Roumen Radev, ex-président pro-russe, remporte les législatives en Bulgarie.
Roumen Radev a obtenu 44,58% des voix aux législatives, selon des résultats partiels publiés lundi, conférant à sa coalition « Bulgarie Progressiste » une majorité absolue d’au moins 132 sièges au Parlement. La participation a été de plus de 50%, au plus haut depuis 2021, selon l’institut de sondage Market Links.
L’ancien président bulgare Roumen Radev a réussi son pari en remportant les élections législatives avec 44,58 % des voix, d’après des résultats partiels publiés lundi. Sa plateforme, qui allie des positions prorusses à un discours anticorruption, a largement séduit les électeurs du pays le plus pauvre de l’Union européenne.
Cette victoire permet à la coalition « Bulgarie Progressiste » dirigée par M. Radev, âgé de 62 ans, d’obtenir une majorité absolue d’au moins 132 sièges sur les 240 du Parlement.
Roumen Radev, président entre 2017 et 2026, avait démissionné en janvier pour se présenter aux législatives. Son succès complique la formation d’un nouveau gouvernement dans un pays des Balkans qui vote pour la huitième fois en cinq ans.
Il devance nettement les conservateurs (GERB) de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov, qui ont recueilli 13,01 %, ainsi que les libéraux du PP-DB, qui ont obtenu 14,26 %, selon des résultats partiels publiés lundi matin par la Commission électorale centrale, basés sur 60,79 % des bulletins dépouillés.
La participation, supérieure à 50 %, atteint son niveau le plus haut depuis 2021, selon l’institut de sondage Market Links, montrant que pour une partie des Bulgares, M. Radev représente une chance de rassemblement.
Ce taux de participation était tombé à 39 % lors des élections de 2024, ce qui illustre la méfiance généralisée des Bulgares envers la politique.
« Nous avons surmonté l’apathie« , s’est réjoui Roumen Radev devant ses partisans. « C’est une victoire de l’espoir sur la défiance, une victoire de la liberté sur la peur« , a-t-il ajouté.
Il a également déclaré que « la Bulgarie fera des efforts pour poursuivre sa voie européenne, mais croyez-moi, une Bulgarie forte et une Europe forte nécessitent un esprit critique et du pragmatisme« . M. Radev a exprimé que « l’Europe a été victime de sa propre ambition d’être un leader moral dans un monde régi par de nouvelles règles« .
Avant le scrutin, il avait affirmé partager les positions de la Hongrie et de la Slovaquie concernant l’envoi d’armes à l’Ukraine, estimant qu’il ne voit pas l’intérêt pour son pays, pauvre, de payer. Toutefois, il a précisé vendredi sur la chaîne bTV qu’il ne comptait pas « imposer de veto » à Bruxelles, tout en étant conscient des bénéfices liés à l’appartenance de son pays, qui compte 6,5 millions d’habitants, à l’Union européenne depuis 2007.
** »Chance historique »**
Boryana Dimitrova de l’institut de sondage Alpha Research a affirmé à l’AFP que Roumen Radev s’impose comme le « vainqueur sans équivoque » de cette élection, signalant le score « bien plus faible que prévu » du GERB.
Elle a ajouté qu’il ne sera possible de discuter des modalités de formation d’un futur gouvernement qu’une fois que le nombre de partis ayant franchi le seuil de 4 % pour entrer au Parlement sera connu.
Selon le politologue Teodor Slavev, Roumen Radev a « grignoté l’électorat du parti pro-Kremlin, Vazrazhdane« , grâce à sa position ouverte envers la Russie et à son discours anti-élites.
Des sondages révélateurs montrent aussi que certains électeurs ayant voté par le passé pour des partis pro-occidentaux ont désormais décidé de lui accorder leur confiance.
Boïko Borissov a « félicité » Roumen Radev, tout en affirmant qu’il ne représentait pas de « nouveauté« . Il a prévenu : « Gagner les élections est une chose, gouverner en est une autre« .
Des manifestations anticorruption massives avaient causé en 2021 la chute de Boïko Borissov, qui était au pouvoir pendant près de 10 ans en tant que Premier ministre, entraînant une succession de coalitions fragiles.
Ancien général de l’armée de l’air, Roumen Radev aspire à exploiter sa majorité pour mettre fin à la crise politique que traverse le pays depuis 2021. Après avoir voté à Sofia, il a déclaré que la Bulgarie avait « une chance historique de rompre une fois pour toutes avec le modèle oligarchique« .
« C’est simple : les gens veulent que tout change« , s’enthousiasme Stiliana Andonova, une retraitée, lors d’un entretien avec l’AFP.
Cependant, Gergana Mihailova, analyste financière de 47 ans, s’inquiète que la Bulgarie, qui a maintenu une position pro-européenne sous les précédents gouvernements, risque de « changer son orientation politique » en faveur de Moscou.

