Belgique

Pollution record de l’air en Wallonie : mauvaise information après l’incendie des Hautes Fagnes

« J’aurais souhaité être informé plus tôt », déclare Elie Deblire, bourgmestre de Vielsalm, après avoir reçu une alerte du gouverneur à 23h36, alors que le pic de pollution avait eu lieu à midi. Ce retard a suscité des préoccupations quant à la gestion de la crise.

Le bourgmestre souligne que la situation était déjà perceptible : « Le brouillard qui a enveloppé la région dimanche matin était évident. J’ai même conseillé à un club de sport d’annuler ses matchs, par simple bon sens. Si j’avais été informé des niveaux de pollution, j’aurais alerté la population pour éviter toute activité en extérieur. »

Les images satellites montrent des fumées visibles jusqu’au nord de la France, où elles apparaissent plus grises que les nuages environnants. Ces fumées, issues des incendies dans les Hautes-Fagnes, ont été transportées par des vents du sud, atteignant même le sud de la province de Namur. Nicolas-Xavier Ladouce, de la RTBF, précise que ces particules ont été piégées dans les basses couches de l’atmosphère en raison de la grisaille, avant d’être poussées vers l’ouest.

La pollution a touché trois provinces : Liège, Luxembourg et Namur. Des mesures ont révélé des concentrations alarmantes de particules fines, atteignant près de 800 microgrammes par mètre cube d’air. Selon le site Wallonair, la qualité de l’air est jugée « bonne » entre 21 et 35 microgrammes de PM10, « mauvaise » entre 96 et 110, et « exécrable » au-delà de 140. À Vielsalm, la station a enregistré 652 µ/m³ de PM2,5, un niveau jugé exécrable à partir de 75 µ/m³.

Les communes du sud-est de la province de Liège, comme Malmedy et Stavelot, ont été particulièrement touchées. La pollution a également atteint Bastogne, où le pic de PM10 a atteint 228 microgrammes/m³, et Sinsin en province de Namur, avec 255 microgrammes/m³.

Les effets sur la santé des microparticules sont préoccupants, entraînant des réactions inflammatoires à court terme et des maladies chroniques à long terme, comme l’explique le site de Wallonair. Anne-Claude Romain, directrice du laboratoire SAM à l’Uliège, souligne que ces particules, invisibles à l’œil nu, peuvent être inhalées et pénétrer profondément dans les voies respiratoires.

La pollution a des conséquences sur l’espérance de vie, augmentant le risque de mortalité et de maladies graves. Wallonair précise que lors de pics de pollution, le nombre d’hospitalisations et l’absentéisme augmentent, affectant particulièrement les personnes à risque.

Malheureusement, la communication sur la crise a été insuffisante. Les recommandations pour rester à l’intérieur et fermer les fenêtres n’ont été diffusées que dimanche soir par l’Aviq, l’agence wallonne de santé environnementale. Bien que des alertes aient été publiées sur les réseaux sociaux par des bourgmestres et des services de secours, aucun SMS d’alerte n’a été envoyé aux citoyens.

La chaîne de décision en cas de crise est complexe. Denis Mathen, gouverneur de Namur, explique que les gouverneurs et bourgmestres dépendent des informations fournies par la région wallonne. Le communiqué de l’Aviq n’est parvenu qu’en soirée, après avoir été relayé par le Cortex, le centre de coordination des risques. Philippe Maetz, porte-parole de la cellule interrégionale de l’environnement, a précisé qu’un seuil de pollution doit être dépassé pendant 24 heures pour déclencher une alerte.

En France, l’association ATMO Grand Est a également déclenché une alerte à la pollution, conseillant à la population d’éviter certaines activités. Près de 100.000 masques FFP2 ont été distribués aux services de secours et aux populations vulnérables, alors que le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, a annoncé des mesures pour faire face à la situation, qui pourrait perdurer.