
«Certaines limites sont mentales : les vidéos de femmes sur des braises»
Depuis un rassemblement à Toulouse au début du mois de juin, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos de femmes qui marchent sur des braises ou cassent une flèche sur leur cou, avec pour fond une musique traduite en français de Sia « I’m unstoppable ». Le ticket d’entrée pour participer au séminaire de développement personnel « Spartacus » est affiché sur le site à 1.997 euros.

« On m’a dit que c’était impossible, mais ce sont leurs limites, pas les miennes. » Depuis un rassemblement à Toulouse au début du mois de juin, les réseaux sociaux regorgent de vidéos de femmes, d’âges variés, marchant fièrement sur des braises ou brisant une flèche sur leur cou, accompagnées d’une musique de Sia, I’m unstoppable, traduite en français. Ces images sont souvent accompagnées de messages de développement personnel.
Cela a suffi pour susciter l’emballement, les interrogations et les moqueries des internautes. Des parodies et détournements se multiplient sur les écrans. Même des marques comme Castorama ou Citroën ont intégré ce phénomène devenu une « trend ». Si les internautes se moquent de ces vidéos, la réalité qui se cache derrière elles est bien moins réjouissante.
Quatre jours « d’entraînement intensif »
Cette mise en scène s’inscrit dans le cadre d’un « entraînement intensif » ou d’un séminaire de développement personnel de quatre jours, intitulé « Spartacus ». L’événement se donne pour but de former les participantes au marketing de réseau. C’est par ce biais que Bénédicte*, auto-entrepreneuse de 25 ans, a pris connaissance de l’événement : « Les témoignages des participants et l’accent sur le dépassement de soi ont éveillé ma curiosité », confie-t-elle à 20 Minutes.
Les deux activités phares ? Marcher sur des braises présentées comme « à plus de 1.000 degrés » pour « dompter ses peurs » et briser une flèche pour « libérer sa puissance intérieure ». Bénédicte assure s’y être rendue pour « sortir de [sa] zone de confort ». Après avoir marché sur les braises, elle explique avoir ressenti « une immense fierté ». « Cela m’a surtout permis de prendre conscience que certaines limites sont souvent mentales. »
Leadership et « croyances limitantes »
En plus de ces activités emblématiques, Bénédicte décrit des journées ponctuées par des « activités de groupe, des enseignements sur le leadership et le dépassement des croyances limitantes. » Si elle fait partie des plus jeunes, les stages ciblent principalement des femmes dans la quarantaine, souvent isolées, en quête de reconnaissance ou en reconversion professionnelle.
« Arrête de passer inaperçu, la visibilité ça s’apprend », vante le programme. Mais à quel prix ? Pour participer, le tarif est affiché à 1.997 euros sur le site. Une somme considérable pour des activités que l’on pourrait réaliser gratuitement en marchant pieds nus sur le bitume en pleine canicule.
Le système MLM, ses dérives et ses fausses promesses
Au cœur du système se trouve Michel Destruel. Dans sa plaquette, il se présente comme un ancien sportif international de haut niveau, ex-gérant de salles de sport, devenu « Top Leader MLM mondial toutes compagnies confondues ». MLM désigne le « multi level marketing », un modèle de vente qui incite à recruter toujours plus de vendeurs. Michel Destruel se dit inspiré par son « mental d’athlète » pour motiver des dizaines de milliers de distributeurs à travers le monde. Ni Michel Destruel, ni son équipe n’ont répondu à nos demandes.
Les experts du secteur dressent un constat bien différent. « Michel Destruel, c’est un vieux routier du MLM, ancré dans une tendance vraiment « trash » de l’arnaque », déclare Philippe Miller, journaliste à Trading Warning, un média dédié au décryptage des escroqueries. Il compare ces séminaires aux grandes messes évangéliques américaines, importées en France, où « les gens se lâchent et tout est valorisé à l’extrême ». « On assisté à des pratiques qui ressemblent à des dérives sectaires qui ne se cachent même pas », ajoute-t-il.
Des signalements auprès de la Miviludes
« Dans les faits, 95 % des gens vont perdre leur argent, poursuit Philippe Miller. Mais le système les rend individuellement responsables, si ils échouent, ils sont perçus comme des « loosers ». Seules les personnes au sommet de la pyramide en tirent des bénéfices. » Le ministère de l’Intérieur met également en garde sur son site : « Méfiez-vous des promesses d’enrichissement facile ! ».
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a reçu des demandes d’informations et des signalements concernant Michel Destruel et ses séminaires. « Après analyse et échanges avec les requérants, les éléments rapportés à la Miviludes ont été transmis aux services de l’Etat compétents », précise cette organisation.
*Le prénom a été modifié.
