
Rudi Garcia : Vincent Mannaert met fin à son règne impopulaire
Il fut un temps, pas si lointain, où l’Union belge évoluait sans véritable cap sportif. À l’approche d’une grande compétition, le conseil d’administration était saisi d’une panique soudaine et décidait, sans tenir compte des résultats à venir, de prolonger le contrat de ses sélectionneurs. Marc Wilmots, Roberto Martinez et même Domenico Tedesco avaient reçu une proposition de prolongation avant même que l’on puisse évaluer l’issue de leur travail. Pour le sélectionneur italo-allemand, la situation avait même atteint un niveau absurde, puisque, après un Euro où il n’avait pas atteint ses objectifs, il avait obtenu le droit de continuer sa mission, malgré l’avis d’un groupe qui l’avait abandonné. Cela avait conduit à une campagne de Ligue des nations chaotique, durant laquelle les cadres avaient quitté le navire, laissant Tedesco s’enliser jusqu’à une défaite désastreuse contre Israël.
Deux ans plus tard, des leçons ont été tirées. Vincent Mannaert est devenu le véritable patron de la fédération et lui seul accorde un droit de cité aux employés du bâtiment de Tubize. Peut-être est-ce grâce à son prestigieux diplôme en management de l’école de Vlerick qu’il a retenu un principe fondamental de la gestion d’entreprise : le paradoxe de la réussite. Ce principe désigne la situation où le fait d’atteindre pleinement les objectifs fixés peut rendre le rôle ou la mission qui les ont permis… moins nécessaires, voire obsolètes. Autrement dit, en résolvant le problème pour lequel il a été recruté, un individu peut paradoxalement créer les conditions qui mèneront à son remplacement.
De quoi une équipe a-t-elle besoin ? Rudi Garcia a rempli ses objectifs : assurer le maintien en Ligue A de la Ligue des nations et atteindre les quarts de finale de la Coupe du monde, tout en réussissant à rassembler un groupe après le passage désastreux de Tedesco. Pourtant, Mannaert, qui avait lui-même désigné Garcia, a rapidement jugé que le management old school du Français appartenait au passé et que l’équipe nationale nécessitait autre chose. Oui, mais de quoi ?
La dernière Coupe du monde a démontré que la formule miracle n’existait pas. Luis de la Fuente, le sélectionneur qui a soulevé le trophée, n’avait pratiquement jamais entraîné au plus haut niveau avant de prendre les rênes de l’Espagne. Carlo Ancelotti, l’homme au palmarès le plus impressionnant en club, a échoué avec le Brésil. Didier Deschamps, réputé pour son pragmatisme, est tombé, impuissant, avec une équipe de France plus offensive que jamais. L’arrogant Julian Nagelsmann, connu pour sa compréhension aiguë du jeu, a connu un échec embarrassant avec l’Allemagne. Alors, qu’est-ce qu’un bon coach national ? Quelqu’un qui établit une identité de jeu, qui fédère un groupe, qui gagne à tout prix ? Qu’on ne s’y méprenne pas, le prochain à être évalué dans les murs de Tubize, ce sera Vincent Mannaert. Et son carnet d’adresses, que l’on sait riche, ne devrait pas inclure les noms d’Ancelotti, Deschamps ou Nagelsmann.
