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Séismes au Venezuela : Donald Trump ne renforce pas l’emprise américaine sur le pays

L’armée américaine a mobilisé de grands moyens à destination du Venezuela dès l’annonce du séisme meurtrier du 24 juin, avec un premier détachement militaire arrivé à Caracas, supervisé par le major général des Marines Kevin J. Jarrard. Delcy Rodriguez a pris les rênes du pouvoir en tant que présidente par intérim du Venezuela après la capture de Nicolás Maduro, et les États-Unis ont levé leurs sanctions contre elle.


Des avions, des hélicoptères, des bateaux et des Marines : suite au séisme dévastateur du 24 juin, l’armée américaine a rapidement déployé d’importants moyens vers le Venezuela. Un premier contingent militaire américain est arrivé à Caracas vendredi, dirigé par un général des Marines.

Le Commandement Sud des États-Unis, Southcom, renforce ses capacités militaires pour soutenir les opérations de secours, conformément à une demande d’aide des autorités vénézuéliennes. Le major général des Marines, Kevin J. Jarrard, supervise les opérations depuis le territoire vénézuélien.

« Nous avons pris le contrôle du Venezuela en moins d’une journée. Le pétrole coule », a déclaré Donald Trump.

En parallèle, à la Maison Blanche, le président Trump a annoncé que les États-Unis contrôlaient le pays : « Nous avons pris le contrôle du Venezuela en moins d’une journée. Le pétrole coule, et nous nous entendons très bien avec eux. Nous allons, d’ailleurs, les aider… Ils ont eu un séisme énorme hier soir, massif, vraiment massif, à Caracas. Mais nous allons les aider. »

Ce discours du président américain, bien qu’apparenté à un discours décousu, résume son rapport au Venezuela : le contrôle américain sur la nation, l’établissement d’une relation verticale avec les nouvelles autorités, l’intérêt pour le pétrole et l’aide américaine.

Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen, estime que cette aide ne motive pas réellement Donald Trump. « Qu’il y ait des secours envoyés pour sortir les victimes des décombres, sans doute. Mais y aura-t-il des aides de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour reconstruire ce qui a été détruit ? C’est très peu probable, au vu de la politique de Donald Trump. Il a une politique de prédation, de colonisation des autres territoires. Son récit, c’est que le Venezuela a volé des richesses aux États-Unis. À partir de cette idée-là, qui est complètement mensongère, il est assez peu probable qu’il accepte de financer le redressement du Venezuela. Son but n’est pas d’améliorer la condition de vie des Vénézuéliens, mais d’obtenir davantage de richesses pour les États-Unis. »

Depuis l’arrestation de Maduro, sa vice-présidente, Delcy Rodriguez, a pris les rênes du pouvoir en tant que présidente par intérim. Cette transition a été accompagnée d’un changement diplomatique radical. Dès le 5 janvier, Rodriguez a plaidé pour des relations « équilibrées et respectueuses » avec les États-Unis, « fondées sur l’égalité souveraine et la non-ingérence ».

Les États-Unis ont rouvert leur ambassade à Caracas, près de sept ans après sa fermeture, et ont levé leurs sanctions contre Delcy Rodriguez, la retirant de leur liste noire. « Washington a mis en place un procès politique contre Nicolas Maduro, qui est désormais en prison. Et Delcy Rodriguez se voit récompensée de sa collaboration avec une levée des sanctions individuelles à son encontre », résume Thomas Posado.

« Est-ce que Delcy Rodriguez choisit librement de se subordonner à Washington ? Sans doute non. C’est une fille de guérillero qui a été torturé et assassiné. Elle a fait toute sa carrière politique dans l’ombre d’Hugo Chavez et surtout de Nicolas Maduro, dont elle est devenue la vice-présidente. On imagine que si elle choisissait librement, elle préférerait mener une autre politique. Simplement, dans ce cadre contraint, elle se plie visiblement avec beaucoup de zèle aux ordres de Washington. Elle donne du ‘cher ami’, du ‘cher associé’ à Donald Trump. On est dans une collaboration active, sans doute pas totalement libre. »

La plupart des personnalités du régime Maduro demeurent en place malgré ce changement de cap radical : « Il y a eu quelques phénomènes de purge des gens qui étaient les plus proches de Nicolas Maduro. Ils ont été remplacés par des gens de confiance de Delcy Rodriguez. Mais dans l’ensemble, c’est la même équipe qui a gouverné », constate Thomas Posado.

La relation entre les deux pays « est passée d’une relation extrêmement conflictuelle à une relation de subordination assumée », analyse Thomas Posado. Plusieurs hauts responsables américains ont visité les nouvelles autorités vénézuéliennes, dont le directeur de la CIA et plusieurs membres du gouvernement de Donald Trump. « Désormais, le gouvernement vénézuélien agit dans le cadre d’une souveraineté extrêmement contrainte par les États-Unis, sous une menace militaire explicite. Donald Trump a prévenu qu’elle pourrait être reproduite en cas de non-obéissance. »

Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole du monde, et son sous-sol regorge également d’or, de diamants, de coltan et de terres rares. La menace américaine s’accompagne d’une prise de participation dans l’exploitation de ces richesses, observe le chercheur. « Ils s’approprient une grande partie des ressources pétrolières et minières du pays. Visiblement, ils sont prêts à agir comme les parrains. Le Venezuela est devenu une forme de protectorat états-unien, où la gestion des affaires courantes reste dévolue à l’équipe de Delcy Rodriguez. Mais la gestion des matières premières, et visiblement la gestion de crise, tombent sous la responsabilité états-unienne. On a eu des lois sur les hydrocarbures, sur les mines, sur l’électricité qui font la part belle aux entreprises états-uniennes. »

« On a une dimension expansionniste, impérialiste, offensive, assumée de la part de Washington », observe Donald Trump qui renoue avec la vision américaine de l’Amérique latine considérée comme la chasse gardée ou l’arrière-cour des États-Unis, une zone d’influence exclusive qui remonte à 1823 avec la doctrine Monroe. Cet hégémonisme a historiquement abouti à des interventions politiques, économiques et militaires.

« Les États-Unis ont pour objectif de s’approprier des ressources dans une zone géographique proche, » affirme Thomas Posado. « Donald Trump considère qu’il doit évincer ses concurrents géopolitiques et refonder une tutelle sur la zone latino-américaine. Le Venezuela, qui avait pour principal partenaire commercial la Chine, faisait figure de victime idéale. »

« On a une dimension expansionniste, impérialiste, offensive, assumée de la part de Washington, de s’approprier les ressources des pays de ce qu’il considère être sa zone d’influence », conclut le chercheur. « Ça fait partie d’une politique globale de Donald Trump de reconstituer une tutelle et de transformer l’Amérique latine à nouveau en arrière-cour des États-Unis. »