Belgique

Partis, syndicats, droite, gauche : qui profite du 1er mai ?

Le 1er mai 2024, le MR organise son événement à Blegny-Mine, qui est « un des derniers charbonnages wallons à avoir fermé, un lieu de mémoire inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco ». En Flandre, le PTB et le Vlaams Belang sont les deux partis qui capitalisent le plus sur cette date, le Vlaams Belang célébrant cet événement depuis les années 1990.

Une fête associée à une gauche en perte de vitesse chez les travailleurs

Le 1er mai « trouve son origine dans le combat pour la journée de huit heures, c’est un des combats et un événement majeur de la gauche« , a rappelé Alain Gerlache. Depuis l’instauration de la Fête des travailleurs, les cortèges sont animés par les socialistes et les syndicats de gauche, la FGTB en tête en Belgique, représentant les travailleurs durant des années.

Au sein des cortèges, la compétition entre les forces de gauche pour s’approprier l’événement demeure essentielle. Le PS a annoncé qu’il prononcera son discours la veille, le 30 avril, afin de devancer les autres partis. Le PTB a prévu une série d’événements pour se rendre très visible. « Écolo adopte une approche modeste, s’associe à des événements, mais ne les revendique pas« , observe le chroniqueur de De Morgen. « On constate dans le défilé ce débat sur qui marche en tête, ou derrière, qui dirige la discussion« , selon Isolde Van den Eynde.

Dans cette lutte pour l’hégémonie, « le PS et la FGTB semblent un peu traditionnels« , juge Alain Gerlache, ajoutant que « avec leur manifestation habituelle, les brochettes, les fanfares… Peut-être qu’il est temps qu’ils se remettent en question et envisagent une manière de célébrer le 1er mai qui soit plus en accord avec l’époque« . Pour la journaliste du Het Laatste Nieuws, l’engagement de la gauche traditionnelle ressemble à une fête nostalgique : « Nous allons voir les socialistes, les mutuelles, les syndicats réunis pour représenter les travailleurs, mais en réalité, les travailleurs se retrouvent également chez de nombreux autres partis« .

Manifestation du 1er mai 2024, à Bruxelles. © Dursun Aydemir/Anadolu via Getty Images

Le 1er mai, une occasion pour le MR de célébrer la droite populaire

Isolde Van den Eynde explique : « En Wallonie, le MR veut mettre le PS du côté des gens qui ne travaillent pas, l’accusant d’être responsable du niveau du chômage, et souhaite reprendre la voix des travailleurs« .

Le parti libéral organise cette année son événement du 1er mai à Blegny-Mine, « un des derniers charbonnages wallons à avoir fermé, un lieu de mémoire inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco« , rappelle Alain Gerlache. « C’est un symbole de l’identité historique de la gauche que le MR veut s’approprier. Le projet de droite populaire de Georges-Louis Bouchez, c’est de prendre la place de la gauche« .

En Flandre, la gauche a en partie perdu les voix des travailleurs. « L’ouvrier traditionnel, les enseignants, les infirmières, votent aussi à droite désormais« , indique la journaliste flamande. « Vooruit est très différent du PS, il se concentre beaucoup sur les travailleurs, car d’autres partis récupèrent leurs voix« .

En Flandre, à chaque parti sa fête, au Vlaams Belang le 1er mai

Cependant, les partis ne seront pas tous aussi présents dans les cortèges au nord du pays. « Les partis ne se mélangent pas vraiment. On n’entend pas les centristes, le CD&V attend son jour de fête : l’ascension. La N-VA reste également très silencieuse, leur jour de la fête de la Flandre, le 11 juillet, n’est pas du tout récupéré par les autres« , explique Isolde Van den Eynde.

À ses yeux, les deux partis qui tirent le plus profit de cette journée sont le PTB et le Vlaams Belang : « Ce dernier célèbre le 1er mai depuis les années 1990. Cette année, le parti le fêtera à Ninove, la première ville à avoir un bourgmestre du Vlaams Belang. Le parti se positionne aussi comme le syndicat des Flamands ordinaires. Bien qu’il soit souvent en concurrence avec les syndicats, il est souvent d’accord avec eux sur des questions économiques« .

Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.