
Villes européennes et belges les plus mortelles pendant les vagues de chaleur.
Cet article, publié en septembre 2025, a été remis à jour le 24 juin 2026. Entre le 23 juin et le 2 juillet 2025, l’Europe a connu l’une des plus importantes vagues de chaleur depuis que les relevés météorologiques existent, et plus de deux tiers (65%) des décès enregistrés liés à la chaleur ont été causés par ces températures extrêmes.
Note éditoriale : Cet article, publié en septembre 2025, a été remis à jour le 24 juin 2026.
Pour la deuxième fois de son histoire, le « plan national forte chaleur et pic d’ozone » a été activé cette semaine en Belgique. Ce nouvel épisode de chaleur s’ajoute à une liste de jours de canicule qui s’allonge ces dernières années, non seulement dans notre pays.
Entre le 23 juin et le 2 juillet 2025, l’Europe a connu l’une des vagues de chaleur les plus importantes depuis le début des relevés météorologiques. Durant cette période, plus de deux tiers (65%) des décès liés à la chaleur ont été causés par ces températures extrêmes en lien avec le réchauffement climatique. Ce chiffre provient d’une étude menée par onze scientifiques dans douze grandes villes européennes, telles que Paris, Londres, Milan et Lisbonne.
Cette étude désigne la ville de Milan comme la plus touchée en valeurs absolues, avec environ 317 des 499 décès liés à la chaleur attribuables au changement climatique, tandis que Madrid est la plus touchée en termes relatifs, avec plus de 90% des décès causés par cette hausse des températures.
Quelle sera la situation demain en Europe et en Belgique ? Décryptage.
Plus de vagues de chaleur
Faire attention aux plus exposés
Aurore Fransolet, coordinatrice du projet « Faire face à la dette climatique grâce à une transition juste » à l’Université libre de Bruxelles (ULB), a identifié trois facteurs de vulnérabilité face à la chaleur :
- « Il y a d’abord ce qu’on appelle l’exposition renforcée, l’idée que certaines populations sont plus exposées que d’autres aux vagues de chaleur. Par exemple, il existe des logements extrêmement mal isolés, comme les passoires thermiques, qui surchauffent en été.«
- « Le deuxième facteur est la propension à être affecté par la vague de chaleur, selon l’âge et l’état de santé.«
- « Et puis la troisième dimension, c’est la capacité adaptative à se préparer, faire face et répondre à la vague de chaleur : rénover le logement, prévoir des espaces verts pouvant servir de refuge, ou renforcer les liens sociaux. Un problème majeur dans les villes est l’isolement des personnes âgées, qui sont très vulnérables.
Selon une analyse de Carbon Brief, les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap sont particulièrement exposés aux maladies liées à la chaleur. Des recherches soulignent également que les populations les plus défavorisées et les personnes racisées subissent davantage les effets des vagues de chaleur. En effet, elles vivent souvent dans des zones avec moins d’espaces verts et dans des logements moins adaptés aux températures élevées.
Ainsi, le vieillissement de la population entraîne une vulnérabilité accrue à la chaleur.
Dans ce contexte, la climatisation pourrait sembler être une solution pour réduire la surmortalité liée à la chaleur. Selon The Economist, la proportion de logements climatisés en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Italie est estimée respectivement à seulement 5%, 2% et 49%. Aux États-Unis et au Japon, ce chiffre atteint 91%. Dans les pays où la climatisation est répandue, le nombre de décès a diminué. En Espagne, la part de logements climatisés est passée de 5% en 1991 à plus de 40% aujourd’hui. Durant cette période, le risque de décès dû à la chaleur a baissé de 30 à 60% les jours de forte chaleur.
Toutefois, l’utilisation de ces appareils contribue au réchauffement climatique de plusieurs manières, comme l’explique Le Monde : d’une part, par l’air chaud qu’ils rejettent dans les villes, d’autre part par leur forte consommation d’énergie, et aussi à cause des émissions de gaz à effet de serre découlant des produits frigorigènes utilisés pour leur fonctionnement.
Selon The Lancet, il pourrait également y avoir un léger effet côtier entraînant une diminution de la surmortalité liée à la chaleur : les zones proches de la mer semblent moins vulnérables à la chaleur que les régions intérieures.
Le rôle de l’adaptation à la chaleur
La surmortalité liée à la chaleur pourrait être réduite grâce à certaines mesures d’adaptation. Selon climat.be, l’adaptation consiste à implémenter les actions nécessaires pour diminuer la vulnérabilité des systèmes humains et naturels face aux conséquences des changements climatiques. En revanche, l’atténuation vise à réduire les émissions de dioxyde de carbone, responsables du réchauffement climatique.
L’étude de Nature souligne qu’il n’existe actuellement « aucune méthodologie consensuelle » concernant les « meilleures » mesures d’adaptation, car celles-ci « varient selon les études, prenant en compte la température, le produit intérieur brut, la climatisation ou le logement« .
En revanche, certains chercheurs affirment qu’une amélioration globale des conditions socio-économiques et des systèmes de santé pourrait atténuer les impacts globaux de la chaleur sur la mortalité.
La chercheuse Aurore Fransolet met également en avant plusieurs solutions telles que « ensauvager les villes, d’y intégrer davantage d’espaces verts et de points d’eau« , ainsi que « assurer une rénovation massive et approfondie des logements« .
Ainsi, l’étude de Nature a évalué que dans un scénario à + 2°C, avec une adaptation des risques de mortalité liée à la chaleur de 50%, le taux de surmortalité pourrait être réduit de moitié. Pour 100.000 habitants, 8 Ostendais pourraient mourir chaque année à partir d’une hausse de 2°C, tandis que ce nombre serait de 7 Bruxellois et 5 Courtraisiens. Ce qui représente près de deux fois moins que sous le statu quo.
Les autorités de la capitale autrichienne ont cartographié les rues les plus vulnérables aux vagues de chaleur en fonction de divers critères, tels que l’exposition aux vagues de chaleur, la présence d’îlots thermiques, d’espaces verts et d’espaces bleus, ainsi que la densité de population âgée et d’enfants. Par exemple, 24 arbres ont été plantés dans la « Zieglergasse », des robinets ont été installés, les trottoirs élargis, et 150 places de stationnement pour vélos ont été créées. « Le revêtement clair et pavé ralentit l’écoulement des eaux pluviales, contribuant ainsi à un meilleur microclimat« , a déclaré un communiqué de la ville.
« C’est efficace et c’est vraiment une approche ultra-ciblée« , « extrêmement intéressante« , selon Aurore Fransolet, notamment pour lutter contre les futures vagues de chaleur en Belgique et plus largement en Europe.
En contrepartie, certains étés caniculaires pourraient également entraîner des hivers plus doux. Ainsi, certaines villes du nord de l’Europe pourraient, selon l’étude de Nature, connaître une diminution des décès liés au froid, compensant légèrement l’augmentation des décès liés à la chaleur sans adaptation.
