France

Ce samedi est-il le jour d’épuisement de la viande en France ?

Ce samedi 11 avril marquera le jour d’épuisement de la viande en France, selon le rapport de l’association Quatre Pattes. En moyenne, un Français mange 1,153 kilo de viande par semaine.

Si vous êtes passionné par la viande, savourez bien votre entrecôte ou votre cuisse de poulet, car ce samedi, le festin prendra fin. En théorie, du moins. D’après le rapport de l’association Quatre Pattes, que 20 Minutes vous présente en exclusivité, ce samedi 11 avril marquera le jour où la viande aura été épuisée en France.

Cette date signifie qu’après ce jour, la quantité théorique de viande disponible pour l’année sera épuisée. « On ne s’attend pas à ce que les gens arrêtent de manger de la viande, mais c’est une manière d’alerter sur la surconsommation », explique Marie Waniowski, chargée de campagne de cette association de protection animale.

Selon les calculs de l'association QUATRE PATTES, un Français mange en moyenne 1,153 kilo de viande par semaine. Illustration.
Selon les calculs de l’association QUATRE PATTES, un Français mange en moyenne 1,153 kilo de viande par semaine. Illustration. - PAUL CHARBIT/SIPA

Pour déterminer cette date symbolique, calculée depuis 2023 et variant selon les pays (le 12 mars pour les États-Unis et l’Australie, le 7 mai pour la Suisse, ou le 24 juin à l’échelle mondiale), l’organisation mondiale se base sur les recommandations de la commission scientifique Eat-Lancet. Celle-ci fixe la limite de consommation de viande à 316 grammes par semaine et par habitant. En détail, cela se traduit par 211 grammes de volaille par semaine, soit une cuisse de poulet et demi, et 105 grammes de bœuf, d’agneau ou de porc, soit un peu moins d’un steak.

La consommation de poulet a explosé

Cependant, selon les calculs de l’association, un Français consomme en moyenne 1,153 kilo de viande par semaine (704 grammes de viande rouge et 449 grammes de volaille), ce qui correspond à près de six steaks et un peu plus de trois cuisses de poulet. Sur une année, la consommation totale de viande atteint donc 59,9 kilos par habitant en moyenne. « Il faudrait donc réduire de 73 % la consommation totale de viande en France pour respecter les limites planétaires », constate Marie Waniowski.

Dans son rapport 2026, l’association met en évidence la consommation de poulet, qui a fortement augmenté ces dernières années. À tel point que c’est devenu la viande la plus consommée en France en 2024, avec une moyenne de 24,5 kg par an et par habitant. « Le poulet est souvent perçu, à tort, comme une alternative plus durable que le steak, mais il est surconsommé et substituer la viande rouge par de la viande blanche n’est pas une solution », déplore la chargée de campagne.

« On n’est pas des anti-viande ou anti-élevage »

Elle souligne également que la consommation de poulet est alimentée par des produits transformés, tels que les nuggets ou les ailes de poulet. De plus, la moitié des poulets que nous consommons en France provient de l’importation. « Pour répondre à cette forte demande et réduire sa dépendance aux importations, la France a choisi d’industrialiser ses élevages », indique la militante, dénonçant « les conséquences sanitaires, environnementales et sur le bien-être animal » de cette stratégie.

En publiant ce rapport, l’association anticipe des débats, voire des critiques, tant le sujet de la viande peut être conflictuel. « On n’est pas des anti-viande ou anti-élevage, se défend Marie Waniowski. On milite juste pour une réduction de la consommation de viande sans tenir un discours culpabilisateur. Nous savons que cela est contre-productif. »

« On devrait surtout s’affoler du manque de fibres »

Concernant la pertinence de ce rapport, Marie-Pierre Ellies-Oury, ingénieure agronome et docteure en sciences animales, remet en question « les chiffres et donc la date ». D’après elle, la consommation moyenne de produits carnés en France serait d’environ 800 grammes par semaine et par habitant. « Et si on exclut la volaille et la charcuterie, nous sommes à 340 grammes par semaine, soit moins que les recommandations maximales de l’Anses qui sont fixées à 500 grammes par semaine », note l’autrice du livre La viande n’a pas dit son dernier mot.

Elle reconnaît que certains présentent une consommation excessive de viande, mais selon elle, le véritable débat se situe ailleurs. « Tout le monde se dispute sur la consommation de viande, remarque-t-elle. Mais nous devrions surtout nous inquiéter du manque de fibres dans notre alimentation, ce qui pourrait entraîner de graves problèmes dans un avenir proche. »