
Un professeur sur trois abandonne le métier dans ses cinq premières années : comment y remédier ?
Pourquoi les jeunes enseignants quittent-ils le milieu scolaire ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons interrogé une dizaine d’entre eux, tous confrontés à un même défi : un stress persistant et la peur de ne pas être à la hauteur lors de leurs débuts, qu’ils soient fraîchement diplômés ou en reconversion professionnelle.
Un des principaux remèdes évoqués par ces jeunes enseignants est le parrainage. Ils estiment qu’un accompagnement au début de leur carrière pourrait les aider à renforcer leur confiance.
L’Institut Sainte-Marie de Rèves, situé en province de Namur, a mis en place un système d’encadrement pour ses nouveaux enseignants. Victor Dôme, professeur de musique depuis deux ans, fait partie de cette initiative. Bien qu’il se sente bien intégré, il admet que certains aspects, comme la gestion administrative, lui causent encore de l’anxiété. « Le travail administratif n’est pas facile », confie-t-il, ajoutant que les délais à respecter peuvent être source de stress.
Pour l’aider, Victor peut compter sur Laura Salien, professeure de français et de religion, qui occupe le rôle de Référente pour les Enseignants Débutants (R.E.D.) à l’Institut. Après avoir elle-même éprouvé les difficultés liées à l’intégration dans un nouvel établissement, elle a proposé ce dispositif à sa direction. « Il y a tellement de choses à savoir », explique-t-elle, soulignant l’importance d’une bonne communication et d’une présence constante pour éviter des situations de détresse chez les jeunes enseignants.
Le stress est un problème majeur, touchant sept enseignants du secondaire inférieur sur dix en Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour remédier à cela, le parrainage, désormais encadré légalement, permet aux jeunes enseignants de bénéficier de deux heures de réduction de leur charge d’enseignement chaque semaine pour un meilleur accompagnement. Victor, qui commence à gagner en assurance grâce à cet encadrement, souligne l’importance d’avoir quelqu’un sur qui compter.
Cependant, la précarité des contrats reste un frein à la stabilité des enseignants. Valentine Louvegny, professeure de néerlandais dans la région de Charleroi, travaille dans deux établissements différents, ce qui complique sa situation. Elle vient d’apprendre qu’elle perdra dix heures d’enseignement à partir d’octobre, ce qui la place dans une situation financière délicate. « Cette instabilité est assez difficile à vivre », déplore-t-elle, évoquant des projets de vie qui se heurtent à cette précarité.
Pour stabiliser les jeunes enseignants, la Fédération Wallonie-Bruxelles envisage la mise en place d’un contrat à durée indéterminée (C.D.I.E.), qui garantirait une charge de cours minimale. La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, a annoncé que ce dispositif entrerait en vigueur à la rentrée scolaire 2027, coïncidant avec l’arrivée des premiers enseignants ayant suivi un cursus de quatre ans.
Néanmoins, Valentine reste sceptique et attend de voir les détails concrets de cette proposition. Elle souligne la nécessité d’une certaine mobilité entre les établissements, mais dans des limites raisonnables pour éviter que les jeunes enseignants ne soient contraints de jongler entre plusieurs écoles chaque semaine.
Du côté syndical, l’accent est mis sur l’importance d’accompagner les débutants, tout en soulignant la nécessité d’une solution structurelle. Adrien Rosman, coordinateur communautaire du SETCa-SEL, insiste sur le fait qu’il est crucial de laisser aux nouveaux enseignants le temps de s’inscrire dans un projet éducatif et de travailler en collaboration avec leurs collègues.
Les enseignants et les syndicats s’accordent à dire qu’il est essentiel de clarifier les règles et d’harmoniser les conditions de travail pour renforcer la confiance et l’envie de rester dans le métier.
