
Voiture de société : un retour à la niche en 2023
Un sujet délicat en Belgique
Aborder le thème des voitures de société lors d’un repas de famille peut s’avérer tout aussi explosif que de défendre les choix artistiques de Céline Dion ou de rappeler les erreurs du passé. À Bruxelles, en particulier, évoquer ce sujet peut rapidement transformer une discussion budgétaire en un débat houleux, tant il touche à des considérations politiques sensibles.
Le ministre du Budget, Vincent Van Peteghem, a récemment fait parler de lui en suggérant une réforme des niches fiscales, incluant les voitures de société, dans une interview accordée au Morgen. Il a plaidé pour une simplification et une équité accrue de l’impôt sur le revenu, laissant entendre que cette question pourrait figurer dans le dossier d’économies que Bart De Wever garde secret.
La VRT s’est penchée sur le coût de cette niche fiscale. Selon le rapport du Bureau du Plan, le régime des voitures de société pourrait représenter un manque à gagner pour l’État compris entre 3 et 6 milliards d’euros par an. Cette estimation varie en raison des incertitudes quant à l’impact d’une éventuelle suppression, notamment sur le comportement des salariés en matière d’achat de véhicules.
Pourtant, la réponse à cette proposition a été claire : « onbespreekbaar », soit « pas discutable », selon Sammy Mahdi, président du CD&V et collègue de Van Peteghem. Valérie Van Peel, présidente de la N-VA, a également rejeté cette idée. Le sujet semble donc clos, et pour plusieurs raisons.
Premièrement, sur le plan politique, toucher aux voitures de société pourrait nuire à l’électorat des partis au pouvoir, à l’exception de Vooruit. Les partis comme la N-VA, le CD&V, le MR et Les Engagés comptent parmi leurs sympathisants des électeurs souvent plus diplômés et aux revenus supérieurs à la moyenne, qui bénéficient de ce régime. De plus, le gouvernement s’est engagé à améliorer la rémunération du travail, et une telle réforme serait perçue négativement.
Deuxièmement, la réforme de 2021 a favorisé l’électrification du parc automobile, un objectif partagé par de nombreux pays européens. Abandonner ce système impliquerait de trouver un nouveau moyen de soutenir l’électrique, ce qui engendrerait des coûts supplémentaires.
Enfin, sur un plan sociologique, la voiture de société est perçue comme un symbole de statut social. Pour beaucoup, la perdre équivaudrait à un déclassement, bien au-delà d’une simple question fiscale.
En somme, la voiture de société est bien plus qu’une simple niche fiscale ; elle représente une réalité complexe et ancrée dans la société. À moins d’un retournement de situation inattendu, il est peu probable que des changements majeurs surviennent dans ce domaine. Ce sujet pourrait donc rester sur la table lors des repas de fin d’année.
