Révélations ou manipulations ? Enquête sur l’audiovisuel public en France
Le rapport se trouve dans la salle 6634, au 2e étage du Palais Bourbon qui abrite l’Assemblée nationale française. Le lundi, les 30 membres de la commission, issus de tous les groupes à l’Assemblée nationale, devaient voter pour ou contre la publication du rapport.
Le rapport est accessible dans la salle 6634, située au deuxième étage du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française. Les membres de la commission d’enquête doivent se réunir pour découvrir les résultats de leur travail, avec des mesures strictes en place pour garantir la confidentialité. Les téléphones portables sont prohibés, et la prise de photographies de sections sensibles est étroitement surveillée. Aucune version numérique du rapport ne sera publiée. Les députés ne peuvent que prendre des notes sur du papier.
Le secret doit être absolu. Lundi, les 30 membres de la commission, représentant tous les groupes à l’Assemblée nationale, doivent voter sur la publication du rapport. Si le vote est négatif, le rapport sera scellé et ne sera plus accessible, pour toujours. Cette situation a rapidement suscité un débat animé en France. D’un côté, l’idée de publication pour des raisons de transparence, de l’autre, la crainte que le document soit perçu comme biaisé et amène à un classement sans suite.
Pour Bernard Cools, chargé de cours à l’UCLouvain spécialisé dans la structure et la régulation des médias, il est surprenant de constater ce décalage entre la confidentialité et une commission très médiatisée. Il déclare : « C’est très étonnant ce contraste entre le secret et une commission hypermédiatisée à grand renfort de punchlines. Des représentants du peuple qui garderaient le résultat pour eux, c’est particulier. Décider de ne pas publier ce rapport serait une grosse faute. Après avoir montré urbi et orbi qu’on enquêtait, garder le résultat secret serait pour le moins étrange. »
Ce vendredi soir, malgré l’interdiction de divulguer des informations, l’Agence France Presse publie des éléments du rapport. Selon des « sources proches de la commission », il recommande la suppression de la chaîne jeunesse France 4, ainsi que la fusion de France 5 avec France 2 et France Info avec France 24. Ces mesures visent à dégager un milliard d’euros alloués par l’État à l’audiovisuel public.
Le rapport stipule également que les dirigeants de France Télévisions et de Radio France soient nommés par le président de la République, que 75 % du budget alloué aux jeux et divertissements soit supprimé, et que la radio « le Mouv’, dédiée au Hip-hop, cesse d’exister. Ces économies seraient estimées à 120 millions d’euros.
Contacté par l’AFP, le rapporteur de la commission d’enquête a dénoncé ces fuites, sans confirmer ni infirmer le contenu divulgué.
L’initiative du rapport vient d’une commission d’enquête instaurée par des représentants de la droite et de l’extrême droite en réponse à des accusations selon lesquelles le service public de l’audiovisuel favoriserait certains partis politiques. Tout commence en septembre 2025, lorsqu’un site d’extrême droite, « l’Incorrect », diffuse une vidéo présumant des liens entre journalistes et membres du Parti socialiste. Suite à cela, des journalistes de France Inter, Patrick Cohen et Thomas Legrand, se défendent contre les critiques, mais la droite et l’extrême droite en profitent pour s’en prendre au service public.
En octobre, le groupe Union des Droites pour la République, classé à l’extrême droite, impose la création d’une commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Tous les acteurs du service public seront alors convoqués : dirigeants, journalistes vedettes, chroniqueurs et collaborateurs indépendants, pour examiner la manière dont ils opèrent et le temps accordé à toutes les opinions politiques. L’un des points centraux porte sur la qualification du Rassemblement National d’extrême droite et sur son statut par rapport aux autres partis.
Charles Alloncle, rapporteur de la commission, est sous les feux des projecteurs, soutenu par l’extrême droite mais critiqué par d’autres segments de la politique. Ses déclarations préalables anti-services publics suscitent des avis divergents et déclenchent des tensions avec des figures comme Nagui, lors d’auditions, où des menaces de plaintes ont même été évoquées par des députés.
Le syndicat national des journalistes (SNJ) a récemment mis en lumière une augmentation inquiétante des agressions physiques et verbales contre des journalistes, liant cette tension à la montée de discours maccarthystes. Suite à la clôture de l’enquête, le SNJ a exprimé ses préoccupations, affirmant qu’une telle tenue des débats pourrait présager des temps difficiles pour l’ensemble de la société française sous une gauche radicale.
Enfin, ces débats alimentent les craintes d’une volonté de dissimuler des vérités au public si le rapport ne suscite pas l’intérêt des acteurs politiques.

