France

Affaire Lyhanna : Retailleau propose une cour disciplinaire.

Bruno Retailleau a proposé samedi dans Le Parisien de créer « une cour disciplinaire de la magistrature », afin de prononcer d’éventuelles sanctions à la place du Conseil supérieur de la magistrature. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a déploré que « l’institution judiciaire n'[ait] pas su protéger » la fillette, en estimant « qu’on a failli dans le suivi des plaintes » déposées contre le principal suspect.


En réponse aux problèmes liés au décès de la jeune Lyhanna, âgée de 11 ans, Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) et ancien ministre sous Emmanuel Macron, a proposé dans un entretien au Parisien, samedi, la création d’une « cour disciplinaire de la magistrature ». Cette institution aurait pour rôle de prononcer d’éventuelles sanctions à la place de l’actuel Conseil supérieur de la magistrature. Selon Retailleau, « les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas », alors qu’il se porte candidat pour les LR à l’élection présidentielle de 2027.

Il a précisé que ces mécanismes dépendent du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qu’il juge trop corporatiste, ce qui aurait conduit, en quinze années, à n’imposer qu’une seule sanction : un blâme. Toutefois, les décisions publiées sur le site Internet du CSM indiquent que six sanctions, y compris des exclusions temporaires, ont été prononcées au cours des premiers mois de l’année 2026.

En ce qui concerne la cour proposée, Retailleau souhaite qu’elle comprend « un collège de citoyens, désigné par tirage au sort », qui siégerait « aux côtés de magistrats et de personnalités qualifiées ». « Cette cour ne sera pas présidée par un magistrat mais par l’un des autres membres, élu par ses pairs. Elle pourra être saisie par les citoyens, les supérieurs hiérarchiques des magistrats concernés ou le ministre de la Justice », a-t-il développé au Parisien.

Quant à l’actuel CSM, il continuera d’exister sous une autre forme, notamment pour les nominations de magistrats, a-t-il ajouté. « Tout cela fera partie de la révision constitutionnelle que je proposerai » en cas d’élection, a-t-il précisé.

Ces suggestions sont formulées à la suite du décès de Lyhanna, survenu dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme B., avait fait l’objet de plusieurs signalements ou plaintes, y compris pour viols sur mineure, ce qui a conduit Emmanuel Macron à parler d’un « dysfonctionnement » dans cette affaire.

Lors d’une intervention sur TF1, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a déploré que « l’institution judiciaire n'[ait] pas su protéger » la fillette, notant « qu’on a failli dans le suivi des plaintes » déposées contre le principal suspect. Malgré une circulaire pénale, émise en janvier dernier par Darmanin, qui priorisait les enfants victimes dans le traitement des plaintes, Bruno Retailleau a souligné que « visiblement, le ministre n’a pas été suivi ».

« Ça ne sert à rien de multiplier les circulaires si on ne vérifie pas méthodiquement leur application. Ce drame est révélateur de la bureaucratie française. L’Etat est devenu une machine totalement grippée, dont les commandes ne répondent plus », a-t-il critiqué.

Lors d’un débat à Taverny (Val-d’Oise) samedi après-midi, deux autres candidats à la présidentielle, Édouard Philippe (Horizons) et David Lisnard (Nouvelle Énergie), ont également dénoncé les failles du système judiciaire. « Je vois une succession de ratés, de loupés […] qui aboutit à un désastre », a souligné Édouard Philippe, tandis que David Lisnard a qualifié cela de « chaîne pénale qui est en déliquescence ». Les maires du Havre et de Cannes ont évoqué des lacunes tant au niveau de l’organisation que de la formation des magistrats. « On a plein de super magistrats en France », mais « le fait d’avoir une seule école, l’ENM, ça crée forcément un entre-soi », a jugé David Lisnard, qui a appelé à « de la compétition entre les écoles ».

Il a également insisté sur la nécessité de posséder une certaine expérience de la vie avant de porter des jugements, car le contraire mènerait « à une justice en impuissance et idéologique ». Les deux maires ont parallèlement critiqué le Syndicat de la magistrature, tourné vers la gauche, que David Lisnard souhaite même « interdire ». Édouard Philippe a exprimé des doutes quant à la légitimité d’un pouvoir syndical jugé trop influent dans un domaine aussi sensible que la magistrature.