Belgique

Oiseaux protégés en Belgique abattus en France : « Le Marais d’Harchies contrevient au droit européen »

Des marais à la frontière belgo-française, un contraste saisissant se dessine pour les oiseaux migrateurs. En Belgique, ces zones humides sont des refuges protégés, tandis qu’en France, elles se transforment en terrains de chasse où les oiseaux sont attirés par des leurres et un nourrissage intensif. À la fin du mois d’août, des centaines de canards y sont abattus chaque année.

Nicolas Schümmer, responsable de la militance à la Ligue Royale Belge de Protection des Oiseaux (LRBPO), décrit les méthodes des chasseurs français, qui maximisent leur capture en habituant les oiseaux à traverser la frontière. « Ils déversent des céréales pour les inciter à venir se nourrir », explique-t-il, ajoutant que les chasseurs se positionnent parfois à seulement cinq mètres de la limite.

« En général, la chasse est terminée en deux jours », précise-t-il. Les chasseurs utilisent également des appelants, des canards enfermés qui crient pour attirer d’autres oiseaux. « Chaque année, c’est un massacre. Environ 500 oiseaux traversent la frontière et se font tirer », déplore-t-il.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les départs précoces des oiseaux en migration entraînent une mortalité accrue, les espèces n’ayant pas eu le temps de constituer des réserves énergétiques nécessaires. « Cela impacte directement leur reproduction », souligne Schümmer, qui insiste sur les conséquences à long terme de cette chasse.

En Belgique, la réglementation sur la chasse est bien plus stricte, n’autorisant que trois espèces de canards, contre 37 en France. « Cela crée un déséquilibre flagrant », constate l’expert, qui évoque une contradiction avec le droit européen. La Belgique investit massivement dans la conservation des espèces, avec 1,4 million d’euros alloués par la Wallonie entre 2022 et 2024, alors que la chasse en France compromet ces efforts.

La LRBPO fait référence à deux directives européennes, la directive Oiseaux et la directive Habitats, qui interdisent la chasse compromettant la conservation des espèces. « Il n’y a pas d’évaluation d’incidence sur les sites Natura 2000, ce qui est le cas du Marais d’Harchies », dénonce Schümmer. « Chaque année, on redémarre à zéro les efforts de conservation », ajoute-t-il, soulignant l’absurdité de la situation.

En avril dernier, la Ligue a déposé une plainte auprès de la Commission européenne et a saisi les instances internationales pour mettre fin à cette situation. Schümmer a également mentionné que plusieurs demandes, soutenues par des ministres wallons, ont été adressées au préfet du Nord, mais restent sans réponse. « Nous ne demandons pas l’interdiction totale de la chasse, mais une prise en compte de nos demandes, comme l’interdiction de chasser à moins de 1500 mètres de la frontière », précise-t-il.

Les associations de protection des oiseaux sont déterminées à poursuivre leur combat. « Nous avons un argumentaire juridique solide et, avec neuf autres associations, nous sommes prêts à aller jusqu’au bout », affirme Schümmer. « Si cela doit passer par une action en justice, nous le ferons. Cela fait trop longtemps que cette chasse perdure au Marais d’Harchies, et nous voulons mettre fin à ce massacre. »