Belgique

Prière parlementaire : la religion doit-elle rester en dehors de la politique ?

Le 21 octobre prochain, le Club Prince Albert à Bruxelles accueillera une rencontre inédite, réunissant des élus de divers horizons politiques pour une « prière parlementaire ». Cet événement, qui se veut un espace d’échange entre foi et politique, verra la participation de l’ancien ministre de la Justice et vice-Premier ministre Koen Geens (CD&V) en tant qu’invité principal. Les participants auront l’occasion de réciter ensemble le Notre Père et de discuter de l’interaction entre leurs croyances et leurs responsabilités politiques.

Cette initiative est portée par Olivier de Clippele, ancien sénateur du Mouvement Réformateur (MR), qui souligne que cette rencontre n’a pas pour but de faire pression ou de revendiquer une position militante. Il s’agit plutôt d’un rassemblement de personnes engagées politiquement, souhaitant explorer la relation entre leur foi et leur action publique.

L’événement de cette année fait suite à une première rencontre l’an dernier, qui avait rassemblé environ soixante personnes, dont une dizaine de parlementaires. Les invitations ont été envoyées à des élus de tous niveaux de pouvoir, qu’ils soient fédéraux, wallons, bruxellois ou flamands. La rencontre se veut œcuménique, ouverte aux catholiques, protestants, évangéliques et anglicans, tout en reconnaissant que l’initiative reste majoritairement chrétienne pour le moment. Olivier de Clippele n’exclut pas la possibilité d’une démarche interreligieuse à l’avenir.

Interrogé sur l’importance de ces rencontres, de Clippele explique que la spiritualité peut enrichir le processus décisionnel. Il rappelle que les enjeux politiques ne se limitent pas à des considérations budgétaires et que derrière chaque chiffre se cachent des êtres humains. Les organisateurs souhaitent également favoriser le dialogue entre les élus flamands et francophones, souvent séparés par des clivages linguistiques.

Cependant, certains élus expriment des réserves quant à leur participation. Plusieurs d’entre eux, même croyants, craignent que leur présence à cet événement soit mal perçue. De Clippele a reçu des témoignages d’élus qui soutiennent l’initiative mais hésitent à s’afficher publiquement, craignant que leur engagement religieux nuise à leur carrière. Les organisateurs ont prévu de garder la rencontre discrète, sans couverture médiatique, et les noms des participants ne seront pas divulgués. Le Club Prince Albert, un espace habituellement réservé au personnel militaire, servira de cadre à cette prière.

Le Centre d’Action Laïque a exprimé ses inquiétudes face à cette initiative. Son président, Thomas Gillet, ne conteste pas le droit des élus à pratiquer une religion, mais il insiste sur la nécessité de séparer convictions personnelles et exercice du pouvoir. Pour lui, une telle rencontre pourrait signaler une volonté d’influencer les décisions politiques par des considérations religieuses, ce qui pourrait nuire à la laïcité de l’État.

Gillet appelle les parlementaires à boycotter l’événement, soulignant que les croyances doivent rester une affaire personnelle et ne pas interférer avec la législation. Il propose que des figures politiques influentes se prononcent sur cette question, en attendant de voir comment le débat public évoluera à l’approche de la prière parlementaire, dont la tenue pourrait susciter des discussions animées dans les couloirs du Parlement.