Canicule : Explication de cette technique de désinformation sur les cartes météo.
Une publication récente présente un montage comparant deux cartes météo du Royaume-Uni et de l’Irlande datant de l’été 1995 et de l’été 2026, alors qu’actuellement, nous ne sommes qu’au printemps. Selon le Met Office, les températures au Royaume-Uni ont atteint 35,1 °C le lundi 26 mai, établissant un nouveau record de chaleur pour un mois de mai.
Quoi de mieux qu’un montage avant/après pour convaincre ? Cette méthode a été utilisée avec succès par le secteur de la publicité pendant des décennies pour promouvoir divers produits tels que des crèmes ou des pilules miracles. Elle a également été détournée par des climatosceptiques, qui cherchent à nier ou minimiser l’ampleur du changement climatique.
Le dernier exemple en date concerne la diffusion d’un montage juxtapositionnant deux cartes météo représentant le Royaume-Uni et l’Irlande, en pleine canicule précoce sur la France et une grande partie de l’Europe.

Sur la première carte, les deux pays sont représentés en vert, avec un soleil rayonnant et une température de 28 °C indiquée. La légende précise que cette carte date de l’été 1995. Sur la seconde carte, une teinte rouge domine, presque sombre dans le nord de l’Angleterre et au Pays de Galles, affichant également une température de 28 °C mais datée de l’été 2026.
Le message véhiculé par cette publication ? Les prévisions météo deviennent de plus en plus alarmistes pour effrayer la population. Cette technique n’est pas nouvelle : en 2019, 2022 et encore en 2023, 20 Minutes avait déjà fact-checké des messages similaires utilisant des cartes d’autres pays.
FAKE OFF
Ce n’est pas la première fois que le Met Office, l’équivalent de Météo-France au Royaume-Uni, se voit accusé de modifications délibérées de ses cartes. Sur son site, il explique que son code couleur est « statique » : chaque température correspond à une couleur, identique quelle que soit la ville ou la période de l’année.
« L’échelle couvre des températures allant de -55 °C à +55 °C et reste constante tout au long de l’année », ajoute le Met Office. Cette échelle va du bleu foncé au rouge foncé. En février, des ajustements mineurs ont été effectués pour faciliter la lisibilité pour les personnes atteintes de daltonisme.

En France, Météo-France a opté pour un système de codes couleurs différent. Ceux-ci reflètent les écarts avec les températures moyennes de la saison, comme 20 Minutes l’a expliqué dans un précédent article.
Un photomontage qui circule depuis au moins 2024
En ce qui concerne les cartes du Royaume-Uni et de l’Irlande, plusieurs incohérences sont à relever. La seconde carte, indiquée comme « été 2026 », alors que nous sommes encore au printemps, soulève des questions. Il semblerait que ce photomontage soit en circulation sur Internet depuis au moins 2024, et que l’internaute ayant partagé cette version ait simplement modifié l’année de 2024 à 2026.
Contacté par 20 Minutes, un porte-parole du Met Office a noté d’autres imprécisions, notamment la température mentionnée sur la carte : « La température a atteint 35,1 °C [lundi 26 mai], ce qui constitue, à titre provisoire, le record de chaleur au Royaume-Uni pour un mois de mai », a-t-il précisé.
De plus, la carte de droite, en rouge, mentionne « heat health warning » [alerte sanitaire en raison de la chaleur], une indication probablement ajoutée pour accroître sa crédibilité. Or, cette alerte, qui s’adresse uniquement à l’Angleterre, n’est pas destinée au grand public. Elle vise les gouvernements locaux, les services sociaux et le secteur de la santé pour les avertir sur les éventuels impacts de la chaleur. Actuellement, elle est classée au niveau jaune et ambre, et non rouge.
Des canicules plus probables avec le changement climatique
Au Royaume-Uni, plusieurs records de chaleur pour le printemps ont été battus en mai. Les 35,1 °C enregistrés mardi dans les jardins botaniques de Kew, situés à l’ouest de Londres, ont pulvérisé un record qui ne datait que de 24 heures. Le lundi 26 mai, 34,8 °C avaient été mesurés au même endroit. Le précédent record était de 32,8 °C, établi en 1922 et 1944. Au Pays de Galles, des températures remarquables ont également été constatées, avec 32,9 °C relevés mardi à Cardiff.
Le Met Office insiste sur le fait que la probabilité d’atteindre de telles températures a augmenté en raison des émissions humaines de gaz à effet de serre. Une étude réalisée par des scientifiques de l’organisme « a montré que le record de 32,8 °C enregistré en mai [1944] a aujourd’hui environ trois fois plus de chances d’être battu dans le climat actuel que dans un climat naturel non affecté par les émissions de gaz à effet de serre », a déclaré le Met Office. En d’autres termes, il faudra s’habituer à utiliser le ventilateur au printemps.

