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Ratko Mladic, génocidaire enterré en héros, divise la Serbie et défie l’Europe.

Ratko Mladic, tristement célèbre sous le nom de « Boucher des Balkans », est décédé à l’âge de 84 ans à La Haye, aux Pays-Bas, où il purgait une peine de réclusion à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, des actes commis durant la guerre de Bosnie dans les années 1990. Bien qu’il n’ait pas bénéficié d’obsèques nationales, une cérémonie militaire a eu lieu, attirant la présence de plusieurs figures politiques et religieuses serbes, dont le patriarche de l’Église orthodoxe serbe et des représentants de la République serbe de Bosnie.

Le 7 septembre 2026, une messe a été célébrée à l’église Saint-Luc de Belgrade en mémoire de Mladic. Les participants, bien que moins nombreux que prévu, étaient en nombre suffisant pour susciter des réflexions sur le soutien persistant à sa mémoire. Neira Sabanovic, spécialiste des Balkans occidentaux, souligne que la mise en scène de ces funérailles revêt une importance bien plus grande que le simple nombre de personnes présentes. Elle affirme que le véritable enjeu réside dans la perception institutionnelle de Mladic, plutôt que dans l’opinion populaire.

Pour Sabanovic, la glorification de Mladic s’explique par la manière dont les guerres des années 1990 sont racontées en Serbie. Dans certaines franges de la société, il est perçu comme un défenseur du peuple serbe, et sa condamnation n’a pas réussi à effacer cette image. Elle évoque un « processus psychologique de déni » qui s’installe lorsque des figures militaires deviennent des symboles identitaires. Reconnaître les crimes de Mladic pourrait être perçu comme une menace pour l’identité collective serbe.

Ce déni ne signifie pas que les crimes sont complètement niés, mais ils sont souvent relativisés en rappelant les souffrances des Serbes lors des conflits précédents. Sébastien Gricourt, co-directeur de l’Observatoire des Balkans de la Fondation Jean Jaurès, abonde dans ce sens, notant que la Serbie est en proie à des mythes et à une instrumentalisation des faits historiques.

La question de la mémoire est d’autant plus complexe dans un contexte où une génération a grandi sans connaître les événements des années 1990. Sabanovic et Gricourt s’accordent à dire que l’enseignement de cette période est insuffisant, ce qui facilite l’adhésion à des narratifs populistes. La manipulation de l’histoire est également liée à un système politique en Serbie, où le clientélisme et la corruption sont omniprésents, et où le pouvoir est centralisé sous le régime d’Aleksandar Vučić.

Les deux experts mettent en lumière le recul des médias indépendants, soulignant que la mémoire de la guerre est utilisée comme un outil politique pour détourner l’attention des responsabilités du pouvoir en présentant les Serbes comme des victimes. Cette dynamique est renforcée par des relations étroites avec la Russie, qui alimentent des récits anti-occidentaux.

Enfin, la situation de Mladic pose un défi pour l’Union européenne, qui prône la réconciliation et l’État de droit. La commissaire européenne, Marta Kos, a annulé une visite en Serbie, déclarant que la glorification de Mladic est incompatible avec les valeurs de l’UE. Les experts s’interrogent sur la volonté réelle de la Serbie de s’engager sur la voie européenne, arguant que le système politique actuel n’a guère d’intérêt à entreprendre les réformes nécessaires. Pour Gricourt, seule une démocratisation véritable de la Serbie pourra apaiser les tensions dans la région.