
Bolloré, Arnault ou indépendants : qui détient les instituts de sondage ?
Ifop, Ipsos, OpinionWay, CSA… En France, plusieurs instituts de sondage se partagent le marché, mais certains d’entre eux se distinguent par leur influence. Comme l’indique le média d’enquête Bon Pote, certaines de ces entreprises sont détenues par des hommes d’affaires affichant des positions d’extrême droite, ce qui peut avoir des répercussions sur les résultats des enquêtes. Qui sont donc les propriétaires des principaux instituts de sondage qui influencent la vie politique française ? 20 Minutes fait le point.
L’institut CSA est la propriété d’Havas depuis 2015, cette dernière étant elle-même une filiale du groupe Bolloré. Suite à la scission de Vivendi en quatre sociétés distinctes à la fin de 2024, Havas est redevenue une entreprise cotée en Bourse, et le groupe Bolloré a renforcé son actionnariat, détenant plus de la moitié du capital par le biais de différentes entités familiales au début de 2026, selon Havas.
Vincent Bolloré possède également CNews, Europe 1, le JDD et Canal+. Ce qui pose problème, c’est qu’une grande partie des enquêtes menées par CSA sont commandées ou reprises par ces mêmes médias, souvent qualifiés de proches de l’extrême droite. Depuis le début de l’année, le classement annuel des « personnalités préférées des Français » du JDD n’est plus réalisé par l’Ifop, mais par CSA, deux entités appartenant à Bolloré, comme l’a souligné le site d’enquête Bon Pote. De plus, la nouvelle liste des personnalités proposées aux sondés a vu l’arrivée de plusieurs figures d’extrême droite. Le Monde a noté que les sept responsables politiques en tête de ce classement étaient tous publiés chez Fayard, la maison d’édition du même groupe Bolloré.
Concernant OpinionWay, cet institut a été racheté à 75 % en 2022 par le groupe Les Echos-Le Parisien, une filiale du groupe LVMH dirigé par le milliardaire Bernard Arnault. Comme pour CSA, les sondages d’OpinionWay ont pu alimenter des médias appartenant à son actionnaire. Bon Pote rappelle également deux épisodes marquants : l’opposition de Bernard Arnault au projet de la taxe Zucman et son soutien à Donald Trump peu après son investiture.
Cependant, selon une information de l’Informé publiée en mai, LVMH envisage de vendre l’institut. Geopix souligne que cette situation n’est pas anodine. Lorsque la même personne finance à la fois les médias qui commentent les résultats et l’institut qui les produit, cela soulève des interrogations sur l’indépendance des études.
Deux instituts, Ifop et Ipsos, semblent échapper à l’influence des milliardaires. Ifop, le plus ancien institut de sondage en France, fondé en 1938, est détenu par des investisseurs financiers regroupés dans le fonds LFPI, sans lien avec un groupe de médias. Dirigé par Frédéric Dabi, Ifop n’appartient à aucun grand groupe industriel ou médiatique et est considéré par Geopix comme « l’institut le plus indépendant du paysage français sur le plan capitalistique ».
Ipsos, fondé en 1975 par Didier Truchot, qui en est toujours le principal actionnaire, est coté en Bourse. Son capital est largement dilué entre des investisseurs institutionnels. En 2025, Ipsos s’est agrandi en intégrant l’institut BVA. Son directeur général délégué, Brice Teinturier, est, avec Frédéric Dabi d’Ifop, l’un des sondeurs les plus médiatisés en France, selon Geopix.
