France

Affaire Péchier : Les familles des victimes ne souhaitent pas sa libération.

A la cour d’appel de Lyon, des familles des victimes ont assisté à l’examen de la demande de mise en liberté de Frédéric Péchier, condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’empoisonnement de 30 patients entre 2008 et 2017. La décision de la cour est attendue le 23 juin et le procès en appel est prévu à partir de septembre 2027.

À la cour d’appel de Lyon,

« Subir un nouveau procès dans lequel il comparaîtrait libre, ce serait vraiment insupportable. » Ce mardi, des familles de victimes se sont rendues à la cour d’appel de Lyon pour examiner la demande de mise en liberté de Frédéric Péchier. Cet ancien anesthésiste, qualifié de « tueur en série » lors de son procès, a été condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’empoisonnement de 30 patients, dont 12 sont décédés, âgés de 4 à 89 ans, entre 2008 et 2017. Frédéric Péchier, qui nie les faits et clame son innocence depuis le début, a immédiatement fait appel de cette décision.

Frédéric Pechier, 54 ans, a été condamné en décembre 2025 pour avoir délibérément empoisonné des patients lors d'opérations entre 2008 et 2017. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir manipulé des poches d'anesthésie pour provoquer des arrêts cardiaques, prétendument dans le but de démontrer ses compétences en intervenant dans des situations d'urgence. Il fait face à des accusations liées à 32 affaires, dont 12 décès, et nie toutes les accusations.
Frédéric Pechier, 54 ans, a été condamné en décembre 2025 pour avoir délibérément empoisonné des patients lors d’opérations entre 2008 et 2017. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir manipulé des poches d’anesthésie pour provoquer des arrêts cardiaques, prétendument dans le but de démontrer ses compétences en intervenant dans des situations d’urgence. Il fait face à des accusations liées à 32 affaires, dont 12 décès, et nie toutes les accusations. – F. HAKMOUN/SIPA

« On peut attendre deux ans pour le procès en appel [prévu en septembre 2027], on peut venir à Lyon [les familles viennent du Doubs], mais on ne comprendrait pas qu’il soit remis en liberté, car sa place est en prison », a déclaré Florimond Baugey, fils d’une victime décédée en 2015. Lors du premier procès, l’ancien médecin avait comparu libre, sous simple contrôle judiciaire pendant sept ans d’instruction et lors des trois mois et demi de son procès. Il n’a été incarcéré qu’au moment de sa condamnation en décembre 2025.

Ce mardi, il a comparu par visioconférence, apparaissant « fatigué », avec le visage fermé et amaigri. C’est la deuxième fois que l’homme de 54 ans demande sa libération. La première demande a été rejetée à Besançon en février, le rejet validé par la Cour de cassation en mai.

La présomption d’innocence doit « primer »

Pour sa défense, l’appel ayant « anéanti le jugement de première instance », il a été soutenu que la « présomption d’innocence » « doit primer, c’est le principe d’un appel », la détention devant rester « l’exception de l’exception de l’exception ». L’avocate Emmanuelle Franck de Frédéric Péchier, qui n’avait pas assisté au premier procès, a rappelé qu’aucun incident n’avait entaché les années de liberté surveillée de son client, de sa mise en examen en 2017 à sa condamnation. « Pourquoi ne pas revenir au même statut qui était le sien avant le premier procès ? », a-t-elle questionné. « Il ne faut pas faire croire que la messe est dite », a plaidé l’avocate, Frédéric Péchier pouvant être acquitté en appel. Des propos qui ont suscité des réactions parmi les familles des victimes présentes.

Les avocats des parties civiles ont, quant à eux, plaidé pour le maintien en détention. L’un d’eux, Frédéric Bernard, a d’ailleurs répondu à sa consœur que le taux d’acquittement après une condamnation en première instance n’est que de 5 %. Il a également rappelé qu’il avait tenté de mettre fin à ses jours pendant l’instruction et a craint qu’il ne soit pas présent lors de l’appel s’il était remis en liberté. « Lors de la première instance, nous avons vu à quel point il était capable d’instrumentaliser les témoins et incapable de respecter les procédures judiciaires. Si le maintien en détention est le seul moyen de s’assurer qu’il ne tentera pas de manipuler les témoins et le processus judiciaire, alors qu’il reste en détention », a-t-il ajouté.

« La plus grande affaire médicale »

« Vous maintiendrez Péchier en détention jusqu’à son procès en appel », a décidé Frédéric Douchez, avocat d’une des cliniques, devant la cour d’appel. Il a rappelé qu’il s’agit de « la plus grande affaire médicale de la justice française », avec plus de 200 personnes présentes chaque jour pendant trois mois et demi de procès, impliquant un dossier contenant « 28.000 éléments ».

L’avocate générale a requis le rejet de la demande de l’ex-anesthésiste, invoquant les risques de fuite de l’accusé, de pressions sur les témoins et de troubles à l’ordre public. Elle a notamment rappelé qu’il avait « transformé les médias en outils de communication, déplacé le débat pour manipuler l’opinion publique dans laquelle se trouvait une réserve de jurés ».

Dernier à s’exprimer, Frédéric Péchier a demandé à rester assis. Visiblement fatigué, avec les traits tirés, il a une nouvelle fois affirmé son innocence et a exposé les arguments en faveur de sa demande de remise en liberté. Il s’est dit « extrêmement fatigué », ne pouvant travailler sur sa défense pour son appel que de « 2 heures à 7 heures du matin », en raison du manque de calme en prison. Il a ajouté qu’il était également incapable de fuir. « Je n’ai pas les moyens physiques et il est complètement aberrant de penser que ma famille pourrait organiser une fuite, a-t-il affirmé. Je n’ai pas des millions à dépenser et ma famille non plus. Je ne suis pas Carlos Ghosn. » Il a également précisé que les deux heures hebdomadaires au parloir avec ses enfants étaient la « seule chose qui le maintenait ».

« Dans le deuil, il n’y a pas de liberté conditionnelle »

À la sortie de l’audience de deux heures, les familles des victimes ont exprimé leur colère face au comportement de l’accusé. « Nous étions là pour écouter les arguments de la défense mais aussi pour rappeler que c’est un criminel. Nous tenons absolument à ce qu’il reste en prison », a répété plusieurs fois Florimond Baugey, fils d’une victime décédée en 2015.

« Ça fait dix ans que nous attendons qu’il soit derrière les barreaux. Cela nous apaise qu’il soit privé de liberté. Nous, nous avons perdu nos proches. Il ne nous reste que le deuil. Et dans le deuil, il n’y a pas de liberté conditionnelle », s’est-il exclamé. Il s’est dit « lassé » par ces requêtes répétées, dénonçant des « arguments fallacieux ». « Il peut préparer sa défense en prison comme tous les autres détenus », a-t-il conclu. Avant de terminer : « C’est vraiment une affaire interminable. Et nous n’attendons qu’une chose, c’est de pouvoir avancer et éliminer Frédéric Péchier de notre vie. »

La décision de la cour est attendue le 23 juin. Le procès en appel est prévu à partir de septembre 2027.