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Rapport CyclOpe 2026 : la crise du détroit d’Ormuz met fin à la « mondialisation heureuse »

Le rapport CyclOpe, créé par Philippe Chalmin et publié pour la première fois en 1987, rassemble chaque année des experts qui analysent les marchés des matières premières. L’édition 2026 contient 874 pages et a nécessité l’ajout d’une cinquantaine de pages pour évaluer les conséquences économiques de la situation au Moyen-Orient.


Créé par l’économiste libéral et historien Philippe Chalmin, expert reconnu des matières premières, le rapport CyclOpe est publié pour la première fois en 1987. Chaque année, il rassemble de nombreux experts pour analyser les marchés du pétrole, du gaz, des métaux, des céréales, des engrais et des terres rares.

L’édition 2026, qui compte 874 pages et pèse près de 2 kg, a nécessité l’ajout d’une cinquantaine de pages en raison de la situation au Moyen-Orient, afin d’évaluer les conséquences économiques de ce nouveau choc géopolitique.

Les matières premières : le baromètre de toutes les tensions

Philippe Chalmin affirme que cet épisode va au-delà de la simple question énergétique et représente un nouveau marqueur dans la remise en question de la mondialisation telle que nous l’avons connue ces 30 dernières années. Pour lui, les matières premières sont devenues, selon ses mots, « la caisse de résonance de toutes les instabilités et crises politiques et économiques de la planète« .

Pour mieux comprendre cette analyse, Chalmin remonte à plusieurs décennies. À ses yeux, le tournant a lieu entre 1971 et 1985. En 1971, le système monétaire de Bretton Woods, qui avait stabilisé les monnaies occidentales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, disparaît. En 1986, l’OPEP perd sa capacité à contrôler durablement le prix du pétrole. Dès lors, les garde-fous disparaissent et les marchés deviennent nettement plus volatils, avec chaque conflit, embargo, catastrophe climatique ou innovation technologique ayant un impact direct sur les prix mondiaux.

Cependant, il souligne que certaines lois économiques restent en vigueur : à long terme, les marchés suivent toujours la logique de l’offre et de la demande ; les périodes de pénurie entraînent des investissements qui, in fine, accroissent la production et font retomber les prix.

La fin de la « mondialisation heureuse »

Les cycles économiques se déroulent désormais dans un cadre beaucoup plus instable. Philippe Chalmin considère que nous assistons à la fin de ce qu’il appelle la « mondialisation heureuse« . Après la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, le retour des tensions commerciales et la crise du Golfe, une nouvelle séquence historique se profile.

La fermeture du détroit d’Ormuz illustre cette situation de manière spectaculaire. Chalmin déclare : « C’est l’événement extrême« . Pendant des décennies, l’importance stratégique d’Ormuz était reconnue, mais peu de personnes pensaient à son éventuel blocage. Ce détroit est crucial pour une part considérable des échanges énergétiques mondiaux : il représente près de 20 millions de barils de pétrole par jour, un tiers du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, ainsi que de nombreux échanges commerciaux entre l’Asie, le Golfe et le reste du monde.

Cette crise met en lumière la fragilité d’une mondialisation reposant sur quelques points de passage vitaux. Ainsi, le cours de l’histoire de la mondialisation change.

La résilience de nos marchés devrait nous permettre d’éviter la stagflation

Philippe Chalmin appelle néanmoins à la nuance. Contrairement aux chocs pétroliers des années 1970, les marchés ont montré une certaine résilience. Bien que les prix du pétrole aient fortement augmenté, ils demeurent, selon lui, relativement modérés par rapport à la gravité de la situation.

Il n’anticipe pas un scénario de stagflation similaire à celui des années 1970. L’Europe vit une croissance faible mais une inflation maîtrisée, tandis que les États-Unis continuent de croître malgré les tensions sur les prix. Chalmin pense qu’une fois la circulation rétablie dans le détroit d’Ormuz, les marchés pourraient rapidement revenir à une situation d’excédent pétrolier, avec un prix du baril retournant vers les niveaux pré-crise.

Ce mini choc pétrolier relance les débats sur la transition énergétique, ravivant l’appétit et la compétition pour tous les métaux nécessaires à cette transition, ouvrant ainsi un nouveau cycle de tensions. En somme, un indicateur constant demeurera que l’œil du CyclOpe continuera à observer : les matières premières.