Belgique

Roland-Garros : la terre battue ne goûte pas que parisien

La terre battue utilisée à Roland-Garros provient d’une usine proche d’Anvers dirigée par Alexander Van de Mosselaer, qui est la seule entreprise en Belgique à produire de la terre battue. En France, environ 30% de la terre battue utilisée sur les courts provient de cette entreprise.


La terre battue est un élément essentiel de l’identité de Roland-Garros. D’un rouge brun doux, ce type de revêtement cache un savoir-faire belge. En effet, c’est dans une usine située près d’Anvers que les briques utilisées pour créer la surface des courts sont broyées et tamisées avant d’être expédiées vers la France. Alexander Van de Mosselaer dirige cette entreprise centenaire, la seule en Belgique à produire de la terre battue. Les briques, en provenance de France, sont envoyées dans son usine pour être transformées.

« C’est une brique française qui vient spécialement ici en Belgique parce qu’on est bien équipé pour bien faire ça », explique-t-il. Le processus de transformation est minutieux : les briques, souvent de second choix – abîmées ou surcuites – sont écrasées, broyées plusieurs fois, puis soigneusement tamisées. « C’est un broyage, un tamisage très méticuleux, très précis », souligne-t-il.

Pour le chef d’entreprise, l’originalité de Roland-Garros réside également dans la teinte précise de la terre. « C’est quoi la couleur Roland-Garros ? Pour moi, c’est un rouge brun doux », décrit-il, en comparant son métier à celui d’un cuisinier : « Une brique n’est pas l’autre, donc il faut bien connaître le métier. C’est un peu la même chose que cuisiner. »

Bien que la terre de Roland-Garros capte l’attention, elle ne constitue qu’une infime partie de l’activité de l’usine d’Alexander. « La terre de Roland-Garros est un produit de niche, à peine 1% de la production », précise-t-il. En Belgique, « à quelques exceptions près, tous les terrains de tennis se fournissent ici ». En France, environ 30% de la terre battue utilisée sur les courts provient de cette entreprise.

Cette année, Alexander et son épouse ont fait le déplacement vers Paris et ont pris place dans les tribunes du court Philippe-Chatrier, le court principal du tournoi, pour voir « leur » terre battue en action. « Vous êtes rentré dans le stade, votre regard s’est porté sur quoi ? » lui demande-t-on. « Plus sur la terre battue que sur les joueurs ou joueuses », sourit-il. « Je suis obsédé par la couleur spécifique. On voit toute la brique pilée ici, mais une fois qu’elle est là, quand tu vois la grandeur du court, ça vous prend quand même. »

De retour dans son bureau, entre gestion de la production, commandes et livraisons, l’entrepreneur reste humble, mais avec une certaine fierté. Fournir Roland-Garros demeure une vitrine prestigieuse pour cette entreprise familiale qui, depuis plus d’un siècle, maintient un savoir-faire discret mais essentiel pour des milliers de joueurs et joueuses de tennis, tant en Belgique qu’à l’étranger.