Belgique

« Parlons Solutions et mobilité : le train de nuit, solution vacances ? »

Le train de nuit reliant Paris à Berlin, opéré par European Sleeper, a été ouvert depuis fin mars. À début mai, plus de 40.000 billets ont été vendus et plus de 8500 voyageurs ont déjà embarqué.


Dimanche 3 mai, il est 20h59. Sur le quai numéro 4 de la gare de Mons, l’heure de départ est arrivée. Direction Berlin en train de nuit. Pour de nombreux voyageurs de la région, c’est une première. L’excitation se fait sentir chez Elisa, venue d’Ath avec sa famille : « On est contentes de tester une nouvelle chose, mais pas trop d’appréhension. On teste et on verra. » À quelques cabines de là, Cédric, habitant de Mons, partage son enthousiasme : « C’est déjà l’aventure, c’est ça qui est chouette aussi, c’est une expérience. J’ai 50 ans et c’est la première fois que je vais faire un voyage dans un train de nuit, train couchette en plus. »

**Une expérience entre curiosité et excitation**

À la gare de Mons, une vingtaine de personnes montent dans le train de nuit reliant Paris à Berlin d’European Sleeper. Ils proviennent principalement de la région, attirés par l’opportunité de rejoindre la capitale sans avoir à se rendre à Bruxelles. Alix, qui suit la compagnie ferroviaire sur les réseaux sociaux, a découvert la nouvelle dans une de leurs newsletters : « Je l’ai appris dans l’une de leurs newsletters, alors directement j’ai sauté sur l’occasion. Peu importe la destination, l’occasion de partir depuis Mons était trop belle. » Pour Vinciane, la maman d’Elisa, la situation a été différente : « Nous avions réservé au départ de Bruxelles, puis finalement nous avons vu qu’un départ de Mons était possible. Alors nous avons demandé un changement : c’est super de pouvoir partir d’ici, c’est bien plus simple en termes d’organisation. » Une fois à bord, chacun s’installe dans un espace restreint, mais fonctionnel, selon Alix qui rigole : « On prend un peu possession de notre petite cabine, donc chacun doit trouver sa place dans 4 mètres carrés. » Elisa ajoute : « J’ai hâte de voir un peu l’intérieur et tout, comment ça va se passer, si on va bien dormir. »

**Prix et écologie : motivations majeures des voyageurs**

Tous ont choisi le train de nuit, souvent pour des raisons similaires : le prix, l’écologie et le repos. Cédric met en avant un compromis intéressant. Pour trois personnes, il a déboursé 600 euros aller-retour en train de nuit, alors qu’en avion, le trajet aurait coûté entre 700 et 800 euros. Pour lui, il n’y a donc pas de débat : « Étonnamment, le prix du billet de train de nuit était moins cher que le prix d’un billet d’avion. Donc il y a cet aspect économique, mais aussi écologique et un peu aventurier. Finalement, on allie une économie sur le CO2, une économie sur le porte-monnaie et on va mieux profiter de nos journées puisque demain matin, on arrive à 7h15 à Berlin et on aura toute la journée pour commencer les visites. »

L’aspect écologique est également important, évoqué par presque tous les voyageurs, comme Xavier, originaire du Borinage : « Il y a une raison écologique, c’est de dire de diminuer l’empreinte carbone. On voulait essayer le train et le fait qu’il s’arrête à Mons, c’était vraiment un chouette choix. » Sa femme, Alix, ajoute : « On ne veut plus prendre l’avion pour des petits séjours, alors le fait que ce train passe à Mons, on a sauté sur l’occasion ! » Ce trajet en train émet 71% d’émissions de carbone en moins que l’avion, et bien moins que la voiture. Ce choix de mobilité durable séduit aussi des voyageurs à la recherche d’une nouvelle façon de voyager, entre désir d’aventure et attrait pour les paysages.

**Repos et aventure dans l’esprit des passagers et de la compagnie**

Pour ces néophytes du train de nuit, le repos et l’aventure sont deux des intérêts. Vinciane souligne que voyager en train de nuit combine ces deux éléments : une aventure familiale et des moments de partage dès les débuts du voyage. « On espère se reposer un maximum pour être d’attaque pour la grande journée qui nous attend demain et les prochains jours, vu qu’on reste plusieurs jours. Le repos, justement : profiter du train couchette et ne pas être fatigué du trajet. On va aussi passer des moments tous ensemble, ce qui ne peut pas se faire en voiture car l’un conduit, l’autre regarde son téléphone, c’est plus compliqué. » European Sleeper mise beaucoup sur cette approche pour développer son offre de trains de nuit, comme l’explique Anne Dubost, responsable du développement de la compagnie : « Il faut comparer le voyage dans son ensemble. D’abord, on économise une nuit d’hôtel puisqu’on part le soir et on arrive le matin. On ne perd pas de temps. Ensuite, j’entends souvent dire que le trajet, c’est 15 heures depuis Paris. C’est long, mais en fait, on dort. Ce ne serait pas intéressant d’arriver à Berlin à 2 heures du matin. Là, on dort en passant des frontières. » Elle poursuit : « Il y a aussi cet aspect un peu poétique de reconnecter avec le voyage, de regarder le paysage défiler par la fenêtre, de pouvoir marcher dans le train. On peut manger, jouer, dormir… Et puis ça part du centre-ville et ça arrive dans le centre-ville. Il n’y a pas le transfert vers l’aéroport à prendre en compte, ce qui économise du temps et de l’argent. »

**Une nouvelle ligne qui mise sur les territoires**

Ce trajet a été lancé fin mars avec l’ouverture de la ligne d’European Sleeper. Cette coopérative belgo-néerlandaise, qui gère déjà des trains de nuit vers Prague et Milan, a fait le choix stratégique de desservir des villes moins centrales, notamment en Belgique, contrairement à l’ancien train de nuit NightJet Paris-Berlin, géré par la SNCF et ÖBB. « On a changé l’itinéraire, donc le NightJet entre Paris et Berlin passait par Strasbourg et, du coup, ne passait pas par la Belgique. On a rapidement vu qu’un passage par la Belgique nous permettait d’atteindre plus de monde, avec une demande jusqu’à trois fois plus élevée. C’est un des points forts aussi du train de nuit de pouvoir desservir d’autres territoires. Ce n’est pas seulement de capitale à capitale. » Avec cette nouvelle ligne, la compagnie relie désormais Bruxelles à Berlin six jours sur sept et souhaite s’inscrire dans la durée.

**Des prix qui se veulent attractifs**

La compagnie mise également sur des tarifs compétitifs pour attirer une clientèle plus large : « Les premiers prix pour les voitures sièges commencent à partir de 40 euros. La classe classique, ce sont des compartiments couchettes à cinq partagés, à partir de 60 euros. Les voitures-lits à partir de 140 euros, et une catégorie intermédiaire, une couchette de cinq limitée à trois personnes, pour 110 euros. » Ces tarifs dynamiques évoluent selon la demande, comme pour l’avion ou les billets de train longue distance classiques. Il faut donc anticiper pour bénéficier des meilleures offres. Les billets pour la fin d’année seront bientôt mis en vente afin de séduire les familles, les étudiants, les jeunes, les couples et même les voyageurs professionnels, qui représentent jusqu’à présent 15% de la clientèle.

**Une nuit pas toujours calme, mais une expérience positive**

Après une nuit dans le train, celui-ci arrive à Berlin un peu après 7 heures. Au petit matin, les voyageurs dressent un premier bilan de leurs dix heures à bord, entre fatigue relative et satisfaction pour Gaëtan : « On a passé plutôt une bonne nuit, ça s’est bien passé. Heureux d’arriver maintenant à Berlin en forme et prêt pour une bonne journée. » Son fils Max acquiesce, les yeux brillants : « C’était vraiment bien, voir le paysage bouger en étant allongé, c’est magique. » Xavier, lui, est impatient de découvrir Berlin : « Voilà, ce n’est pas la meilleure nuit de ma vie, mais c’est vraiment sympa d’arriver ici. Le soleil se lève et on sait que dans une demi-heure, on est sur place. »

Cédric, prenant le temps de se réveiller, commande un café auprès du steward et explique qu’il est prêt à retenter l’expérience, même si la nuit n’a pas été des plus reposantes : « C’est une expérience assez sympathique à vivre. On ne dort pas aussi bien que dans une chambre d’hôtel. » Il donne aussi quelques conseils à ceux qui envisagent l’expérience : « Prenez des bouchons, car le bruit du train est quand même assez accaparant. » Dai et sa femme s’accordent avec lui : « Un masque de nuit aussi, car la lumière des couloirs reste allumée, donc malgré les rideaux, ça perce un petit peu. » Mais ils anticipent déjà : « C’est à refaire, mais peut-être avec la classe au-dessus où il y a de vrais matelas. »

Du côté d’European Sleeper, Anne Dubost indique bien prendre en compte ces retours : « Le train n’est en service que depuis un peu plus d’un mois, il y a bien sûr des adaptations à faire, on s’y attèle. » Malgré quelques limites en termes de confort, l’expérience convainc. Le train de nuit retrouve ainsi sa place dans les habitudes de voyage comme alternative écologique, solution pratique et aventure ferroviaire.

Chez European Sleeper, on se réjouit des premiers résultats : « À début mai, on a plus de 40.000 billets vendus et plus de 8500 voyageurs déjà embarqués, alors que notre train était limité à 9 voitures. Maintenant, nous récupérons plus de voitures et pouvons accueillir davantage de voyageurs. » Un retour en grâce du train de nuit qui devra encore se confirmer dans le temps pour s’inscrire comme une réelle alternative, bien plus écologique et durable, à l’avion. Entre Bruxelles et Berlin, un avion émet 146 kg de CO2 par passager contre seulement 7,25 kg de CO2 par passager pour un train de nuit.