Belgique

Un jour, une carte – Le Sahara occidental, décor controversé de L’Odyssée de Christopher Nolan

L’équipe du réalisateur Christopher Nolan a choisi de tourner certaines scènes de son dernier film dans la Dune blanche de Dakhla, un site qui représente l’île d’Ogygie, où Ulysse est retenu par la nymphe Calypso pendant sept ans. Cette Dune est vantée pour « ses paysages sauvages et sa lumière intense », des qualités mises en avant tant par le dossier de presse du film que par les brochures touristiques marocaines.

Cependant, ce choix de décor soulève des questions géopolitiques. Bien que Dakhla soit administrée par le Maroc, elle se trouve dans le Sahara occidental, un territoire anciennement colonisé par l’Espagne. Ce dernier est considéré par les Nations unies comme un territoire « non autonome ». Le Maroc revendique la souveraineté sur cette région, qui est au cœur d’un conflit international depuis près de cinquante ans. D’un côté, le Maroc considère le Sahara occidental comme une partie intégrante de son territoire, tandis que de l’autre, les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l’Algérie, luttent pour leur autodétermination.

Le tournage de Nolan dans cette zone contestée a suscité des critiques virulentes. Des personnalités comme la militante Greta Thunberg, le cinéaste Pedro Almodovar et l’acteur Javier Bardem ont exprimé leur désaccord, accusant le Maroc de « transformer le Sahara occidental en destination touristique, puis en lieu de tournage, dans le but d’effacer l’identité sahraouie ». À ce jour, ni Nolan ni son équipe n’ont réagi à ces accusations.

Pour mieux comprendre le contexte, il est essentiel de rappeler qu’après le départ des Espagnols en 1975, le Maroc a annexé le Sahara occidental, contrôlant environ 80 % de ce territoire, tandis que le Front Polisario en détient les 20 % restants. L’ONU, qui cherche depuis des décennies une solution à ce conflit, a récemment voté en faveur d’un plan qui entérine la souveraineté marocaine sur cette région, un acte soutenu par plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Espagne et la France. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a qualifié cette résolution de « base la plus adéquate et réaliste pour parvenir à une solution politique juste et durable ».

Les efforts déployés par les autorités marocaines pour faciliter le tournage du film sont notables, incluant l’affrètement d’un Boeing pour transporter l’équipe depuis les États-Unis. Toutefois, cette situation est perçue différemment par l’Algérie et le peuple sahraoui, qui estiment que le droit international est violé et craignent que cette approche ne crée un précédent.

Cette controverse met en lumière la manière dont Hollywood peut exploiter des dynamiques diplomatiques, en particulier celles établies sous l’administration de Donald Trump. La directrice du Festival international du film du Sahara occidental a ainsi critiqué Nolan, l’accusant de « contribuer, peut-être sans le savoir, à la répression du peuple sahraoui ». Elle a appelé le public à considérer l’Odyssée avec le même regard critique que celui qu’il porterait sur un film tourné en Ukraine occupée ou dans des colonies illégales en Palestine.