France

Bivouac en plein boom : autorités confrontées à un phénomène apaisant.

Plus de 200 tentes étaient éparpillées autour du lac de Muzelle un soir d’été 2025. Une étude conduite par le Parc des Ecrins a montré que 41 % des bivouaqueurs pratiquaient déjà avant 2020 et qu’en 2025, pour 25 % d’entre eux, il s’agissait de leur première expérience.


Plus de 200 tentes sont dispersées autour du lac de Muzelle lors d’une soirée d’été en 2025, avec une centaine de tentes à proximité, au lac du Lauvitel. Dans le Parc national des Écrins, qui couvre les départements des Hautes-Alpes et de l’Isère, l’augmentation de la pratique du bivouac a attiré l’attention des autorités.

« Nous avions lancé une première étude en 2021 pour mesurer “l’effet Covid” et nous avions finalement constaté un tassement du nombre de bivouaqueurs. Mais en 2024, grâce à des échanges de terrain, nous avons remarqué que certains randonneurs venaient de loin, d’Ile-de-France ou de Bordeaux, pour seulement un week-end. Nous avons relancé l’étude et enregistré des chiffres inédits, doublant la fréquentation en quatre ans », précise à *20 Minutes* Pierrick Navizet, responsable de la communication du parc des Écrins.

Cette augmentation de fréquentation ne semble pas se limiter aux Écrins. « Nous avons tous constaté une explosion de la pratique du bivouac, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment », déplorait un Bernard sur le forum spécialisé « camptocamp » en mai 2024. Dans cette discussion, des membres partageaient leurs observations sur l’« engouement pour la pratique » dans le massif du Vercors, notamment près du Pas de l’Aiguille, ou autour de lacs d’altitude près de Grenoble.

Marion, trentenaire originaire de Marseille, a découvert le bivouac lors d’un long voyage à vélo jusqu’en Chine en 2015. « Le calme, l’idée de pouvoir s’installer et idéalement dormir près d’une rivière ou d’un torrent, s’y baigner, se réveiller avec les oiseaux et partir en randonnée le matin, c’est vraiment apaisant. Et en plus, c’est gratuit », témoigne-t-elle. Elle ajoute : « Nous avons parfois recours à la voiture pour trouver un coin un peu à l’écart, à quelques minutes de marche d’une route ou d’un parking, pour stocker l’eau et la nourriture, et ainsi pouvoir emporter matelas et oreillers pour le confort. »

Historiquement lié à l’alpinisme, le bivouac se distingue d’une pratique de loisir à ne pas confondre avec le camping. La règle stipule que le campement doit être monté après 19 heures et démonté avant 9 heures le lendemain, avec une emprise minimale : l’installation de auvents, de grandes tentes ou de matériel encombrant comme des tables et des chaises de camping est interdite. Toutefois, « nous avons constaté que 40 % des bivouaqueurs ne respectent pas les horaires d’installation », signale Pierrick Navizet, soulignant que « cette dynamique d’engouement, plus qu’un simple effet de mode lié aux réseaux sociaux, semble s’inscrire dans la durée. »

L’étude menée par le Parc des Écrins a révélé que 41 % des bivouaqueurs avaient déjà pratiqué avant 2020, et qu’en 2025, 25 % d’entre eux découvraient cette pratique pour la première fois. « Ce ne sont pas forcément des randonneurs en itinérance, car la fréquentation des sentiers n’augmente pas, voire régresse légèrement », précise le responsable communication.

L’évolution du matériel, devenu plus léger et accessible, contribue également à ce « boom ». Cette dynamique n’a pas échappé aux acteurs des activités de plein air, avec Décathlon Travel qui propose divers séjours en itinérance et bivouac.

Conscient de ces constats, le Parc national des Écrins a commencé à réviser son arrêté de réglementation, en se réservant la possibilité d’instaurer des quotas. Ce système a déjà été appliqué par le Parc de la Vanoise, en Savoie : depuis 2019, le bivouac y est de nouveau autorisé, mais seulement autour des refuges et sur réservation. « Il était nécessaire d’actualiser notre arrêté de réglementation, notamment pour y clarifier certains points, comme l’interdiction des réchauds à bois et du rejet des eaux usées, de vaisselle ou de besoins naturels à moins de cinquante mètres d’un lac ou d’un cours d’eau », explique Pierrick Navizet.

Avant d’adopter formellement ce nouvel arrêté, le parc a réalisé une enquête publique. « Nous avons reçu plus de 700 contributions, alors que nous en attendions environ 200, ce qui démontre un fort intérêt. Les remarques se déclinent en deux typologies : ceux qui jugent cela liberticide, et ceux qui estiment que les interdictions sont insuffisantes. »

Le Parc des Écrins n’envisage pas d’instaurer immédiatement des quotas, qui pourraient s’inspirer de ce qui se pratique dans le Parc national des Calanques, où le bivouac est entièrement interdit et l’accès à la calanque de Sormiou est soumis depuis 2022 à une « réservation » préalable limitant à 400 le nombre de visiteurs quotidiens.

Cependant, « des actions pédagogiques sur les bonnes pratiques sont envisagées avec nos équipes de médiateurs, y compris en soirée ». Le Parc n’exclut pas d’organiser une démarche plus répressive avec la police de l’environnement pour sensibiliser le grand public et vérifier que les horaires et l’étendue des campements respectent bien la nature, afin que chacun puisse continuer d’en profiter.