
Mykhailo Fedorov, écarté par Zelensky, le geek qui révolutionne la guerre en Ukraine.
Mykhailo Fedorov a été démis de ses fonctions de ministre de la digitalisation numérique en 2023 avant de devenir vice-premier ministre chargé de l’innovation, de l’éducation, des sciences et de la technologie. Il a été remplacé ce vendredi par Ihor Klymenko, qui « sera chargé de coordonner toutes les composantes du secteur de la sécurité et de la défense », y compris la production d’armement, a précisé Volodimir Zelensky.
T-shirt noir, cheveux courts, droit et fier, Mykhailo Fedorov s’est présenté aux Ukrainiens le jeudi 16 juillet 2026, micro et télécommande en main. Il a pris la parole pour dresser le bilan de son mandat, après sa révocation survenue deux jours auparavant. L’ancien ministre de la Défense a mis un peu plus d’une heure à revenir sur ses diverses réussites et ses contributions à l’Ukraine durant les derniers mois.
C’est dans un petit village du sud de l’Ukraine, Vasylivka, que Mykhailo Fedorov est né en janvier 1991. Il y passe son enfance avant de poursuivre ses études à Zaporijia, où il obtient en 2012 un diplôme en marketing. Aujourd’hui, sa ville natale est occupée par l’envahisseur, tandis que Zaporijia est constamment bombardée.
Mykhailo Fedorov a toujours eu une vocation politique. Dès 2014, il débute sa carrière au sein du parti politique 5.10, qui n’obtient cependant pas le quota de voix nécessaires pour siéger au parlement ukrainien, selon Reuters.
C’est en 2019 que sa carrière décolle lorsqu’il est recruté par Volodymir Zelensky, alors acteur souhaitant se présenter à la présidentielle. Le président, qui voit en Fedorov un atout pour sa communication digitale, lui confie cette mission, qu’il remplit avec succès. Une forte confiance s’installe entre eux, et Fedorov devient l’un des premiers conseillers de Zelensky.
Passionné par la technologie et la communication, Mykhailo devient, le 29 août 2019, le ministre le plus jeune de l’histoire de l’Ukraine à seulement 28 ans, prenant la tête du ministère de la digitalisation numérique. Son objectif est de révolutionner la vie des Ukrainiens grâce à Internet et aux nouvelles technologies. Il crée l’application « Diia », qui vise à rendre accessibles les services publics en ligne tout en réduisant les possibilités de fraude. Cette volonté d’innovation marque l’ensemble de sa carrière, notamment avec ses efforts en matière de cybersécurité.
Ingénieux dans ses approches, Fedorov comprend l’importance de la communication en temps de guerre. Lorsque la Russie attaque l’Ukraine, il fait appel à Elon Musk pour permettre aux Ukrainiens d’accéder au réseau internet par satellite Starlink, ce qui s’avère crucial pour la communication. Fedorov ne se limite pas à cela et propose une « armée de drones » pour minimiser les pertes humaines, croyant fermement que la technologie est la clé.
Son ministère introduit innovant un système permettant aux soldats de vérifier des vidéos d’attaques visant les forces russes, leur rapportant des points qu’ils peuvent échanger contre des armes et des drones. Ce système aide à collecter des données utiles pour convaincre les alliés de la nécessité de soutenir l’Ukraine, selon toujours Reuters.
En 2023, Fedorov est démis de son poste de ministre de la digitalisation, mais le lendemain, il est nommé vice-premier ministre chargé de l’innovation et de l’éducation, un poste qu’il occupera pendant trois ans avant d’être nommé ministre de la Défense, ce qui lui permettra de briller davantage aux yeux des Ukrainiens.
Durant les six mois où il est à la Défense, Fedorov convainc un large public en Ukraine du bien-fondé de continuer à utiliser les drones pour maximiser l’efficacité des opérations tout en préservant la vie des soldats. Il collabore avec Musk pour limiter l’usage des satellites Starlink par les forces russes. Fedorov s’efforce de baser ses actions sur des données concrètes, désireux d’éliminer fraudes et corruptions, qu’il juge trop présentes depuis le début du conflit.
Pour une grande partie de la jeunesse ukrainienne, il est perçu comme l’architecte des récentes victoires contre les forces russes, incarnant l’innovation et le changement dans un pays traditionnellement agité par des méthodes militaires plus lentes.
Cependant, ce dynamisme entre en conflit avec des figures militaires établies. Un affrontement évident se crée entre Fedorov et Oleksander Syrski, le commandant en chef des forces armées, Fedorov lui reprochant son refus d’adopter des stratégies plus modernes. Lors de sa conférence de presse du 16 juillet, il déclare : « Au lieu de chercher comment vaincre la Russie de manière asymétrique – ce qui relève de la mission du commandant en chef -, il a trouvé le moyen de diviser le pays dans lequel nous vivons aujourd’hui. »
Cette discordance semble précipiter la fin de son mandat. Le président Zelensky prône l’unité et la cohésion, affirmant : « Je pense que cela devrait se faire ensemble. Parce que ce n’est pas possible qu’un côté gagne ici, tandis que l’autre est tenu responsable là-bas. Non, nous gagnons ensemble. »
La séparation de Fedorov provoque des mobilisations massives d’Ukrainiens dans les rues, tant pour soutenir l’ex-ministre que pour dénoncer la décision présidentielle. Beaucoup le considèrent comme l’un des « bons » éléments de la politique, incarnant le changement et l’innovation nécessaires. Malgré les assurances de Zelensky sur le fait que Fedorov resterait un membre de l’équipe, ce dernier refuse le rôle de conseiller, selon Le Soir.
La destitution de Fedorov crée une onde de choc en Ukraine, révélant davantage de fractures dans la hiérarchie militaire. Il est remplacé par Ihor Klymenko, qui se voit confier la tâche de coordonner « toutes les composantes du secteur de la sécurité et de la défense », y compris la production d’armement, comme l’a précisé Volodimir Zelensky.
