Belgique

Se chauffer avec des déchets verts : possible, mais pas pour chacun.

À l’école communale de Wasseiges, la chaudière au mazout a été remplacée par une chaufferie à plaquettes de bois il y a cinq ans. Grâce à cet investissement de plus de 100.000 euros, la directrice générale de la commune, Agnès de Marneffe, a déclaré : « ça réduit fortement nos émissions de gaz à effet de serre ».


À l’école communale de Wasseiges, les enfants n’ont pas eu besoin de se couvrir davantage et le chauffage n’a pas été réduit pour économiser, malgré la crise énergétique. En effet, il y a cinq ans, la chaudière au mazout a été remplacée par une chaufferie à plaquettes de bois. Cet investissement, supérieur à 100.000 euros, a été possible grâce à divers subsides, notamment celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La directrice générale de la commune, Agnès de Marneffe, se dit satisfaite de ce choix : « ça réduit fortement nos émissions de gaz à effet de serre. C’est un peu notre pierre à l’édifice de la décarbonation ».

Un autre avantage réside dans les économies réalisées. Le coût du mazout est variable, alors que celui des plaquettes reste stable. « On a pu faire énormément d’économies sur le combustible. Environ 10.000 euros par an. On a des factures de plus ou moins 5000-5500 euros par an. Avant, on était à 15.000 euros de mazout par an. »

Pour la commune, il s’agit d’un choix économique, mais aussi d’une question d’exemplarité. « On a un devoir d’exemplarité. Les pouvoirs publics doivent montrer qu’on peut faire des choses pour le futur et pour la planète. » La commune a également installé une chaudière à plaquettes à l’administration. « On sait que ça coûte mais ce sera pour les générations futures ». Agnès de Marneffe reconnaît que cette solution ne s’adapte pas à tous les bâtiments, mais seulement à ceux qui consomment beaucoup d’énergie : « les écoles communales, ce sont des bâtiments conçus dans les années 80-90, donc pas forcément pensés pour être sobres en énergie ».

Mais que sont ces plaquettes de bois qui alimentent la chaudière de l’école ? Elles proviennent de déchets verts, collectés dans divers centres. Nous avons visité un des dépôts, le biocentre d’Intradel à Grâce-Hollogne. C’est un lundi matin et des voitures attendent pour entrer sur le site, souvent avec des remorques pleines. « Ça représente tout ce qu’on va trouver dans le jardin, les tontes de pelouse, les tailles de haie, un élagage, des souches », explique Virginie Dieu, responsable du centre.

Un peu plus loin, on trouve une autre montagne de déchets verts, ceux déposés par des jardiniers professionnels, par des communes, ainsi que des recyparcs. Cet ensemble représente environ 40.000 tonnes par an sur ce site, avec un total d’environ 65.000 tonnes pour l’ensemble. Ces déchets verts subissent divers traitements, tels que le broyage, le séchage et le criblage, avant de devenir des plaquettes de bois.

Il existe deux sortes de plaquettes : celles provenant uniquement de déchets tels que des petites branches, et celles issues de bois et troncs. Leur pouvoir calorifique est similaire. « Les deux confondus, ça représente environ 1000 tonnes par an. Sur cette plateforme, on aimerait monter jusqu’à 4000, voire 5000 tonnes. Parce que la demande est là ».

Cette coopérative, Coopeos à Fernelmont, qui est spécialisée dans le bois-énergie, a initié ce concept en 2015. Selon Caroline Lambin, co-administratrice, « en Wallonie, on dispose de beaucoup de déchets verts qui sont sous-exploités et on a des consommations de chaleur où on utilise des énergies fossiles. On a voulu lier ces deux éléments et pouvoir chauffer des bâtiments à partir de déchets verts ».

Cependant, le modèle ne convient pas à tout le monde. Un particulier ne peut pas se chauffer de cette manière, car l’investissement initial est trop élevé : « il faut un certain volume de consommation puisque le bois est intéressant à partir du moment où on a une consommation de 15.000 litres de mazout ou 15.000 mètres cubes de gaz par an. Certains projets sont rentables après 2 ou 3 ans, mais généralement, on est autour de 5 à 10 ans de retour sur investissement ».

Des chaufferies comme celle de Wasseiges existent en nombre à Bruxelles et en Wallonie, certaines chauffant plusieurs bâtiments. Par exemple, le moulin de la Hunelle à Ath a fait ce choix dès 2015 ; à Andenne, la résidence pour personnes en situation de handicap HAIM utilise ce système pour chauffer ses 8 bâtiments via un réseau de plus de 400 mètres ; tandis qu’à Nivelles, l’Institut Provincial d’Enseignement Technique l’a mis en place depuis 2020 pour son bâtiment principal, son internat et sa piscine.

Coopeos, ayant fait le constat d’une sous-exploitation des déchets verts en Wallonie, a ainsi développé cette initiative. « Grâce à notre cinquantaine de chaufferies, on substitue l’équivalent de 3 millions de litres de mazout chaque année, ce qui évite l’émission de 8000 tonnes de CO2 par an. Avec la ressource bois qu’on a en Wallonie, on pourrait aller encore beaucoup plus loin ».

Cependant, la propreté de l’énergie bois soulève des questions, notamment concernant les particules fines. La coopérative assure utiliser des chaufferies qui optimisent la combustion du bois et réduisent les émissions de particules, en installant des filtres sur ses installations. De plus, elle précise que l’approvisionnement en bois ne nuit pas aux forêts, puisqu’elle utilise des déchets issus de l’entretien des espaces verts et des plaquettes provenant de l’exploitation forestière sans couper pour cela des arbres.

Cette approche permet donc aux collectivités de maîtriser leurs coûts de chauffage, un aspect crucial face à la crise énergétique actuelle.