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Elections législatives en Hongrie : Viktor Orbán et l’espoir de mettre fin à une ère « immonde » pour les queers

Depuis 2020, Viktor Orbán multiplie les atteintes aux droits des minorités sexuelles et de genre. En 2023, 71 % des personnes LGBT+ hongroises interrogées déclaraient éviter toujours ou souvent de se tenir la main en public avec un partenaire du même sexe par crainte d’être agressées, menacées ou harcelées.

De notre envoyée spéciale à Budapest,

Le Why Not Cafe and Bar, avec sa terrasse animée face au Danube et son intérieur sombre illuminé de néons roses et de boules à facettes, se démarque à Budapest. Bien que la ville semble calme en ce lundi de Pâques, ce lieu emblématique de la culture queer hongroise bouillonne. Attablé avec une dizaine d’amis, Luis* déclare : « La Hongrie n’est pas du tout un pays homophobe. » Il ajoute, suscitant une vague de rires : « Ici, je pourrais sucer un gars dans la rue si je le voulais qu’il ne m’arriverait rien ! »

S’arrangeant sa chemise, le quadragénaire reconnaît qu’il exagère, mais insiste sur le sentiment de sécurité qu’il ressent à Budapest, sa ville depuis douze ans. Tamás Dombos, membre de Háttér Society, soutient également que la capitale est généralement sûre pour les personnes queers. Il nous reçoit dans les bureaux de cette association pro-LGBT +, située au rez-de-chaussée d’un immeuble résidentiel. « Les Hongrois sont généralement peu violents. Malheureusement, nous constatons une hausse de la violence homophobe et transphobe, directement liée aux discours du gouvernement. Récemment, un homme a menacé au couteau un couple de lesbiennes main dans la main dans un tramway. Interpellé par la police, il a estimé qu’il ne faisait qu’appliquer ce que le Premier ministre avait dit. »

« Immondes » amalgames et « sérieuses dépressions »

Depuis 2020, Viktor Orbán multiplie les attaques contre les droits des minorités sexuelles et de genre. En 2025, le gouvernement d’extrême droite a interdit la gay pride, entraînant une mobilisation dans la capitale avec parfois jusqu’à 200.000 participants. Révolté, Zoltán Angyal, un Hongrois de 53 ans, a pris part ce jour-là à sa première marche des fiertés avec son compagnon, avec qui il est en couple depuis 1996. « La soi-disant loi sur la protection des mineurs est en réalité anti-LGBT. Désormais, les libraires doivent cacher les couvertures des livres présentant des personnes queers », déplore-t-il en se passant la main sur le crâne rasé.

« Je n’ai même pas de mot pour décrire ce que je ressens face à l’amalgame que ce gouvernement fait entre homosexualité et pédocriminalité. C’est immonde », gronde András. Ce Hongrois de 44 ans, une bière à la main, évoque une période de « sérieuse dépression ». « Je me suis senti tellement rejeté par mon pays. Au sommet, si tu ne leur es pas utile, ils t’humilient. C’est comme une putain de mafia. » En 2023, une étude de Háttér Society réalisée avec l’Institut de sociologie a révélé que 45 % des queers interrogés souffraient d’une forme de dépression.

Cacher ce gay que je ne saurais voir

Les personnes trans sont en première ligne, visées dès 2020 par l’abrogation du changement de genre à l’état civil. « Ce sont de véritables héros », s’exclame András, qui admet que son style ne « crie pas » qu’il est gay dans la rue, ce qui lui permet de passer inaperçu. Avec son pull à capuche vert qui lui va, sa barbe rousse et son crâne rasé, András a un look discret. Tout comme Zoltán, qui montre sa tenue sobre (un polo et un pantalon noirs) : « Je n’ai jamais vraiment voulu exprimer mon identité à travers mes vêtements. Mais peut-être que cela me permet aussi de me cacher plus facilement. »

En 2023, 71 % des personnes LGBT+ hongroises interrogées affirmaient éviter en public de tenir la main d’un partenaire de même sexe par crainte d’agressions, de menaces ou de harcèlement. Ce chiffre est 17 points au-dessus de la moyenne européenne. « On ne se tient pas la main et on n’a pas l’habitude de s’embrasser en public. Je n’ai pas de souvenir que cela soit arrivé », témoigne Zoltán. Lorsqu’on lui pose la question, il réfléchit longuement sur ces trente années de relation avec son compagnon avant de dire d’une voix hésitante : « Peut-être un jour, au Nouvel An ? »

L’espoir de « pas grand-chose »

Bien que le peuple hongrois semble progressivement s’ouvrir, la politique gouvernementale pousse de nombreux queers à envisager de fuir le pays. « Depuis 2021, nous observons un désir croissant de quitter la Hongrie, reconnaît Tamás Dombos. Certaines personnes envisagent même de renoncer à leur citoyenneté hongroise le plus rapidement possible parce qu’elles ne veulent plus être associées à un pays qui les déteste tant. » András estime que « la majorité des Hongrois ayant de bonnes compétences et opportunités ont déjà quitté le pays, qu’ils soient gays ou non. » Cependant, certains sont temporairement rentrés pour voter dimanche, car l’enjeu est important.

Pour la première fois depuis seize ans, Viktor Orbán pourrait perdre les élections. Le parti de centre-droit Tisza est en tête des intentions de vote pour les législatives. Mais l’opposant Péter Magyar reste délibérément vague sur les questions des droits des minorités sexuelles et de genre, une position qui pourrait lui aliéner les territoires ruraux, traditionnellement acquis au Fidesz, le parti d’Orbán.

Sur les réseaux sociaux et en personne, les membres de la communauté LGBT+ débattent de l’opportunité du « vote utile » dans l’espoir de faire tomber le Premier ministre. Zoltán espère quant à lui que la Marche des fiertés sera de nouveau autorisée. András, pour sa part, assure qu’il ne demande « pas grand-chose » à ce nouveau gouvernement, s’il parvient à émerger. « Laissez-moi être gay en paix, c’est tout ce que je demande. »

*Ce prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.