Belgique

Tanguy Botman : « L’envoi de navires au détroit d’Ormuz n’est pas pour mettre la pression »

Un sommet international est prévu à Paris ce vendredi pour coordonner un plan multinational de défense par rapport au détroit d’Ormuz. Tanguy Botman, chef de la Marine belge, a affirmé : « Il n’y a pas encore de go », précisant que le rôle de la marine est pour le moment de conseiller et de regarder les possibilités de participation à la coalition.


À Paris, ce vendredi, un sommet international est prévu pour coordonner un plan multinational de défense concernant le détroit d’Ormuz. Cela pourrait impliquer l’aide de la marine belge pour débloquer ce détroit.

« Il n’y a pas encore de go », déclare d’emblée Tanguy Botman, chef de la Marine belge. « Le rôle de la marine pour le moment est de conseiller et d’explorer toutes les possibilités tout en examinant comment participer à cette coalition et à cet effort pour débloquer le détroit si cela est nécessaire et si tel est la décision du gouvernement. »

La décision sera prise par le conseil des ministres, qui déterminera les missions à mettre en place. Si la Belgique s’engage, elle contribuera au même titre que d’autres nations à cette mission de défense, comme le souligne Tanguy Botman : « Le but n’est pas de mettre la pression, mais de protéger nos intérêts économiques dans la région. En outre, le conflit est toujours en cours. Et le gouvernement a formulé deux demandes : un cessez-le-feu durable et un mandat international clair. »

Avec les États-Unis ayant décidé d’un blocus des ports, des solutions claires s’imposent. Le chef de la Marine belge affirme : « C’est un problème diplomatique et politique. Il faut reconnaître l’importance du détroit d’Ormuz pour l’économie belge et européenne. 20 % du trafic énergétique passe par là. Il est essentiel de le débloquer rapidement pour permettre à l’économie de se redresser et pour faire baisser le prix à la pompe. »

### Un chasseur de mines ou des moyens portables ?

La Belgique pourrait envisager d’envoyer un chasseur de mines dans la région du détroit d’Ormuz avec le Primula et le Lobelia. Cependant, des moyens portables pourraient également être déployés si une action rapide est nécessaire. En effet, les bateaux belges sont anciens et assez lents. « Il faut compter un mois de transit. Ce sont des vieux navires et ils ne vont pas vite. On a dû réduire la vitesse de 15 à 8-9 nœuds, soit environ 15 km/h. C’est pourquoi le Primula n’est qu’une option, et nous étudions l’envoi de moyens portables comme des drones contre les mines et des plongeurs envoyés par avion. On pourrait être sur place en une semaine. »

Le navire ne sera pas seul, car il n’est pas conçu pour se défendre contre les drones. Et si le Primula part, il faudra aussi considérer comment remplacer sa mission actuelle. « C’est une question de priorité. Cela signifie que l’OTAN devra se réorganiser différemment en mer Baltique. »

### Les mines, une arme du pauvre et un danger de tous les instants

Économique et psychologique, la mine est un outil redoutable, fait remarquer le chef de la Marine belge. « C’est une arme qui fait peur. Nous n’avons pas eu d’explosions de mines dans le détroit d’Ormuz. Et pourtant, tout le monde en parle. »

Actuellement, il n’existe aucune certitude quant à la présence de ces mines dans le détroit. « Rien que cela, c’est psychologique », insiste Tanguy Botman. « Il n’y a aucune information prouvant la présence de ces mines. Cependant, de nombreuses sources évoquent une douzaine de mines installées. C’est là que l’effet psychologique entre en jeu. Comme personne ne sait où elles se trouvent, une mine peut faire peur à tout le monde. »

### Une nouvelle flotte à mettre en place

Au-delà des missions qui seront décidées ce vendredi, la marine belge doit également gérer la transition entre l’ancienne génération de navires et la nouvelle qui sera bientôt en service. Ce remplacement a coûté pas moins d’un milliard d’euros. « Grâce au retour économique, il y a déjà eu plus d’un milliard de retours par rapport à ce projet. »

La nouvelle flotte comptera au total 13 navires : 6 antimines, 3 frégates, 3 patrouilleurs et un ravitailleur. « L’ancienne capacité des chasseurs de mines date de 40 ans et sera remplacée par une nouvelle capacité. L’Oostende est déjà en service, et cinq autres navires arriveront avec un nouveau concept de chasse aux mines, incluant des drones. »

Avant le déploiement de cette nouvelle capacité, il sera nécessaire de maîtriser le nouveau système. C’est la raison pour laquelle la Belgique dispose encore de l’ancienne capacité et de moyens portables pour pouvoir jouer un rôle. « Il est important que l’équipage apprenne le nouveau système, mais aussi que nous terminions le développement de ce nouveau concept avant de l’utiliser. Il faut compter environ un an de préparation et d’entraînement avant de le déployer dans une zone de guerre. Chaque navire doit être certifié selon les normes de l’OTAN. Il y a six étapes importantes pour s’assurer de répondre aux missions. Nous ne serons pas prêts avant novembre, voire janvier-février 2027. »

Ces nouveaux navires fonctionneront différemment des anciens. Un peu comme des robots-tondeuses : « Le drone va détecter tout ce qui se trouve en mer et transmettre les informations au navire qui dispose d’autres drones pour identifier et neutraliser les mines. C’est autonome avec l’IA, sauf l’emploi des armes qui reste contrôlé par l’opérateur à bord. Ce système permet de détecter toutes les possibilités d’explosif au fond de la mer. »

### L’Ethera, toujours bloqué à Zeebruges

Enfin, Tanguy Botman a évoqué le pétrolier russe toujours bloqué dans le port de Zeebruges : « L’Ethera est toujours dans le port. Ce n’est pas à la Défense de résoudre ce problème. Des négociations avec la police et le propriétaire sont en cours pour déterminer l’amende. Une partie de l’équipage est revenue, tandis que l’autre reste à bord. Il y a 45 infractions, et la justice continue de sanctionner le navire et son armateur », conclut Tanguy Botman.