France

Affaire Lyhanna : 1 % des viols réellement condamnés en France ?

En France, seulement 1 % des personnes mises en cause dans des affaires de viols font l’objet d’une condamnation. En 2024, avec 7.438 condamnations pour violences sexuelles – viols et agressions sexuelles compris – sur un total de 560.000 condamnations toutes infractions confondues, elles ne représentaient que 1,3 % des condamnations globales sur l’ensemble du territoire.


En France, seulement 1 % des individus accusés de viols sont condamnés. Cette affirmation a été largement diffusée par des politiciens et dans les médias ces derniers jours. En toile de fond, l’affaire Lyhanna, qui ébranle le pays et la classe politique depuis la découverte du corps de la jeune fille de 11 ans près de Fleurance. Jérôme Barella, 41 ans, mis en examen pour enlèvement et séquestration, avait déjà été impliqué dans deux affaires de viols sans jamais avoir été entendu ni jugé jusqu’à présent.

Interrogé à ce sujet sur le plateau de TF1 mardi matin, le député et candidat à la présidentielle de 2027, François Ruffin, a également évoqué ce pourcentage : « Le problème, c’est qu’ils (les violeurs) ne vont pas en prison. […] On sait que c’est à peu près seulement 1 % des viols qui se traduisent par des condamnations », a-t-il déclaré.

Bien que ce chiffre soit très proche de la réalité alarmante sur le taux de condamnations en matière de viols en France ces dernières années, il n’est pas totalement exact et nécessite des précisions.

Le 1 % mentionné par François Ruffin est une approximation, comme il le souligne en précisant qu’il s’agit d’« à peu près seulement 1 % ». Ce taux concerne en réalité les viols déclarés par des adultes, mais qui n’ont pas nécessairement donné lieu à des poursuites pénales en raison de preuves insuffisantes, d’un agresseur difficile à identifier ou d’une prescription pour des faits anciens. Il est rapporté aux condamnations des personnes mises en cause dans des affaires de viols commis sur des adultes et sur des mineurs.

Ce chiffre est régulièrement cité depuis dix ans par de nombreuses associations de lutte contre les violences sexuelles, et a été relayé par des personnalités politiques. En 2018, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, avait évoqué ce pourcentage basé sur les données de deux études de 2016. Il en ressortait que sur les 93.000 déclarations de personnes affirmant avoir été victimes de viols ou de tentatives de viol cette année-là, seules 1.012 avaient abouti à une condamnation, soit 1,08 % des violeurs condamnés.

Cependant, mettre en rapport ces deux chiffres est contestable, car les déclarations ou plaintes pour viols déposées en 2016 ne correspondent pas nécessairement à celles jugées la même année. De plus, l’écart entre le nombre de viols déclarés et celui des plaintes enregistrées, ainsi que celui des mis en cause dans des affaires poursuivies et le nombre de condamnations, soulève des enjeux différents.

Chaque année, le ministère de la Justice publie un rapport statistique sur le traitement judiciaire des différentes infractions, y compris les violences sexuelles. Le bilan annuel de la place Vendôme de fin 2025 indiquait 24.762 personnes mises en cause dans des affaires de viols en 2024, pour seulement 1.890 condamnations, liées à des affaires antérieures.

Les données du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) publiées en septembre 2025, dans le rapport « Le viol, un crime massif et impuni », confirmaient que « si, entre 2016 et 2024, les plaintes pour viol sur personnes majeures ont été multipliées par trois et celles pour agressions sexuelles par deux, les condamnations pour viol n’ont augmenté que de 30 % » durant la même période.

Un bilan sur les victimes de violences physiques et sexuelles publié en février 2026 par le ministère de l’Intérieur a recensé 132.300 victimes de violences sexuelles, dont 76.200 mineures, représentant une augmentation de 8 % par rapport à 2024.

Il convient de noter que de nombreuses plaintes pour viol ne sont pas forcément enregistrées et, même celles qui le sont ne donnent pas toujours lieu à des poursuites pénales, et encore moins à des condamnations. Ainsi, il reste très complexe d’obtenir un chiffre précis sans examiner le traitement judiciaire des différentes déclarations.

Quoi qu’il en soit, le nombre de condamnations pour viols demeure bien inférieur à celui des autres infractions. En 2024, on comptait 7.438 condamnations pour violences sexuelles, englobant viols et agressions sexuelles, sur un total de 560.000 condamnations toutes infractions confondues, représentant seulement 1,3 % des condamnations globales sur l’ensemble du territoire.