
Patrick Bruel ne va pas en prison après son inculpation.
Patrick Bruel a été inculpé de viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, selon un juge du tribunal de Nanterre. Le parquet a requis le placement en détention provisoire du chanteur de 67 ans, qui a été remis en liberté sous contrôle judiciaire.
Le chanteur et acteur français Patrick Bruel, faisant l’objet de plusieurs plaintes de femmes pour violences sexuelles, a évité la détention provisoire, ce qui signifie qu’il ne sera pas incarcéré. Il a été placé sous contrôle judiciaire après son inculpation. Celui-ci est mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, selon les déclarations d’un juge du tribunal de Nanterre, révélées mercredi soir. Les actes reprochés se seraient déroulés entre 2008 et 2019 en France et en Belgique. Parmi les plaintes, celle de l’attachée de presse belge Karine Viseur a été requalifiée en tentative de viol, comme l’a souligné un communiqué du ministère français de la Justice.
Le parquet avait demandé la détention provisoire du chanteur de 67 ans, qui s’est présenté à l’audience vêtu d’un pull noir et d’un jean gris foncé, l’air fatigué, accompagné de ses trois avocats, Céline Lasek, Fanny Colin et Christophe Ingrain.
Le juge des libertés et de la détention a également noté que M. Bruel a été déclaré témoin assisté dans d’autres affaires, sans précisions sur ces dernières. Il a expliqué que les juges d’instruction qui l’ont auditionné plus tôt dans la journée ont décidé de le placer sous contrôle judiciaire, mais le parquet a ensuite saisi le juge des libertés pour réclamer une détention provisoire.
Le ministère public a également demandé que les débats soient tenus à huis clos, une demande qui sera évaluée par le juge. Mercredi matin, le parquet avait annoncé avoir requis l’ouverture d’une information judiciaire contre Bruel, ainsi que sa mise en examen pour des faits de viol, de tentative de viol, d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel concernant neuf victimes présumées, portant sur des événements s’étalant de 2000 à 2019.
Parmi ces neuf victimes, quatre ont déposé plainte avec constitution de partie civile, notamment pour des faits qui avaient déjà été classés. Les procédures concernant 13 autres plaignants, dénonçant des viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel commis entre septembre 1992 et septembre 2008 ont été ajoutées au dossier, bien que ces faits « soient apparus couverts par la prescription à ce stade », a précisé le parquet, qui regroupe toutes les procédures visant le chanteur.
Les procédures concernant 13 autres personnes dénonçant des viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel commis entre septembre 1992 et septembre 2008 ont également été ajoutées au dossier de l’information judiciaire, bien que ces actes soient « apparus couverts par la prescription à ce stade », a expliqué le parquet.
Cette addition vise à déterminer si la prescription « est acquise » et à permettre « de comprendre les faits reprochés à Patrick Bruel ». L’artiste a été placé en garde à vue pendant 48 heures, ayant été interrogé par des enquêteurs de la police judiciaire parisienne. Ses avocats avaient indiqué lundi que le chanteur avait « fait savoir qu’il était à la disposition de la justice, pour pouvoir enfin répondre dans le cadre de la procédure judiciaire, devant l’autorité compétente ». Ils n’ont pas encore commenté depuis mercredi.
« On va pouvoir travailler avec la justice », a déclaré à l’AFP Me Myriam Guedj-Benayoun, avocate de deux femmes accusant Patrick Bruel d’agressions sexuelles à Bruxelles en 2010 et à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) en 2015. « C’est une vraie première victoire judiciaire pour les victimes. J’ai une pensée particulière pour Daniela Elstner, qui a courageusement ouvert la voie et grâce à qui cette procédure en est là », a réagi son avocate, Me Jade Dousselin.
Selon Mediapart, qui a révélé l’affaire le 18 mars, Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance, accuse Patrick Bruel de l’avoir agressée sexuellement et d’avoir tenté de la violer en novembre 1997 lors du festival du Film français d’Acapulco (Mexique), alors qu’elle avait 26 ans.
Le parquet a « pris la mesure de la gravité et de la multitude des faits et d’un éventuel risque de renouvellement et de pressions sur les victimes ou les témoins », a affirmé Me Iris Biehler, avocate d’une femme ayant accusé le chanteur d’agression sexuelle à Perpignan en 2019, ainsi qu’une autre dénonçant une tentative de viol à Neuilly en 2019, en parlant « d’un signal fort de l’accusation ».
Cette prise de conscience arrive cependant tardivement pour Me Carine Durrieu Diebolt, qui représente une des plaignantes. « Dans un dossier qui est potentiellement très médiatique (…), combien de femmes faut-il pour accuser une célébrité, pour aboutir à des poursuites judiciaires? », s’est-elle interrogée sur BFMTV. Elle a tenu à saluer le courage de toutes celles qui ont témoigné face à une célébrité.
Lors de la garde à vue de l’artiste, trois nouvelles plaintes pour viols et tentative de viol ont été déposées par Mes Guedj-Benayoun et Corinne Herrmann. La cliente de Me Guedj-Benayoun, avocate également d’Ophélie Fajfer, dont la plainte classée sans suite en 2022 a été rouverte en mai, dénonce une tentative de viol en 2000, alors qu’elle avait 19 ans, au domicile du chanteur.
Les deux femmes représentées par Me Herrmann – également avocate de la journaliste Flavie Flament qui accuse l’artiste de l’avoir violée adolescente en 1991 – ont déclaré vouloir être entendues par un juge d’instruction concernant leurs accusations de viols.
Sous pression, Patrick Bruel, qui conteste l’ensemble des accusations, a annoncé l’annulation de la majeure partie de sa prochaine tournée, qui devait commencer à Paris mi-juin avant de l’emmener dans divers festivals.
