
Affaire Jubillar : Famille et justice unies pour protéger les enfants du couple
C’est une étape aussi douloureuse que décisive dans la vie de Louis et Eliyah, aujourd’hui âgés de 11 et 7 ans. Vendredi soir, en rentrant d’une journée ordinaire au centre aéré, les deux enfants ont appris que les ossements de leur mère avaient été retrouvés à Mailhoc, dans le Tarn. Cette annonce leur a été faite de vive voix et avec d’infinies précautions par leur administratrice ad hoc, désignée par la justice pour veiller sur eux.
Pour ces deux enfants, confrontés depuis plus de cinq ans et demi à l’absence traumatisante de leur mère, cette confirmation matérielle met fin à une incertitude dévastatrice. « Ce n’est pas une satisfaction, c’est un soulagement. Les enfants peuvent récupérer leur maman, quel qu’en soit l’état », a réagi leur avocat, Me Laurent Boguet, sur BFMTV.
Martine Brousse souligne que cette étape met fin à une incertitude qui rongeait les enfants : ont-ils été abandonnés ? « Elle ne leur a pas menti, elle leur a toujours dit qu’elle les aimait et c’était vrai », insiste la présidente de La Voix de l’Enfant. Ils pourront désormais se recueillir sur sa tombe, une nécessité car « plus un enfant est jeune et plus on lui ment, moins après il croit les adultes ».
Depuis l’incarcération de Cédric Jubillar en juin 2021, les enfants ont été recueillis par leur tante maternelle et son compagnon. Ce choix intrafamilial est salué par les spécialistes de la protection de l’enfance, qui évite aux mineurs le placement en foyer ou en famille d’accueil inconnue.
« Il n’y a rien de mieux que la famille, c’est le socle de la construction d’un enfant », affirme Martine Brousse. Selon elle, l’Aide sociale à l’enfance doit rester un dernier recours : « Il y a au moins 20 à 25 % d’enfants à l’ASE qui n’ont rien à y faire » et qui pourraient être confiés à des proches. Un enfant placé, résume-t-elle, se voit privé du droit d’aimer, alors qu’« un enfant se construit s’il peut aimer et s’il est aimé ».
Sur le plan légal, Cédric Jubillar s’étant vu retirer l’exercice de l’autorité parentale après sa condamnation à trente ans de réclusion, la justice a nommé une administratrice ad hoc, Cécile Agry-Verdun. Son rôle est de se substituer aux parents pour exercer les droits des mineurs, gérer les décisions civiles d’importance et les représenter lors des procédures pénales en toute indépendance. Martine Brousse rappelle son rôle : représenter l’enfant en cas de conflit d’intérêts avec ses parents. Mais elle pointe un statut éclaté et sous-doté. « Il faudrait un statut national pour eux […] et surtout il en faut plus, car nous n’en avons pas assez en France. »
Outre l’administrateur ad hoc, la présence de leurs avocats, Me Laurent Boguet et Me Malika Chmani, constitue le second pilier de leur protection judiciaire. Leur rôle demeure de porter la parole, les interrogations et l’émotion de Louis et Eliyah dans la procédure, sans jamais les exposer directement à la violence des débats ou à une confrontation avec l’accusé.
Les conseils des mineurs s’apprêtent d’ailleurs à les accompagner dans un calendrier judiciaire réaménagé. Ce mardi, la présidente de la cour d’assises de la Haute-Garonne a décidé de reporter le procès en appel – initialement prévu le 21 septembre – au premier semestre 2027, afin de laisser le temps nécessaire aux investigations complémentaires ordonnées après la découverte des ossements.
Face au déferlement médiatique suscité par les récents rebondissements, la défense des enfants ainsi que les associations spécialisées appellent à une étanchéité absolue autour du quotidien de Louis et Eliyah.
Dans un communiqué diffusé ce week-end, Me Laurent Boguet et Me Malika Chmani ont vivement dénoncé la « manière sordide » dont « une certaine presse » s’est emparée des derniers éléments du dossier. « Certes le droit à l’information existe mais il ne doit pas dépasser l’indécence », insistent-ils, appelant à « respecter la mémoire de Delphine » et à « protéger sa famille ». Un cri d’alarme partagé par Martine Brousse, qui lance elle aussi un appel direct à la retenue : « Pas de voyeurisme. Laissez ces enfants se construire, pouvoir se projeter, laissez-les grandir et respectez-les. »
