
Ormuz, El Niño : bouchons au canal de Panama, impact sur les prix
Le canal de Panama, une infrastructure de 80 kilomètres, constitue un axe vital reliant l’Atlantique au Pacifique, permettant ainsi aux navires d’éviter le long détour par le cap Horn. Ce passage stratégique repose sur un système d’écluses qui utilise des lacs artificiels pour alimenter en eau douce, avec chaque traversée nécessitant plusieurs millions de litres d’eau.
Environ 5 % du commerce maritime mondial transite par ce canal, ce qui représente près de 14.000 navires chaque année. Ce passage est particulièrement crucial pour les échanges entre la côte Est des États-Unis et l’Asie, avec près de 40 % du trafic de conteneurs américain l’empruntant. Des cargaisons variées, allant des voitures aux fruits, en passant par des produits énergétiques comme le gaz naturel liquéfié, transitent quotidiennement par cette voie.
Pour le Panama, le canal représente une source de revenus significative. Au cours du dernier exercice, il a généré près de trois milliards de dollars pour le Trésor panaméen, soit plus de 20 % des recettes de l’État.
L’impact de la guerre au Moyen-Orient sur le trafic maritime est notable. Les complications dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour environ 20 % du pétrole mondial, ont incité les acheteurs asiatiques à se tourner vers d’autres fournisseurs, notamment les États-Unis. Une partie de ces cargaisons, en provenance de la côte du golfe du Mexique, doit passer par le canal de Panama. En conséquence, dans les cinq semaines suivant le début du conflit, le trafic par le canal a augmenté de 16 % par rapport à l’année précédente.
Cependant, cette hausse de la demande intervient dans un contexte de contraintes hydriques. Le phénomène climatique El Niño a réduit les précipitations en Amérique centrale, entraînant une baisse des réserves d’eau du canal au moment où la demande de passages augmente. De mai à août, les apports en eau ont été inférieurs de 44 % à la moyenne historique. En réponse, l’Autorité du canal a diminué le nombre de passages quotidiens, passant de 36 à 34, puis à 32 navires d’ici la mi-septembre. De plus, le tirant d’eau autorisé pour les plus grands navires a été réduit, ce qui pourrait les contraindre à transporter moins de marchandises.
Cette situation de forte demande combinée à une offre restreinte a entraîné une augmentation des tarifs de passage. Les frais varient selon la taille, le type de navire et la nature de la cargaison. La majorité des transits sont réservés à l’avance, tandis qu’une part est attribuée aux enchères, où les tarifs peuvent grimper rapidement. Depuis le printemps, avec l’augmentation du trafic énergétique, les prix des créneaux d’enchères ont explosé : un passage qui coûtait entre 135.000 et 140.000 dollars avant le conflit se négocie désormais entre 385.000 et 425.000 dollars. Récemment, un méthanier a même payé plus de cinq millions de dollars pour un passage prioritaire, établissant un nouveau record.
Les transporteurs maritimes commencent à répercuter ces hausses de coûts sur leurs clients. Bien que le canal demeure un raccourci essentiel, la raréfaction des créneaux entraîne une montée des prix, impactant ainsi l’ensemble de la chaîne logistique mondiale. Entre tensions géopolitiques et défis climatiques, le secteur logistique est en pleine mutation.
