Belgique

Prix en baisse dans les supermarchés belges : Pierre-Alexandre Billiet évoque une anomalie.

Selon le panier comparatif réalisé par HLN sur une trentaine de produits de base, toutes les grandes enseignes ont réduit leurs prix entre fin février et mi-mai. Pierre-Alexandre Billiet affirme que « la grande distribution est en train de retenir son souffle pour ne pas augmenter ses prix en urgence et ne pas choquer le consommateur ».


Selon une étude comparative menée par HLN sur une trentaine de produits de base, toutes les grandes enseignes ont baissé leurs prix entre fin février et mi-mai. Albert Heijn enregistre la diminution la plus importante, avec près de 7%, suivi de Delhaize à -5,5%. Colruyt demeure l’enseigne la moins cher dans l’ensemble, tandis qu’Aldi et Lidl sont en concurrence très serrée.

Cette tendance se reflète dans les prix de produits courants. Le prix du kilo de bananes est ainsi passé de 1,29 euro à 1,15 euro dans plusieurs magasins. Chez Albert Heijn, une salade iceberg est désormais proposée à moins de 90 centimes, contre 1,29 euro il y a quelques mois.

Pour Pierre-Alexandre Billiet, cette dynamique contredit les mécanismes économiques traditionnels. « On voit que malgré le contexte inflationniste, les prix en supermarché continuent de baisser. C’est une réaction complètement anormale », a-t-il déclaré. « Le système est en train de se creuser un trou en matière de marge économique. »

En théorie, les augmentations des coûts de production devraient se répercuter sur les consommateurs. Les économistes parlent d’un mécanisme de « pass through », qui s’effectue généralement après trois à six mois. « Depuis la crise du coronavirus, ce délai s’est toutefois réduit à un à trois mois », a précisé Pierre-Alexandre Billiet.

Malgré une inflation ayant grimpé d’environ 1,5 % à près de 4 % le mois dernier, les prix restent artificiellement bas. « La grande distribution retient son souffle pour éviter une hausse immédiate de ses prix et ne pas choquer le consommateur », analyse l’économiste.

Selon lui, cela s’explique par une concurrence accrue entre les enseignes belges, mais aussi par la pression de plateformes internationales comme Shein, Temu ou Alibaba. « La Belgique est devenue un terrain de jeu pour les acteurs internationaux. Les prix ne répondent plus à une logique économique normale, mais à une logique économique synthétique. C’est-à-dire que les prix sont maintenus artificiellement bas », affirme-t-il.

Pierre-Alexandre Billiet craint qu’un ajustement brutal se produise lorsque les distributeurs ne pourront plus absorber les hausses de coûts. « Le jour où les prix augmenteront, cela risque de se faire de manière abrupte. On ne parlera plus d’une petite hausse désagréable, mais d’un véritable choc des prix, et cela se fera au détriment des consommateurs. »

Une autre conséquence indirecte de cette pression sur les marges est la multiplication des pratiques de « shrinkflation », qui consistent à réduire la quantité d’un produit sans baisser le prix de manière équivalente.

L’enquête de HLN met en avant le cas de shampoings Head & Shoulders commercialisés chez Albert Heijn et Delhaize. Le format serait passé de 300 ml à 250 ml, alors que le prix augmentait légèrement. Reporté au litre, le produit devient donc beaucoup plus cher.

Le ministre de la Protection des consommateurs, Rob Beenders (Vooruit), a annoncé vouloir renforcer les règles de transparence afin que les consommateurs soient clairement informés lorsque les quantités diminuent.