France

Arnaque à l’amour : « C’est même pas si bien fait » avec les IA

Antoine, 29 ans, a signalé avoir un profil « 100 % IA » au moins une fois par jour sur les applications de rencontre. Entre janvier et mars de cette année, près de 5 millions de bots et comptes spam ont été supprimés par Match Group sur ses plateformes.

C’est le « match » parfait. Une mâchoire bien dessinée ou une belle chevelure blonde, un regard perçant, une description qui coche toutes les cases populaires des applications… Cependant, derrière ce profil idéal se cache peut-être une réalité bien moins romantique : une suite de 0 et 1. L’intelligence artificielle, qui s’immisce déjà dans tous les aspects de notre vie, a franchi la porte de notre intimité. Sur les applications de rencontre, elle n’est pas vraiment là pour vous aider à trouver l’élu ou l’élue de votre cœur.

Antoine, 29 ans, a fait de cette quête sa routine. Ce célibataire albigeois depuis six mois, qui explore les applications « dans l’espoir de faire une rencontre », est devenu malgré lui un expert. « Je pense qu’au moins une fois par jour, je croise un profil 100 % IA avec des phrases aléatoires, sans aucune personnalité… Ça se voit d’ailleurs, ce n’est même pas si bien fait. Je les signale bien sûr, mais c’est devenu franchement pénible », confie-t-il à 20 Minutes.

« Les beaux mecs, je m’en méfiais déjà »

Le problème, c’est que l’IA a rendu l’escroquerie accessible à tous. Plus besoin d’être un expert en montage photo ou de voler les images d’une célébrité comme l’escroquerie d’Anne, piégée dans une histoire d’amour et d’argent avec « Brad Pitt ». Des logiciels peuvent désormais créer des visages humains et établir de véritables profils en quête d’amour, capables de tromper un regard ou un cœur non averti.

Pauline, 32 ans, récemment divorcée, confirme cette méfiance généralisée : « Les beaux mecs, je m’en méfiais déjà sur les applis quand j’étais plus jeune, car souvent, c’étaient des photos volées, mais là c’est encore pire ! Heureusement, je sais reconnaître une photo IA, notamment grâce aux détails étranges sur les mains ou l’arrière-plan, donc je ne tombe pas dans le piège. Mais ma tante, qui est sur un site pour seniors, je ne suis pas certaine qu’elle puisse faire la différence. »

44 comptes spam supprimés toutes les minutes

Face à cette menace, les plateformes ne demeurent pas inactives. Match Group, le géant propriétaire de Tinder, Meetic, Hinge et DisonsDemain, mène une lutte discrète contre les « bots ». Les chiffres communiqués à 20 Minutes sont ahurissants : en moyenne, 44 comptes spam sont supprimés chaque minute sur l’ensemble de ses plateformes. Entre janvier et mars de cette année, près de 5 millions de bots et comptes spam ont été éjectés, souvent avant même d’avoir pu envoyer leur premier « Salut, ça va ? » Le but ? Bloquer ces profils dès l’inscription pour éviter que l’utilisateur ne fasse face au moindre risque. Car derrière ces robots se cachent souvent de véritables réseaux de cybercriminalité.

Aux États-Unis, la Federal Trade Commission (FTC) estime que ces arnaques sentimentales entraînent des pertes s’élevant à des millions de dollars chaque année. En France, la situation est tout aussi préoccupante. En 2024, le numéro d’aide aux victimes (le 116 006) a reçu 957 appels pour des escroqueries sentimentales, soit près de 3 appels par jour. Ce chiffre est en forte hausse depuis cinq ans, prouvant que les « brouteurs » et autres escrocs du sentiment ont trouvé un allié redoutable dans l’IA.

Une campagne nationale pour sensibiliser contre les bots et l’IA

Pour contrer cette vague d’IA, Tinder s’est associé à France Victimes et au gouvernement français pour lancer une campagne nationale nommée « Les Faux de l’Amour ». L’objectif : éduquer les célibataires à repérer les « red flags » d’un faux profil IA qui dissimule un arnaqueur.

« Nous incitons les utilisateurs à être attentifs à certains comportements types », explique-t-on chez Tinder. Parmi eux : l’envie de quitter l’application très rapidement pour passer sur WhatsApp ou Telegram, des promesses grandioses après seulement deux échanges, ou encore des excuses systématiques (problèmes de caméra, déplacements d’urgence) pour ne jamais se rencontrer en personne ou faire un appel vidéo.

Plusieurs vérifications pour éviter les faux profils

Cependant, la sensibilisation ne suffit pas toujours. Tinder, en particulier, affirme avoir déployé plus de 20 outils de sécurité en trois ans. Le tout axé sur la vérification : d’abord, par la photo, permettant de s’assurer que l’utilisateur est bien celui qu’il prétend être en comparant les photos de son profil avec une série de selfies pris en temps réel. Ensuite, la vérification par selfie vidéo pour prouver que le profil n’est pas un montage, et enfin, depuis avril 2025, la vérification d’identité. Les utilisateurs vérifiés peuvent désormais choisir de ne recevoir que des messages d’autres profils vérifiés. Une façon de filtrer drastiquement les indésirables sur le papier.

Des outils et des aides de plus en plus consultées

Désormais, donc, dès l’inscription, les règles sont claires. Avant de pouvoir « swiper », l’utilisateur doit accepter un code de conduite et de vérification strict. Un « Centre de sécurité éducatif » est également accessible directement dans l’application, fournissant des ressources et des contacts d’associations. Et cela fonctionne : le taux de consultation des conseils de sécurité a bondi de 57 %, selon Tinder France.

Pourtant, malgré ces dispositifs technologiques et ces aides, le risque zéro n’existe pas. Un arnaqueur expérimenté peut facilement passer les étapes de vérification avant de transformer complètement son profil en IA… En attendant le match parfait, la règle d’or reste la même que dans la vie réelle : si c’est trop beau pour être vrai, c’est probablement que ça ne l’est pas.