France

« Éco-anxiété : de plus en plus de Français consultent un psy en urgence »

« Depuis la première canicule de mai, j’ai constaté une augmentation d’un tiers de ma patientèle », confie Charline Schmerber, psychopraticienne et cofondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (Rafue). Chaque vague de chaleur extrême entraîne un afflux de personnes souffrant d’éco-anxiété, à la recherche d’un soutien psychologique. « Cet été, je reçois davantage de demandes de rendez-vous que jamais auparavant », ajoute-t-elle. Pierre-Eric Sutter, psychologue et président de la Maison des éco-anxieux, se trouve même dans l’obligation de refuser des patients faute de disponibilité.

Les effets du dérèglement climatique sont particulièrement visibles cet été, avec des feux de forêt, des canicules répétées, des sécheresses et des restrictions d’eau. Ces événements engendrent un sentiment d’impuissance croissant chez de nombreuses personnes, entraînant une détresse psychologique. Elodie, par exemple, raconte : « La canicule de juin a déclenché en moi des angoisses de fin du monde. J’ai peur pour l’avenir de mes enfants, de vivre dans un monde sans vie animale ni flore. J’ai perdu l’appétit et souffert d’insomnies, ce qui m’a poussée à consulter une psy en urgence. J’ai pleuré durant toute la séance. »

Charline Schmerber note que ses nouveaux patients, âgés de 9 à 80 ans, se répartissent en deux groupes : ceux déjà sensibilisés aux enjeux écologiques, mais sans stratégie pour y faire face, et ceux qui viennent juste de prendre conscience de la situation, souvent sidérés et ne comprenant pas encore la portée systémique du problème. Pierre-Eric Sutter, qui a observé l’émergence de l’éco-anxiété depuis 2017, constate que chaque pic de canicule attire de nouveaux patients. En revanche, au Syndicat national des psychologues (SNP), ce phénomène semble moins présent, comme l’indique Nadia Souakir, membre du bureau national, qui n’a « jamais reçu de patient » exprimant une éco-anxiété.

Une étude de l’Ademe (Agence de la transition écologique) de 2025 révèle que 4,2 millions de Français souffrent d’éco-anxiété à des niveaux élevés. Une enquête récente, encore non publiée, de l’Observatoire de l’éco-anxiété, indique qu’un million de personnes supplémentaires ont développé cette anxiété durant les canicules de l’été 2026. Pierre-Eric Sutter souligne que, auparavant, certaines régions comme la Normandie et la Bretagne étaient moins touchées, mais aujourd’hui, l’éco-anxiété concerne tout le monde, sans distinction régionale.

Le gouvernement a pris conscience de cette montée de l’éco-anxiété. Dans une publication sur les réseaux sociaux du 22 juillet, il recommande de « mettre des mots sur ce que l’on ressent » et d’« identifier ce qui dépend de soi », des conseils qui ont suscité des critiques sur les réseaux sociaux.

Les experts précisent que l’éco-anxiété, bien qu’elle ne soit pas une maladie, constitue une réaction légitime face aux crises environnementales. Toutefois, des niveaux plus élevés peuvent devenir pathologiques, entraînant des troubles anxieux généralisés ou des dépressions. Charline Schmerber enseigne à ses patients comment « apprivoiser leur éco-anxiété » pour vivre avec un niveau tolérable qui puisse les motiver à agir. « Il est important d’accepter son impuissance à l’échelle mondiale tout en s’engageant localement, selon ses capacités », explique-t-elle.

Elodie, pour sa part, se sent « mieux psychologiquement » mais demeure « en colère ». Avec son mari, elle envisage de rejoindre une association écologiste, estimant qu’elle a entamé une transition. À l’approche de l’élection présidentielle de mai 2027, sa préoccupation principale sera le programme écologique.