Un accident mortel sur trois lié à la vitesse : pourquoi ce goût du risque ?
Selon l’Institut de recherche sur la sécurité routière Vias, « 38% des Belges dépassent régulièrement les limitations de vitesse, et 3% d’entre eux avouent même rouler tous les jours trop vite ». Benoit Godard précise que « la vitesse est responsable d’un accident mortel sur trois en Belgique, soit entre 120 et 150 personnes (par an) ».
Le procès d’Antonio Falzone révèle des comportements à risque fréquents au volant. D’après l’Institut de recherche sur la sécurité routière Vias, « 38% des Belges dépassent régulièrement les limitations de vitesse, et 3% d’entre eux confient même qu’ils roulent trop vite tous les jours. […] Au total, plus d’un Belge sur trois roule régulièrement trop vite. »
Bien que le nombre de décès sur les routes ait globalement diminué ces dernières années, Vias remarque une hausse en fin d’année 2025. « La vitesse est responsable d’un accident mortel sur trois en Belgique, soit entre 120 et 150 personnes (par an) », explique Benoit Godard, porte-parole de l’institut.
### Une banalisation des comportements à risques sur la route
Selon Vincent Yzerbit, « le comportement de vitesse, comme d’autres, est un comportement essentiellement social. On le fait dans la mesure où on voit que d’autres le font également. » Cette dynamique est influencée par les réseaux sociaux, où des chauffards se filment « pour montrer ce qu’on est capable de faire, comment on peut défier un certain nombre de limites ou de contraintes, pour recevoir du prestige au niveau individuel et des spectateurs », poursuit le psychologue.
D’après Benoit Godart, « un jeune sur huit regarde tous les jours des vidéos sur les réseaux sociaux mettant en avant des comportements dangereux dans la circulation. Et plus ils regardent ces vidéos, plus ça rend acceptables socialement ces comportements. » Les jeunes sont déjà les conducteurs les plus exposés aux accidents.
Les comportements à risque au volant se révèlent plutôt genrés, d’après Vincent Yzerbit : « Un certain nombre de données montrent qu’on les rencontre plus souvent du côté masculin. Ça tient en partie aussi aux normes culturelles. On a l’habitude de considérer qu’il y a cette nécessité pour les jeunes hommes en particulier de montrer leur capacité à prendre des risques, et la vitesse au volant est une manière de manifester ça. »
Bruno Godart, en collaboration avec Vias, organise des cours de sensibilisation pour les personnes condamnées pour de gros excès de vitesse. Il témoigne que « pas mal de participants considèrent la voiture comme une extension de leur maison, de leur bureau. Finalement, la voiture est une bulle privée dans un environnement public, et certains ont l’impression qu’ils peuvent y faire ce qu’ils veulent. »
### Une politique de contravention trop focalisée sur les petits excès de vitesse ?
L’avocat spécialisé en droit de la circulation routière Bruno Gysels estime que « la police a pour instruction de se focaliser sur les petits excès de vitesse. On préfère flasher des gens avec quelques km/h d’excès pour faire rentrer l’argent plutôt que de s’occuper des cas graves. La question du danger n’est pas prise en compte. » Benoit Godart de Vias souhaite nuancer cette affirmation, rappelant l’existence d’une marge de tolérance technique de 6 km/h, « la plus élevée de tous nos voisins. »
La réforme du Code pénal, programmée pour septembre 2026, doit introduire la notion d’homicide routier. Cela pourrait-il renforcer la réglementation ? « Malheureusement, ça ne va pas changer grand-chose », juge Bruno Gysels. « Les personnes, avant de commettre un énorme excès de vitesse ou de s’alcooliser, ne vont pas consulter le Code pénal. C’est un changement cosmétique, et qui vise notamment les problèmes d’addictions. Mais ce sont des maladies, qui ne se règlent pas par un changement de vocabulaire. »
Le psychologue Vincent Yzerbit partage ce point de vue : « C’est intéressant de changer les appellations pénales, mais il faut surtout contribuer collectivement à changer les normes, condamner collectivement les comportements problématiques. » Pour cela, les cours de sensibilisation de Vias peuvent être une bonne réponse. « Ils ont un côté non moralisateur. Au contraire, les participants peuvent confronter leur expérience à celle des autres. L’encombrement des maisons de justice allonge la période entre la peine et le moment où ils arrivent chez nous, mais on donne quand même ces cours à presque 6000 personnes chaque année. »
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première.

