peter, responsable de l’actualité spatiale à la Cité de l’Espace de Toulouse. Ainsi, la New Glenn avait été sélectionnée pour envoyer les « Blue Moon » chargés de déployer du matériel, incluant des rovers, sur la Lune. Le Blue Moon Mk1, une version cargo sans charge utile (donc un peu plus petite) et non habitée, devait effectuer un vol de démonstration fin 2026.

Quelles conséquences pour Blue Origin, pour le programme Artémis (et donc pour les États-Unis) ?
Les enjeux de ces lancements, ainsi que les conséquences de cette explosion, sont considérables. En effet, le programme Artémis est dans une course contre la montre sur deux fronts.

D’une part, entre Jeff Bezos et Elon Musk. Après avoir réussi à prendre une réelle avance sur Space X concernant le programme Artémis, avec deux premiers lancements réussis en janvier et octobre 2025, « la NASA envisage même de rediscuter tous les contrats au regard des retards du Starship », souligne Benjamin Peter. Cependant, la New Glenn et Blue Origin ont connu un premier incident en avril dernier avec la mise en orbite d’un satellite qui a été perdu dans l’Espace. L’explosion de la fusée de ce jeudi constitue donc un coup d’arrêt dans cette compétition, et Elon Musk, qui s’est publiquement dit désolé, pourrait s’en réjouir.

D’autre part, cet incident a gravement endommagé le pas de tir n°36 de Cap Canaveral, l’unique site capable d’accueillir la New Glenn. Bien que l’étendue des dégâts ne soit pas encore connue, la puissance de l’explosion et les images montrant une tour de protection s’effondrer laissent craindre le pire.

Le lancement d’Artémis 3, prévu pour 2027, qui devait inclure un rendez-vous en orbite terrestre entre la capsule Orion et le ou les atterrisseurs du programme Artémis, pourrait être retardé. Cela impacterait tout le programme Artémis. « La première fois qu’ils sont censés se poser sur la Lune avec des astronautes lors d’Artémis 4 était prévue pour 2028 ; cet incident pourrait rebattre les cartes », ajoute Benjamin Peter. Ce revers représente une mauvaise nouvelle pour la NASA et pour Donald Trump, qui avait promis en 2019 un retour sur la Lune pour 2025, alors que les Chinois continuent de progresser.

« L’enjeu est d’y parvenir avant la Chine. Les Chinois évoquent depuis longtemps 2029, année du 80e anniversaire de la Révolution. En voyant les États-Unis annoncer 2028, ils avaient accéléré leurs travaux. Maintenant, ils semblent avoir le champ libre. Pour l’instant, tout ce qu’ils entreprennent fonctionne. Ils procèdent déjà à des tests sur des alunisseurs, et ils ont un scaphandre… De nombreux éléments semblent être prêts, et logiquement, dans les semaines ou peu de temps à venir, nous devrions assister au premier lancement de leur fusée, la Longue Marche 10, qui doit les mener sur la Lune. »