Audiovisuel public : le pari de Charles Alloncle a-t-il réussi ?
Charles Alloncle, rapporteur UDR, a présenté un rapport adopté par la commission avec 12 voix contre 10, qui sera rendu public le 4 mai prochain. Ce rapport contiendrait environ 80 propositions, qui incluraient des mesures visant à soumettre France Télévisions à une réduction budgétaire estimée à 1 milliard d’euros, soit un quart des crédits alloués par l’État.
Lorsqu’il a lancé sa commission d’enquête sur l’audiovisuel public à la fin du mois de novembre, Charles Alloncle s’est présenté comme un « enfant de la télé ». Le rapporteur de l’UDR (Union des droites pour la République) a même déclaré avoir été « biberonné » aux « programmes » de France Télévisions. Cinq mois plus tard, après 67 auditions souvent contestées, le député ciottiste de l’Hérault est perçu par ses détracteurs comme un « procureur » dont la seule mission serait de nuire à l’audiovisuel public. Après de vives critiques, son rapport a finalement été adopté de justesse par les membres de la commission lundi soir, avec 12 voix contre 10, et sera rendu public le 4 mai prochain. Charles Alloncle sortira-t-il grand vainqueur de cette séquence ?
### Un audiovisuel public affaibli ?
Au fil des auditions, Charles Alloncle a été accusé par la gauche et les élus du centre d’utiliser la commission pour affaiblir l’audiovisuel public. « L’extrême droite souhaite sa privatisation. Elle a donc utilisé cette commission comme tribune pour mener cette bataille culturelle, afin d’offrir des parts de marché à Bolloré, n’hésitant pas à tordre la vérité pour arriver à ses fins », a critiqué vendredi dernier Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine. Le rapport de Charles Alloncle, qui a fuité dans la presse ces derniers jours, contiendrait environ 80 propositions, avec des mesures radicales qui soumettraient France Télévisions à une sévère cure d’austérité, comme la fusion de France 2 et France 5 et celle de franceinfo et France 24, pour une économie totale estimée à 1 milliard d’euros, soit un quart des crédits alloués par l’État. « Son rapport est un torchon, à l’image des auditions menées : les mêmes manipulations, les mêmes obsessions… Alloncle a tout fait pour que son rapport soit censuré, car il espérait pouvoir crier à la censure », a dénoncé un député du bloc macroniste.
En médiatisant largement sa commission d’enquête, notamment via son compte X, le député de l’Hérault a-t-il préparé le terrain pour une future privatisation ? « Depuis le début, j’ai été caricaturé, je ne me suis jamais exprimé sur la privatisation de l’audiovisuel public », se défend Charles Alloncle. « Le but de cette commission est d’éclairer sur les dérives et les dysfonctionnements de ces entreprises pour créer un électrochoc et responsabiliser ses dirigeants », ajoute-t-il. La privatisation est néanmoins soutenue depuis longtemps par le Rassemblement national, allié à l’UDR. « Cette commission a mis en lumière la gabegie de l’audiovisuel public. Ce qui a été découvert est assez sulfureux, cela nous permettra de rebondir là-dessus », se réjouit un élu RN. D’après un sondage Viavoice publié début avril, trois Français sur quatre estiment cependant que les médias de service public sont importants pour le bon fonctionnement de la démocratie, voire indispensables.
### Une médiatisation nouvelle
Cette commission a également servi de tremplin médiatique pour Charles Alloncle. Avant le début des auditions, il n’était pas considéré comme l’un des députés les plus connus de l’Assemblée. En juillet 2024, peu après son élection au Palais Bourbon au sein du plus petit groupe parlementaire, l’ancien entrepreneur admettait en outre une forme d’anonymat. « Je pense que j’ai surtout été élu parce que j’étais sur l’affiche avec Jordan Bardella et Eric Ciotti. Il faut être très humble là-dessus », reconnaissait-il. Mais ces derniers mois, grâce aux polémiques et aux interviews dans les médias, notamment au sein du groupe Bolloré, l’ex vice-président des jeunes LR a acquis une certaine notoriété. « C’était un nobody, mais ses auditions malhonnêtes à la manière d’un procureur lui ont permis d’être soutenu sur X par Bardella, Knafo et toute la fachosphère », a déclaré un élu centriste. « Il a multiplié les apparitions médiatiques chez ses amis pour affaiblir l’audiovisuel public et faire sa propre promotion, tout en ne respectant jamais les règles de modération que doit suivre le rapporteur », dénonce aussi la députée écologiste Sophie Taillé-Polian.
Un constat qui, bien sûr, n’est pas partagé par ses soutiens. « Il a pris la lumière et de l’épaisseur. Franchement, pour un garçon de son âge [32 ans], il a fait preuve de résistance, de résilience. Il a été attaqué de toutes parts, y compris par la présidente de l’Assemblée nationale, mais il a continué à faire son travail sans céder », salue Roger Chudeau, député RN membre de la commission. « Il a beaucoup travaillé malgré l’intimidation de la gauche. C’est quelqu’un de discret qui s’est révélé très courageux. Il est l’une des révélations de cette mandature », renchérit Caroline Parmentier, députée RN du Pas-de-Calais.
Pour sa part, Charles Alloncle hausse les épaules quand on l’interroge sur cette notoriété. « J’ai reçu des dizaines de milliers de messages de soutien, cela montre que la commission a suscité de l’intérêt », déclare-t-il. Cela lui donnerait-il de nouvelles ambitions ? « Je viens du privé, j’ai toujours essayé de mettre du sérieux et de la rigueur dans mon travail, mais je ne suis candidat à rien… », répond-il. Il pourrait toutefois être le grand favori pour succéder à Eric Ciotti, élu à Nice, à la tête du groupe UDR à l’Assemblée.

